Pourquoi les intolérances alimentaires explosent

Les allergies alimentaires sont en augmentation surtout chez les enfants. Les intolérances, elles, explosent. Un phénomène qui pose question.

aliments auxquels on peut être allergie ou intolérant
Entre 60 et 70 % des allergies alimentaires ­disparaissent spontanément avec l’âge. © Adobe Stock

Pour un nombre croissant de personnes, la lecture des étiquettes des aliments est devenue une corvée obligée. Entre 5 et 8 % des enfants ont aujourd’hui une allergie alimentaire alors que chez les adultes, cela varie entre 0,5 et 3 %. La prévalence des intolérances alimen­taires est, elle, dix à vingt fois plus ­élevée. Pour l’Organisation mondiale de la santé, les allergies alimentaires seraient le quatrième plus gros problème de santé publique.

“Il faut bien différencier les allergies alimentaires des intolérances alimentaires”, insiste Laurence Lefèbvre, ­diététicienne à Érasme, spécialisée en allergies. Les allergies, qui sont des réactions immunitaires, sont les plus dangereuses, pouvant aller jusqu’au décès. Entre deux et trois décès se produisent chaque année en ­Belgique, comme ce cas d’un enfant mort à l’école après avoir mangé une crêpe contenant du lait de vache. Elles peuvent arriver avec n’importe quel ­aliment: des cacahuètes, du pain, des kiwis, peu importe. Les allergies alimentaires peuvent ­provoquer soit des réactions immédiates qui vont de la bouche qui chatouille au choc anaphylactique, soit retardées, avec des symptômes qui apparaissent dans les 24 à 72 heures. Les allergies dites retardées entraînent ­dermatite, eczéma, maux de tête, douleurs aiguës, reflux gastriques, rhinites alors que les intolérances provoqueront des problèmes digestifs.

Les enfants, premières victimes

Les enfants sont particulièrement touchés et c’est très angoissant pour les parents car il faut les éduquer au fait que le danger est partout pour eux. “On estime aujourd’hui qu’un accouchement par voie basse permet le contact du nouveau-né avec les microbiotes (bactéries intestinales) de la maman, ce qui n’est pas le cas par césarienne. Le fait d’allaiter aide énormément aussi à éviter les allergies”, explique Viridiana Grillo, ­diététicienne nutritionniste à la Haute École ­Léonard de Vinci. “Au-delà, l’augmentation des allergies chez l’enfant est multifactorielle”, pose une allergologue d’un hôpital universitaire. Des facteurs génétiques jouent mais aussi la prise de plus en plus courante de médicaments ­contre le reflux gastrique ainsi que des erreurs nutritionnelles dans la diversification alimentaire du bébé. Entre 60 et 70 % des allergies alimentaires ­disparaissent ­spontanément avec l’âge. Mais ­cer­taines intolé­rances apparaissent à l’inverse avec les années, en ­particulier celle au lactose parce que la production de l’enzyme lactase diminue en vieillissant.

Dans certains cas d’allergie sévère persistante, on propose un protocole d’accoutumance où l’aliment est réintroduit en très petite quantité sur plusieurs mois et années avec de bons résultats chez l’enfant et un peu moins bons chez l’adulte. Ces protocoles sont fastidieux, longs et demandent un respect parfait du traitement et une collaboration étroite avec l’équipe soignante. Au-delà de ces protocoles, le patient doit maintenir un contact régulier avec l’allergène durant toute sa vie pour maintenir la tolérance acquise. Ces protocoles d’accoutumance ­concernent une faible partie de patients allergiques. Pour les autres, en fonction de la nature de l’allergène, de leur sévérité, la prise en charge passera soit par une éviction stricte et une trousse d’urgence, soit une autorisation de consommation avec des adaptations culinaires, soit une introduction ­progressive. Il n’y a pas de traitement médicamenteux.

test pour repérer une allergie

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Mauvaise alimentation plutôt qu’intolérance

Des dosages sanguins (IgG) sont souvent réalisés afin de déterminer le type d’allergie. Pour ­Françoise Pirson, ces tests sont une hérésie. Ils ne sont pas ­remboursés par les mutuelles, alors qu’ils sont facturés entre 250 et 400 euros, et ils sont sans intérêt. “Ces tests ne traduisent que les habitudes de consommation et pas les intolérances. Beaucoup de ­nutritionnistes non-diététiciens ou de médecins non formés font n’importe quoi”­, dénonce-t-elle. “Les gens sont perdus. Ils essaient de tout comme des jeûnes intermittents ou l’arrêt du lactose. Or cela ne sert à rien, estime pour sa part ­Viridiana Grillo. Notre tube digestif est la première barrière vers notre immunité. Les gens tolèrent de moins en moins d’aliments parce qu’ils ­mangent mal, trop de protéines, de féculents. On se rend compte que parfois quand on supprime l’aliment un temps, on améliore la santé de la paroi intestinale un temps. Mais ce n’est pas magique et ce n’est pas une solution à long terme. Il est important de se faire accompagner parce qu’en tant que ­diététiciens, nous proposons toujours une enquête minutieuse. Parfois en supprimant le gluten, on se sent mieux non pas parce qu’on est intolérant mais parce qu’on en mange trop.” Ainsi, le gluten et le ­lactose ne sont pas mauvais pour tout le monde. “Il y a une mode mais aussi de vrais malades”, ­explique ­Laurence Lefèbvre, pour qui on n’a pas plus de ­personnes malades mais surtout de meilleurs ­diagnostics.

Certaines intolérances seraient parfois la traduction d’un mal-être de l’individu, estime une ­spécialiste qui pointe l’impact des réseaux sociaux et des informations qui circulent sur le Web. ­Celles-ci amèneraient les gens à s’inventer des intolérances qu’ils n’ont pas alors que d’autres sont réelles et très invalidantes. Il est possible que l’augmentation de cas soit simplement due à une plus grande attention aux intolérances alimen­taires. Les intolérances sont ainsi plus fréquentes dans les classes sociales plus aisées, probablement parce qu’on y est surtout plus attentif. Une hypothèse de cette augmentation des cas de problèmes alimentaires pourrait aussi trouver son origine dans une ­alimentation ultra-transformée. “On fragilise nos intestins en mangeant n’importe quoi ainsi qu’en adoptant une alimentation riche en ­produits animaux et féculents mais pauvre en ­légumes et en fruits”, confirme Viridiana Grillo.

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