Le débat sur l’euthanasie en cas de démence se débloque

La levée du veto du CD&V a fait bouger les lignes sur le projet d'une loi sur l'euthanasie en cas de démence. Les prochaines étapes du débat se dessinent.

Illustration de l'euthanasie
Illustration de l’euthanasie en milieu hospitalier @BelgaImage

Le CD&V est prêt à débattre d’une autorisation de l’euthanasie pour des patients atteints de démence, a indiqué mardi la députée fédérale Els Van Hoof dans le quotidien De Morgen, en réponse à un appel des libéraux flamands.

Un long veto

La législation belge autorisant l’euthanasie sous conditions concerne des patients conscients et capables de discernement au moment de leur demande. Une déclaration anticipée d’euthanasie est possible, mais cette dernière ne sera prise en considération que si le patient est tombé dans le coma ou dans un état végétatif. Les interprétations divergent sur la possibilité de l’étendre aux personnes atteintes de démence, dans la perspective d’une dégradation de leur santé mentale.

Lors de la formation de la coalition Vivaldi, le CD&V, formation la plus conservatrice de l’heptapartite sur ce sujet, avait obtenu un droit de veto gouvernemental sur les dossiers éthiques. Dès lors, toute proposition de modification des lois sur l’avortement ou l’euthanasie doit d’abord obtenir l’unanimité au sein du gouvernement, bloquant ainsi toute velléité de légiférer via une majorité alternative au Parlement.

Un comité scientifique comme préalable à la discussion?

Ces dernières heures, les libéraux flamands Robby De Caluwé, Katja Gabriëls et Jean-Jacques De Gucht ont relancé leur demande d’ouvrir le débat sur l’élargissement de l’euthanasie, dans la perspective d’un colloque que leur parti organise le 24 mai prochain, à l’occasion des vingt ans de la loi belge. On ne peut plus ignorer, disent-ils, les personnes atteintes d’un trouble cérébral tel que la démence, qui ont clairement indiqué, au moment où elles étaient encore conscientes, ne pas vouloir continuer à vivre dans une phase dégradante de leur maladie.

Les libéraux soulignent qu’actuellement, des personnes atteintes de démence qui ne veulent pas voir leur état se détériorer complètement sont contraintes de demander et recevoir une euthanasie "trop tôt", à un moment où elles sont encore pleinement conscientes, à l’instar de l’écrivain Hugo Claus, atteint de la maladie d’Alzheimer et décédé par euthanasie en 2008.

Si le CD&V se dit disposé désormais à débattre du sujet, les chrétiens-démocrates flamands réclament toutefois en premier lieu la constitution d’un comité scientifique qui formulerait des recommandations avant douze mois. Interrogé dans De Morgen, l’oncologue et spécialiste de l’euthanasie Wim Distelmans (VUB) y voit une manœuvre dilatoire. Els Van Hoof réfute cette interprétation: "il ne s’agit pas de retarder le débat, mais d’apporter de la nuance; ce n’est pas comme s’il suffisait d’ajouter une petite ligne" à la loi actuelle, a-t-elle dit.

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