Faut-il interdire la conduite aux malades d’Alzheimer?

En France, les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ne pourront plus conduire. Et chez nous?

senior au volant
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La décision est récemment tombée en France, et a surpris les associations concernées. Dans son édition du 3 avril, Le Journal Officiel a publié un arrêté interdisant la conduite aux personnes atteintes de pathologies neuro-évolutives de type maladie d’Alzheimer.

France Alzheimer n’a pas caché son étonnement. "J’ai d’abord cru à un poisson d’avril à retardement", lance Benoît Durand, le directeur de l’association à FranceInfo. "Le texte dit que, dès l’apparition d’un déclin cognitif léger et notamment pathologique type Alzheimer, il y a une interdiction totale de conduite, mais qui va décider ?" s’interroge-t-il, craignant que cette décision précipite le déclin cognitif des patients. "Souvent pour un diagnostic, il faut un rendez-vous chez le neurologue, qui dans certaines régions, ne s’obtient pas avant des délais de douze à dix-huit mois. Que se passe-t-il durant cette période d’attente ?"

L’incompréhension de France Alzheimer est d’autant plus grande que l’association participe depuis plus d’un an à une étude, financée majoritairement par l’État, sur la problématique de la conduite automobile pour les patients atteints par cette maladie. Les résultats devaient être annoncés dans quelques mois afin de construire des solutions adaptées à la réalité du terrain.

Et en Belgique?

Chez nous, il n’y a pas d’interdiction générale. Sur conseil de leur médecin, traitant ou spécialiste, les patients Alzheimer peuvent se rendre au Centre d’Aptitude à la Conduite et d’Adaptation des Véhicules (CARA), où une équipe pluridisciplinaire va réaliser une évaluation de la globalité de leurs fonctions physiques et psychiques. "Il apparaît qu’au début de la maladie, ces personnes sont le plus souvent aptes à conduire leur voiture", souligne ce département de l’institut Vias.

"Chez nous, la législation se base sur les atteintes fonctionnelles, et ne se limite pas à un diagnostic en soi", compare Caroline Guffens de l’asbl Le Bien Vieillir. "En France, c’est tout ou rien. Ici, on autorise la conduite sous certaines conditions: à certains moments, dans un rayon limité…" Car au-delà de son utilité, la conduite est surtout un gage d’une certaine autonomie et une source d’estime de soi.

"La décision française est très stigmatisante et réductrice", pointe Amandine Kodeck, directrice d’InforHomes Bruxelles, qui dénonce une "double violence" pour les patients Alzheimer qui, en même temps, reçoivent un diagnostic et se voient perdre leur liberté.

Pour autant, les deux associations ne défendent pas le droit absolu à la conduite, comme elles critiquent son retrait absolu à la française. Selon elles, il faut maintenir notre système "au cas par cas" et accompagner les personnes et leurs proches dans cette démarche. Surtout que les conducteurs de plus de 70 ans ne provoquent pas plus d’accidents que le reste de la population, d’après les statistiques. "La question est de savoir où positionner le curseur entre les dangers éventuels qu’une personne pourrait représenter, pour elle-même ou pour d’autres, et le droit au risque", résume Amandine Kodeck. Mais pour Caroline Guffens, "notre société extrêmement médicalisée et sécuritaire" a vite fait de trancher. Comme en France, "on retire des droits à des personnes sur base de croyances d’une incapacité généralisée dès qu’il y a des problèmes cognitifs". Soulignons tout de même qu’en réalité de nombreux patients Alzheimer se rendent à l’évidence et acceptent d’elles-mêmes de ne plus prendre le volant.

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