Numéro Inami pour tous: pourquoi ce serait une très bonne nouvelle

Les étudiants en médecine devraient bientôt - enfin - être assurés d’obtenir un numéro Inami au terme de leurs études. Une mesure dans la salle d'attente depuis 25 ans.

des étudiants en médecine
Le concours d’entrée en fac de médecine serait maintenu. Mais ceux qui en sortent auraient tous la faculté d’exercer. © BelgaImage

La crise sanitaire a changé la donne et une solution pourrait être trouvée à un problème qui a pourri les relations communautaires pendant plus de 25 ans. Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke veut que chaque étudiant en médecine soit assuré de disposer d’un numéro Inami à l’issue de ses études. Pour y arriver, un Organe interfédéral de planification capable d’objectiver les besoins de chaque Région va être créé. Actuellement, en effet, le quota global est la compétence du fédéral alors que la répartition des spécialités est une compétence des Communautés.

De longue date, la Fédération Wallonie-Bruxelles défend deux principes: d’abord sortir les étudiants de l’incertitude, en leur garantissant de disposer d’un numéro Inami à la fin de leurs études et de pouvoir ainsi exercer leur profession. Ensuite, ­Wallons et Bruxellois doivent disposer d’une offre médicale de qualité qui corresponde aux besoins de terrain, dont l’importance a été soulignée lors de la crise sanitaire. Pour gérer le Covid, il a fallu s’entendre. Cela pourra servir de modèle pour la création d’un organe “où l’on aura vraiment la possibilité d’un dialogue constructif qui tienne compte des spécificités des Régions pour alimenter une planification objectivée”, définit Frank ­Vandenbroucke qui plaide pour une médecine générale capable de “gérer la prévention, gérer des campagnes de vaccination” dans le cas où une épidémie se déclencherait.

On n’a jamais été aussi loin dans ce dossier un peu crispant”, se félicite Jean-Pascal Labille, le patron de Solidaris, qui appelle à sortir des vieux dogmes, notamment celui qui voudrait que plus il y a de médecins, plus on consommerait des soins médicaux. Il n’a jamais été prouvé non plus que plus on remboursait, plus on allait chez le médecin. Au contraire. “Quand il y a trop peu de médecins, on en arrive à des déconventionnements, des ­suppléments d’honoraires et des délais très longs avant de trouver un rendez-vous”, dénonce Jean-Pascal Labille.

manifestation contre la limitation des numéros Inami

Des étudiants manifestent contre la limitation des numéros Inami. © BelgaImage

L’accord, qui reste à trouver, repose sur une planification objective des besoins. “C’est ce que nous demandions depuis longtemps. Le nombre de médecins n’est pas le seul élément à prendre en compte. Il faut aussi intégrer les conditions de travail. Il reste le concours à l’entrée parce qu’il faut une planification même si c’est un élément discriminant. Mais la planification permet de former les médecins, notamment d’organiser les stages. On doit booster notre système de santé pour qu’il soit basé sur les besoins réels des patients. On a notamment une grosse difficulté à recruter des médecins-conseils. À travers la crise sanitaire, le système de santé a montré toute sa résilience mais aussi ses faiblesses. On doit parvenir à un système beaucoup plus préventif, en évitant les maladies. C’est un grand enjeu”, plaide encore Jean-Pascal Labille, qui rappelle qu’une personne sur deux en Wallonie a des problèmes de soins, ce qui est encore plus souvent le cas dans les familles monoparentales.

Tout a changé

Quand la limitation des numéros Inami est venue sur le tapis en Belgique, le paysage médical était bien différent. La population est de plus en plus vieillissante, avec des pro­blèmes de comorbidité et des maladies chroniques qui augmentent. “On risque de se retrouver avec des personnes qui ont des besoins en soins de santé beaucoup plus importants que par le passé”, souligne Jean Macq, expert en santé publique de l’UCLouvain. Par ailleurs, une cohorte de médecins va arriver bientôt à l’âge de la pension. Et puis, “on se rend compte qu’on a besoin de médecins généralistes et que c’est plus que jamais une fonction primordiale”.

Médecin au XXIe siècle

Actuellement, on compte plus de spécialistes que de généralistes. Le GBO, le syndicat des médecins généralistes francophones, plaide par ailleurs pour arriver à 50 % de médecins francophones. Mais les médecins veulent désormais pouvoir aussi avoir une vie de famille. Enfin, les pharmaciens pourraient poser des actes médicaux autrefois réservés aux médecins, ainsi que les infirmiers, de plus en plus souvent universitaires. Cela diminuera la pression sur le manque de médecins. Mais, d’un autre côté, il faudra prévoir aussi du temps de coordination pour des tâches administratives, relève Jean Macq.

En chiffres

Les Belges peuvent compter, pour se soigner en “première ligne”, sur 12.093 médecins généralistes en équivalents temps plein, dont 7.757 en Flandre et 4.336 en Communauté française. Ce qui représente 11,5 généralistes pour 10.000 Flamands et 9,5 pour 10.000 francophones. Toujours bon de le rappeler: un numéro Inami autorise un médecin à pratiquer dans le cadre de la sécurité sociale. Pour les patients, cela signifie donc qu’ils peuvent bénéficier d’un remboursement partiel.

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