Covid: "La grande inconnue reste ce qui se passera à l’automne prochain"

À l'approche des deux ans du premier confinement, Yves Van Laethem et Yves Coppieters, les Messieurs Covid, commentent le chemin parcouru jusqu'ici et celui qui nous attend.

Alexander De Croo portant un masque
De Croo peut maintenant espérer que le Covid ne constitue plus une crise mais une maladie à intégrer, comme les autres, dans notre système de santé. © BelgaImage

Un volcan. Un tremblement de terre. Une guerre. Une pandémie n’est rien d’autre que cela, aussi. On attend la réplique, le réveil de la lave, le cessez-le-feu fragile. Rien n’est gagné. Tout est encore à prouver. Alors, oui, aujourd’hui la vie reprend ses droits et sa convivialité. Comme le résume Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral coronavirus, ce qui va se passer à présent reste imprévisible. “On n’a pas d’expérience avec le coronavirus. La grippe dure deux ou trois ans, en général. Mais on ne sait pas.” Alors? “On reprend une vie. Mais les structures de surveillance doivent continuer à travailler.” Yves Coppieters, expert en santé publique à l’ULB, surenchérit. “Ce n’est pas fini. On est toujours dans la cinquième vague et il reste des formes graves.” On est en fait ­tributaires de la gestion de la pandémie à l’échelle mondiale. “La grande inconnue reste ce qui se ­passera à l’automne prochain. Le Covid semble avoir un caractère saisonnier qui le rend plus virulent.”

Mais nous sommes dans une nouvelle phase de la pandémie, au moins en Europe. Le Covid a muté et est devenu moins mortel. Rien ne dit qu’il ne pourrait pas le redevenir et être capable de se ­propager à nouveau. Alors évidemment Omicron pourrait barrer le passage à tout autre variant, une victoire pour cette fois, mais il faudra maintenir une surveillance étroite. “Plus que probablement, on a passé le plus gros de la pandémie”, affirme Yves Van Laethem en estimant que ce n’est plus à la population de faire attention. C’est à présent aux services de santé de prendre le relais pour prendre la mesure des problèmes éventuels à venir.

Effet moisson et vaccination

Tout ça pour ça? Le vaccin a été fondamental pour les plus fragiles. Trois quarts des décès ont été enregistrés lors des deux premières vagues en Belgique, c’est-à-dire avant le vaccin. “Les personnes vaccinées ont été clairement mieux protégées contre le risque de décès même si ce que l’on appelle l’effet de “moisson” a joué envers les moins vaillants lors des deux pre­mières vagues. Le vaccin, ce sont comme les sacs de sable lors d’une inondation. Ont-ils sauvé des vies? On ne sait pas exactement.” Et puis, chaque pays a appliqué des mesures différentes en fonction de ses réalités, ses convictions, ses experts. “Il sera difficile de déterminer le rôle exact des CST ou des masques dans la lutte contre la pandémie. La médecine ce n’est pas de la physique nucléaire, elle doit absorber énormément d’interactions. Il faut avoir de l’humilité. On est toujours aujourd’hui à la merci d’un dernier rugissement de la bête.” Mais voilà, la liberté pandémique est là. L’Occident lève petit à petit les ­mesures coercitives. “On a désormais des vaccins qui peuvent s’adapter aux variants. L’immunité de la population est désormais de bonne qualité”, appuie Yves Coppieters, estimant que le virus continuera à circuler mais de manière asymptomatique ou avec de faibles symptômes dans la plupart des cas. De plus, des traitements sont apparus. “On ose donc revenir à une gestion routinière et plus intégrée du Covid même si des rebonds épidémiques restent possibles”, explique Yves Coppieters.

vaccin

" Un tas de vaccins vont sortir dans les dix années à venir. " © BelgaImage

Des leçons? Yves Van Laethem retient à quel point nous n’étions pas préparés. “Du point de vue des maladies respiratoires, on s’était laissé endormir. Ce qui s’est passé doit à présent jouer le même rôle que le terrorisme dans l’éveil du danger. Du point de vue de la santé publique, il faut une meilleure coordination et créer – on peut rêver – une Europe de la santé.” Le virologue retient comme “beau” moment de cette tragédie les applaudissements du personnel soignant lors de la première vague et la reconnaissance de la population, alors conscientisée. Et puis, cette pandémie a permis une avancée extraordinaire dans le monde de la vaccination avec l’espoir dans les années à venir d’une pléiade de vaccins. “C’est un bénéfice indirect de la pandémie. Un tas de vaccins vont apparaître dans les dix années à venir.” L’expert prévient toutefois que ce n’est pas parce que le Covid Safe Ticket saute qu’il faut abandonner sa vaccination ou sa troisième dose. “Il faut du bon sens.

Nous étions vulnérables

Yves Coppieters va plus loin. Pour lui, on doit se préparer aux éventuels rebonds de la pandémie mais surtout travailler sur le long terme à une meilleure gestion des soins de santé. Il faudra remobiliser les gestes barrières, les vaccins et les traitements pour éviter les formes graves. Il faudra peut-être élargir l’accès au testing pour savoir où on en est par rapport au Covid. “Mais j’espère que ce ne sera plus une situation de crise mais bien intégrée dans le système de santé comme toutes les maladies.” La ­Belgique a cru avoir un système de santé invulné­rable. Mais il était surtout ultra-performant sur le plan technologique. “En fait, nous n’étions pas adaptés aux maladies infectieuses. Notre système est performant pour les malades chroniques, les cancers, les problèmes cardiovasculaires, les maladies liées au vieillissement. Mais pas la Covid. On savait que la population belge était vieillissante. On n’était pas conscient qu’il y avait un terrain favorable aux maladies infectieuses”, assène Yves Coppieters.

La surmortalité en 2020 en Belgique s’est située entre 17 et 20 % au-dessus de ce qui est habituel. Le Covid y est pour beaucoup. Et ces chiffres sont en Belgique bien plus élevés que dans les autres pays. “La population belge est en mauvaise santé, notamment du point de vue de l’obésité, du tabagisme et de la sédentarité.” Ainsi 15 % de la population belge est en surpoids ou obèse. Par ailleurs, nos hôpitaux accaparent toutes les ressources alors que le financement de la première ligne est délaissé. Moins de 5 % du budget consacré à la santé est versé dans un but de santé positive, et non pas curative. Or, les pays qui ont inversé cet indicateur, comme le Danemark, la Finlande ou la Norvège, ont des indicateurs beaucoup plus positifs face au Covid. La Belgique travaille encore et toujours sur les comportements nocifs plutôt que sur l’environnement adéquat pour être en bonne santé. Yves Coppieters plaide ainsi pour un monde de transition, qui ne retombe pas dans les écueils d’avant la crise Covid.

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