Deux ans de Covid: retour sur les contradictions durant la crise sanitaire

De la saga des masques aux faux espoirs d'une fin de crise, rétrospective sur les erreurs de prévision durant les deux ans de l'épidémie de Covid-19.

Conférence de presse de l'exécutif belge
Une conférence de presse de l’exécutif belge sur le Covid-19 le 13 mai 2020 @BelgaImage

C’est fait: ce lundi 7 mars, le code jaune du baromètre corona entre en vigueur. Une étape synonyme de la levée de la plupart de mesures sanitaires. Hasard du calendrier: il y a deux ans presque jour pour jour, la Belgique se confinait face à l’arrivée du Covid-19. Un virus alors méconnu qui suscitait toutes sortes de déclarations qui se sont avérées erronées. Petit flash-back sur les contradictions qui ont émaillé la crise du coronavirus depuis 2020.

Un manque d’anticipation

Début janvier 2020: une "mystérieuse pneumonie d’origine inconnue" fait rage en Chine, avec plusieurs centaines de morts recensées. Le centre de l’épidémie est rapidement identifié dans un marché de Wuhan et le pays se démène pour faire face à cette situation. Mais vu d’Europe, la menace semble loin, très loin. Il faut dire que d’autres maladies se sont développées en Asie et en Afrique sans pour autant provoquer la pagaille chez nous. Pourquoi ce serait le cas cette fois-ci?

Fin janvier, l’OMS a beau s’inquiéter d’une "épidémie d’urgence mondiale", la ministre belge de la Santé de l’époque, Maggie De Block, se veut rassurante. "Nous avons pris toutes les mesures de précaution", assure-t-elle alors sur VTM Nieuws. En février, alors que les premiers cas belges de Covid-19 sont recensés, elle avoue que "le risque que le virus atteigne notre pays est réel" mais pour elle, il ne faut toujours pas paniquer. "On est prêt pour tout, mais pour le moment, il n’y a rien à signaler". Les conseils sanitaires restent simples: se laver les mains, se protéger quand on éternue ou quand on tousse, etc. En l’état, elle écarte l’hypothèse de faire comme en Italie, où quelques localités ont déjà été confinées. La Belgique veut toujours croire à une maladie peu létale et donc peu inquiétante qui ne provoquerait que peu de contaminations.

Pas question non plus à l’époque de porter un masque tout le temps. Les autorités des différents pays découragent le public d’en porter et ils ne sont pas les seuls. Les pharmacies craignent des ruptures de stock et n’incitent pas les clients à s’en procurer. De nombreux chercheurs relativisent également leur efficacité. "Cela ne met pas à l’abri de l’épidémie. Par contre, le masque est judicieux pour les personnes potentiellement contaminées, qui toussent et qui éternuent. Cela pourra éviter une transmission à d’autres", nuançait auprès de la RTBF un virologue aujourd’hui immensément populaire, Marc Van Ranst.

La Belgique face aux confinements

La suite, on la connaît. En mars 2020, les pays se confinent les uns après les autres et rapidement, le ton change sur l’utilité des masques. Les études s’accumulent prouvant que finalement, ils sont bel et bien efficaces. Chez nous, Maggie De Block est critiquée de toutes parts, non seulement pour ne pas avoir anticipé la flambée de l’épidémie mais aussi pour ne pas avoir reconstitué un stock de millions de FFP2 constitué pour faire face à la grippe H1N1 et entretemps détruit. "Elle était plus dans une communication de justification qu’une communication de leadership", déclarera rétrospectivement le virologue Emmanuel André fin 2020. "On a constaté que l’épidémie n’était pas son truc […] On a dès lors vu de nombreux experts prendre la parole alors qu’il était possible d’avoir une figure de leadership". "Le système n’était pas prêt pour gérer des flux rapides de patients. Il était performant pour faire de la surveillance de façon passive. Mais on ne doit pas mettre les mêmes outils en œuvre pour gérer une épidémie", ajoutait-il.

Il faudra attendre la fin du printemps pour que la Belgique sorte de son confinement et pour que les masques se répandent. L’espoir d’en avoir fini avec le Covid commence à naître. "Si on veut éteindre une fois pour toutes cette épidémie, et c’est possible d’ici fin juin [2020] de le faire, il faut qu’on garde ces gestes barrières et être capable de maîtriser les nouveaux foyers", se contentait de dire l’épidémiologiste de l’ULB Yves Coppieters à la RTBF. Mais dès l’été 2020, si les cas de Covid-19 restent assez faibles, les experts déchantent très vite, là où les autorités se font moins pressantes. Marc Van Ranst prévoit dès juillet l’arrivée d’une deuxième vague et demande à un retour à la maison. Les projections du biostatisticien Geert Molenberghs imaginent déjà à ce moment-là des taux de contaminations supérieurs à ceux du printemps 2020, avec un pic en novembre 2020, mais d’autres spécialistes comme Yves Van Laethem osent croire à une "vaguelette".

Finalement, c’est bien le pire de la crise qui est en vue. Il faudra attendre l’automne pour le voir arriver, avec une ampleur et un timing proches de ce qu’avait prévu Geert Molenberghs. Si durant l’été des experts imaginaient des lockdowns locaux pour contenir l’épidémie là où elle ressurgirait, cette hypothèse est vite écartée. C’est bien un confinement total qui attend les Belges, un deuxième, à l’instar de nombreux pays.

Le vaccin rebat les cartes (ou du moins en partie)

Fin 2020, nouveau rebondissement. Pfizer annonce être parvenu à créer un vaccin anti-Covid avec BioNTech. En quelques semaines, Moderna, Johnson&Johnson et AstraZeneca font de même. À nouveau, l’espoir renaît. La Belgique prévoit de vacciner les plus fragiles dès le printemps, les autres vers l’été. Le calendrier sera bien respecté mais début 2021, le ministre de la Santé Franck Vandenbroucke ose croire que "le droit à la liberté est de nouveau en vue". Même s’il ajoute sur le plateau de la RTBF qu’il est "trop tôt" pour conclure à un retour à la normale en été et que "cela prendra du temps", cela reflète l’optimisme des autorités à l’époque.

En parallèle, il est de plus en plus question d’un certain "passeport vaccinal". Israël fait le premier pas. Puis l’Autriche en parle dès février 2021. Idem du côté d’Emmanuel Macron qui parle déjà à l’époque d’un futur passe sanitaire, tout en promettant de ne pas rendre le vaccin obligatoire. En Belgique, le débat fait rage. Il est d’abord surtout question d’un pass européen pour les vacances à l’étranger. "Nous avons besoin d’un certificat européen pour organiser nos voyages d’été en toute sécurité", déclarait par exemple le Premier ministre Alexander De Croo le 11 mars. Quant à un pass en Belgique même, il n’en était pas question à ce moment-là. "Pour le restaurant ou la culture, je n’y suis du tout favorable", déclarait par exemple Paul Magnette à RTL Info. "C’est impraticable, on ne peut pas demander aux restaurateurs de devenir des douaniers", gronde-t-il.

Finalement, dès le début de l’été 2021, la France passe à la pratique dans la foulée d’autres pays. En Belgique, il faudra attendre la fin de la période estivale pour que naisse définitivement le Covid Safe Ticket (CST). L’initiative est diversement appréciée. Des experts comme Marc Van Ranst se disent satisfaits de son utilisation, notamment dans l’horeca. "Il est temps de convaincre les non-vaccinés d’une façon moins amicale", déclare alors le virologue flamand. Mais cet outil est aussi assez vite critiqué. Dès octobre, Yves Van Laethem est par exemple contre son utilisation sur le lieu de travail. En novembre, Emmanuel André estime que "le Covid Safe Ticket a eu l’effet inverse de celui escompté" car il a incité des vaccinés à baisser la garde. En effet, si l’efficacité du vaccin contre les formes graves du Covid-19 reste convaincante, ce n’est pas le cas pour la transmission de la maladie, surtout par des asymptomatiques. Le sujet est dès lors sur la table: faut-il en finir avec le CST? Il faudra attendre la conception du baromètre corona pour établir une perspective. Pour abandonner le CST, il faut passer en code jaune. Ce 7 mars, cet objectif est finalement atteint. Mais attention: ce pass n’est pas totalement enterré pour autant. S’il s’avère à un moment nécessaire de passer en code orange ou rouge, cet outil pourrait être à nouveau utilisé.

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