La 3e dose a-t-elle encore du sens ?

Alors que l'épidémie ralentit largement, laissant même entrevoir un passage au code jaune (et donc la fin du CST), est-il encore utile de se faire administrer sa dose de rappel?

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Alors que l’épidémie est en fort recul, certains Belges semblent bouder la 3e dose de vaccin. Et particulièrement dans la population wallonne et bruxelloise. A l’échelle nationale, 74% de la population adulte a reçu sa dose " booster ". 45% seulement à Bruxelles et quelque 65% en Wallonie. (Notons que ce chiffre diminue grandement au regard de l’ensemble de la population, moins de 18 ans compris. Hormis les 12-17 qui présentent des comorbidités, les moins de 18 ans bruxellois et wallons ne sont cependant pas concernés par la 3e dose). 

Il faut dire que face à un variant moins dangereux et à un accroissement important ces dernières semaines du nombre de personnes touchées par le virus, certains se demandent encore si cette 3e dose a son utilité. Nos confrères de la Libre ont posé la question au professeur Jean Michel Dogné, membre de la Task Force vaccination. Avec 3 millions 500 cas confirmés depuis le début de la pandémie et la couverture vaccinale importante (surtout pour la 2e dose), on peut penser que la population belge semble avoir une forme d’immunité collective. Mais pour le professeur Dogné, on ne peut " pas vraiment parler d’immunité collective avec un virus qui mute, génère des variants qui peuvent échapper à l’immunité acquise et des vaccins dont l’efficacit é peut notamment diminuer avec le temps ". L’expert reconnait malgré tout que l’immunité acquise par une infection et/ou la vaccination " constitue une défense majeure contre les réinfections ". 

Pour qui le booster est-il encore nécessaire? 

Pour ceux qui n’ont pas été infectés, la 3e dose semble encore avoir son sens dans le contexte actuel. " Ça reste certainement une bonne chose à faire, en tout cas par précaution ", nous explique Yves Van Laethem. " On arrive à un moment où l’immunité diminue (après la 2e dose ndlr), par rapport à d’éventuels variants qui pourraient apparaître ".

Comme attendu avec la vague Omicron, de nombreux belges ont, par ailleurs, été contaminés depuis le début de cette année 2022, malgré deux doses (et parfois même trois) de vaccins. En cas d’infection récente au Covid, le Conseil supérieur de la Santé recommande d’attendre 14 jours minium après la fin des symptômes ou après un test positif en l’absence de symptômes. Et après? " Cela relève de la liberté de chacun de décider en concertation avec son médecin si on veut recevoir la troisième dose un mois, deux mois ou trois mois après avoir fait la maladie ", juge Jean-Michel Dogné dans les colonnes de la Libre.

En France, lorsqu’on a été infecté après une première vaccination complète, la dose de rappel n’est plus nécessaire. Comme l’expliquait le lundi 14 février le ministre de la Santé Olivier Véran, infection égale injection. En cas de rappel obligatoire pour partir à l’étranger, les autorités françaises permettent de faire son rappel " dès 3 mois après l’infection ".

Mais contrairement à nos voisins français, la Belgique n’a jamais considéré une infection comme une dose de vaccin. " On a toujours considéré que la protection était variable d’une personne à l’autre ", nous rappelle Yves Van Laethem. " Et qu’on préférait la protection induite par une vaccination, qui a la caractéristique de donner, normalement, un panel ou une couverture en anticorps plus large que le stimulus donné, ici par le variant Omicron, qui va donner un rappel pour des anticorps contre Omicron. Mais qui va moins bien relancer ceux contre de potentiels futurs variants ". Le porte-parole interfédéral rappelle d’ailleurs que ce choix stratégique de la Belgique a permis de simplifier et d’uniformiser les choses en matière de vaccination. Notons qu’après une infection confirmée par un test PCR, on dispose d’un certificat de rétablissement valable durant 5 mois. 

Une approche de plus long terme 

L’évolution de l’épidémie reste, par ailleurs, encore et toujours incertaine. " Même si on rentre dans une forme d’endémicité, le virus ne va pas disparaître ", avance l’infectiologue Nathan Clumecks, invité dans la Matinale de LN24 ce lundi. " Il faut bien réaliser que les personnes qui ont des maladies sous-jacentes ou des comorbidités resteront vulnérables. Il faut donc que ces personnes restent vaccinées ". Le professeur émérite de l’ULB estime ainsi que la vaccination sert toujours " à préparer la prochaine vague ".

Même son du cloche du coté d’Yves Van Laethem: " On essaie actuellement de faire des projections sur le futur de l’épidémie: quels pourraient-être les scénarios? Quand faudrait-il faire une 3e dose? (…) En termes de santé publique, il serait plus logique de se dire qu’on continue de recommander la dose booster, ce qu’on fait d’ailleurs. Et ce, pour avoir une vaccination la plus uniforme possible. Et certainement pour ceux qui seraient plus à risque ". L’infectiologue juge dès lors que la fin du Covid Safe Ticket, qui semble se dessiner alors qu’on évoque un passage au code jaune pour le mois de mars, ne doit pas coïncider avec une mise à l’écart de la dose booster.

Notons par ailleurs que si le Covid Safe Ticket pourrait être levé en Belgique, rien n’indique pour l’instant que ce sera le cas du certificat anti-Covid européen, en vigueur pour voyager dans l’Union européenne. Ce dernier est, pour rappel, valable neuf mois après une première vaccination complète. Après quoi, sans dose de rappel, sa validité n’est plus reconnue.

Et les enfants? 

La dose booster n’est, pour l’instant, pas administrée en Wallonie et à Bruxelles au moins de 18 ans sans comorbidités. Elle est par contre recommandée pour les 12-17 ans immunodéprimés.

Comme l’explique Jean-Michel Dogné dans la Libre, " la Flandre a commencé à l’administrer aux 12-17 ans ". Et de rappeler que l’extension du booster à cette tranche d’âge sera sur la table de l’Agence européenne du médicament à la fin de cette semaine. " On espère une opinion qui sera ensuite suivie dans la foulée d’un avis du Conseil supérieur de la Santé. La Région wallonne attend cet avis pour faire une recommandation ".

Quelle immunité après 3 doses et une infection? 

Au cours des dernières semaines, le variant Omicron a aussi touché des personnes triplement vaccinées. Dans pareil cas, peut-on considérer qu’on dispose d’une "super immunité"? " Je pense que dans ce cas, on peut largement se considérer, pour soi-même, comme étant protégé ", répond Yves Van Laethem. " Mais on ne fait toujours pas rempart au "ricochet" d’Omicron vis-à-vis d’une autre personne ".

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