Cholestérol: tout ce que vous devez savoir (ou croyez savoir)

Victime de nombreuses idées reçues, le rôle du cholestérol dans les infarctus est souvent mal compris. Petite mise au point sur ce qu'il en est vraiment.

Athérosclérose dans un vaisseau sanguin
Illustration de la formation d’une athérosclérose dans un vaisseau sanguin @BelgaImage

Ce mercredi 16 février 2022, la Ligue cardiologique belge a lancé une nouvelle campagne destinée à démonter les idées reçues sur le cholestérol. Une initiative qui se concrétise par une série d’informations, de chiffres et d’analyses fouillées sur le sujet. Le sujet est d’autant plus important que les maladies de l’appareil circulatoire dont il est question ici causent 25,9% des décès en Belgique selon l’office belge de statistique (Statbel), soit la première cause de mortalité. "On se rend compte que c’est un sujet compliqué à concevoir et porteur de grands débats, d’où ce message que les médecins ont voulu faire passer pour remettre les choses à plat", nous explique Sandrine Daoud, directrice générale de la Ligue.

Qu’est-ce que le cholestérol?

Comme le précise la Ligue cardiologique, "le cholestérol est un corps gras (un lipide) qui participe à la structure et au fonctionnement de nos cellules, entrant dans la composition de ses membranes et permettant la fabrication de certaines hormones". Il s’agit donc d’un composant vital pour notre organisme. Il y a le cholestérol-LDL, qui se dirige du foie vers les organes qui ont besoin de son action, et le cholestérol-HDL, qui fait le chemin inverse. Ce dernier récupère les déchets produits par nos cellules, destinés à être détruits par le foie. Le tout forme donc un cycle essentiel pour notre santé.

Quel est le problème?

Le souci, c’est que le cholestérol, surtout celui LDL, réagit très mal lorsqu’il rencontre une artère dont la membrane intérieure (l’intima) est endommagée. Il y reste prisonnier, s’oxyde et produit des radicaux libres néfastes pour l’organisme. S’en suit alors une série de réactions. Les macrophages (une sorte de globules blancs chargés notamment de nettoyer les radicaux libres) tentent d’intervenir pour régler le problème mais finissent par former des cellules spumeuses qui gonflent. Au bout d’un certain temps, ces cellules forment ce que l’on appelle une plaque d’athérome qui aboutit sur une athérosclérose, c’est-à-dire une obstruction de l’artère touchée.

Lorsque le sang ne passe plus, cela provoque un infarctus, autrement dit la nécrose des tissus qui dépendent de cet apport sanguin. La santé du patient peut alors être gravement en danger. Si l’artère en question irrigue le cerveau par exemple, c’est l’AVC (accident vasculaire cérébral). Quand cela concerne le cœur, c’est la crise cardiaque.

La Ligue cardiologique alerte ici sur le côté perfide de cette maladie. Aucun signe avant-coureur ne permet à une personne de savoir clairement si une de ses artères est en train de se boucher. Seule son obstruction devient visible mais à ce moment-là, il est déjà trop tard, avec des dommages parfois irréparables pour les organes, voire la mort. Il est donc facile de se croire en bonne santé alors qu’en réalité, ce n’est pas le cas. "En général, ce phénomène est très progressif et cela prend des années", nous précise Olivier Descamps, cardiologue aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. "Mais lorsque ce caillot se forme, le patient ressent brutalement ces symptômes alors qu’avant, il ne sentait rien".

Quels facteurs de risque d’une athérosclérose?

Pour parer à cette formation de plaques d’athérome, il faut prendre en compte plusieurs facteurs. Olivier Descamps pointe notamment un taux élevé et prolongé de cholestérol, surtout celui LDL, qui favorise l’apparition du phénomène. D’où le fait que le cholestérol-LDL soit parfois caricaturé comme du "mauvais cholestérol". Une représentation trompeuse puisqu’à un niveau raisonnable, il est essentiel pour l’organisme. Mais quand ce niveau de LDL monte dangereusement, c’est trop.

"Il existe d’ailleurs en Belgique environ une dizaine d’enfants avec des hypercholestérolémies majeures. Ils naissent avec des taux de cholestérol de 1.000 mg au total, contre 190-250 pour un niveau normal chez un adulte. Sans traitement, ils peuvent faire des infarctus vers 10-12 ans, même s’ils n’ont pas d’autres facteurs de risque", ajoute le cardiologue de Saint-Luc. Il rappelle aussi que près d’une personne sur 300 développe une hypercholestérolémie familiale où ces taux sont à plus de 300 mg, c’est-à-dire moins extrêmes mais quand même très élevés. En d’autres mots, leur taux de cholestérol est naturellement haut puisqu’une mutation génétique les empêche d’éliminer normalement le cholestérol par le foie et les intestins. Résultat: en moyenne, ces patients développent une maladie cardiaque vers 40 ans, contre 60 ans pour le reste de la population.

Mais le problème ne se résume pas au cholestérol, loin de là. Lorsqu’une personne fait de l’hypertension ou du diabète, l’oxydation des graisses est facilitée, d’où l’accélération de cette athérosclérose. Si les artères sont fragilisées par une hygiène de vie délétère (tabac, mauvaise alimentation, sédentarisme, etc.), cela renforce évidemment la probabilité que leurs membranes soient endommagées et donc la survenue de cette fameuse réaction avec le cholestérol.

Comment éviter l’athérosclérose?

De ce fait, s’attaquer seulement au cholestérol n’est pas une bonne stratégie. "Les médecins ne traitent d’ailleurs pas le cholestérol mais le risque cardiovasculaire", précise Olivier Descamps. "Autrement dit, on doit d’abord estimer le risque du patient. Si une personne a déjà fait un infarctus par exemple, cela veut dire que ses artères sont malades et elle pourrait probablement en développer un deuxième. Lorsque le risque est élevé à ce point, il faut s’attaquer à tous les facteurs de risque: baisser drastiquement le taux de cholestérol, arrêter de fumer, perdre du poids, faire de l’activité physique, avoir une alimentation la plus équilibrée possible, etc. Les médicaments sont surtout donnés à ce type de patients. Idem si ceux-ci ont du diabète ou de l’hypertension par exemple".

Par contre, si une personne a un taux de cholestérol élevé alors qu’elle est à moindre risque (car elle est sportive, adopte une alimentation saine…), il peut y avoir débat sur la démarche à suivre. "Le médecin doit quantifier le risque du patient. C’est comme quand il fait beau dehors, vous n’allez pas prendre votre parapluie. Ici c’est pareil". Si cet individu est atteint d’hypercholestérolémie familiale, le fait d’avoir une bonne hygiène de vie peut se révéler insuffisant pour se protéger de l’infarctus et il faut passer par des médicaments, note Olivier Descamps.

Pour les autres, avec des taux de cholestérol au-dessus de la moyenne mais modérément élevés, cela dépend. "On a des équations précises avec des tableaux où on croise les données sur le taux de cholestérol d’une personne, sa tension artérielle, son âge, son sexe et sa consommation de tabac. Cet outil, qui s’appelle SCORE, donne un pourcentage de risque de faire un problème cardiaque dans les 10 ans. Si ce risque est à 0%, évidemment, on ne va pas s’inquiéter. À 1-2%, on prévient juste le patient, sans plus. Ce n’est qu’à partir de 5% qu’on va plus loin, éventuellement avec des médicaments si nécessaire. Au-dessus de 10%, il faut lâcher la ‘bombe atomique’".

De manière générale, le cardiologue recommande de limiter sa part de graisses saturées au sein de son alimentation pour éviter les athéroscléroses. En matière de médicaments, "plus c’est remboursé par l’INAMI, plus c’est valable". "L’INAMI, qui est un organisme indépendant et sûrement pas influencé par les firmes pharmaceutiques, voit ce qui est validé scientifiquement pour édicter cela. Il n’empêche pas forcément qu’un médicament non validé de la sorte soit commercialisé mais elle peut décider de ne pas le rembourser", fait-il savoir en précisant que ce n’est pas parce qu’un produit est plus cher qu’il est meilleur.

Sur le même sujet
Plus d'actualité