Pic d’appels au numéro de prévention du suicide avec Stromae sur TF1

Le chanteur Stromae a manifestement incité de nombreuses personnes à se confier sur leurs tendance suicidaires avec sa chanson «L'enfer».

Stromae au journal de TF1
Stromae au journal de TF1, le 9 janvier 2022 @BelgaImage

À l’occasion de la journée française de prévention du suicide du 5 février, les centres de prévention du suicide ont fait leurs comptes outre-Quiévrain. Bilan: leurs services ont été particulièrement sollicités au tout début de l’année. Pour eux, il n’y a pas de doute, le passage de Stromae au journal de 20 heures de TF1 a eu un effet. En présentant à cette occasion sa chanson "L’enfer" où il évoque ses pensées suicidaires, il a clairement incité des téléspectateurs à parler de leurs problèmes au téléphone. Outre en France, la prestation de Stromae a également eu des répercussions de l’autre côté de la frontière, en Belgique.

Un sujet rendu moins tabou grâce à Stromae

Selon les chiffres rendus publics ce vendredi par le ministère français de la Santé, "en quatre mois, il y a eu 34.000 appels au 3114 (le numéro français de prévention au suicide, ndlr), avec deux pics, autour des fêtes de fin d’année, et après le passage de Stromae" sur TF1. Au total, 10-15% de ces appels ont amené à une prise en charge du Samu.

En Belgique aussi, la prestation du chanteur belge a eu un impact, comme nous vous le racontions en détail dans un autre article. "Depuis que Stromae est intervenu sur TF1, en quelques jours, on a reçu 86 demandes de personnes qui veulent être ‘sentinelles’ pour sauver des vies. C’est ça, l’effet Stromae", a fait savoir Thomas Thirion, administrateur délégué de l’asbl "Un pass dans l’impasse" qui dispose d’un centre de prévention au suicide.

"C’est vrai que le journal télévisé durant lequel il s’est exprimé se déroulait en France, mais cela a eu un impact, ici en Belgique", a ajouté Deborah Deseck, chargée de communication du Centre de prévention du suicide bruxellois. "Un impact positif, parce que quelqu’un de très connu et populaire qui parle de ses idées suicidaires, ça montre bien que ça peut arriver à tout le monde. Y compris aux gens qui ont l’air joyeux. Ça contribue à rendre le sujet moins tabou… c’est très important, en ce moment".

Un "effet Stromae" non voulu mais très apprécié

De fait, le message de Stromae sur TF1 a été très apprécié par les acteurs du milieu. Même le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a pris la parole pour féliciter le chanteur. "Merci Stromae d’avoir abordé le sujet difficile du suicide dans votre dernier album. Il est si important de demander de l’aide si vous avez des difficultés et de soutenir ceux qui ont besoin d’aide", a-t-il écrit sur Twitter.

Questionné sur cet "effet Stromae", l’artiste a confié qu’avoir un tel impact n’était pas "du tout l’intention initiale", bien qu’il s’en réjouisse. "Ce qui m’intéresse dans ma musique c’est avant tout de toucher les autres. Si en plus de ça, ça ramène un sujet qui peut parfois être tabou tant mieux. Parlons-en!", a-t-il déclaré sur Bel RTL.

Le soir du 9 janvier, la prestation de Stromae a été suivie sur TF1 par 7,3 millions de téléspectateurs. Depuis, 7 autres millions ont vu la vidéo sur Youtube et 5,5 millions sur Twitter.

Un bilan encore difficile

C’est dans ce contexte que le Centre de prévention du suicide a publié le 1er février un nouveau bilan belge sur l’état et l’évolution des personnes en crise suicidaire pendant la crise sanitaire. Il s’avère qu’il y a eu en 2021 une augmentation de 21% du nombre d’appels comparé à 2020. La moitié du total était constitué d’appels de crise suicidaire. Le nombre de consultations pour crise suicidaire, qui a augmenté de 50% en 2020 par rapport à 2019, n’a pas décru en 2021 mais est resté stable. Il y a par contre eu en 2021 une augmentation de 7% des consultations pour accompagner le deuil après un suicide.

La part des adolescents parmi les appelants et les patients est de plus en plus importante avec la crise sanitaire, remarque le centre, avec chez eux un désintérêt marqué pour leur futur et un renforcement de l’isolement. Cette tendance affecte même des jeunes bien entourés par leurs proches au sens physique du terme, mais qui sont néanmoins victimes d’un isolement psychologique en parlant peu de leurs problèmes.

Parler du sujet et ressusciter l’espoir pour lutter

En réaction à ce bilan, le Centre de prévention du suicide a appelé à une prise de conscience. "Il manque un discours porteur d’espoir: ‘Les difficultés sont bien présentes mais nous arriverons à surmonter les épreuves’. C’est un message que nous devons tous entendre mais particulièrement les adolescents pour qui l’avenir se construit maintenant". Le centre insiste toutefois pour préciser que toutes les classes d’âge sont concernées par le suicide, et ce quelque soit la condition sociale. "Stromae, en chantant sur ses idées suicidaires, a d’ailleurs démontré qu’une personne avec du succès, bénéficiant d’une renommée mondiale, peut ressentir une véritable détresse. Son intervention a permis de mettre le sujet sous les projecteurs, ce qui est primordial… Le suicide, et sa prévention, est depuis trop longtemps un sujet tabou. On a peur de l’évoquer, on a peur même de le nommer".

Le centre invite notamment les parents à aborder la question avec leurs enfants, sans avoir peur d’un soi-disant incitant au suicide "car une personne qui ne pense pas au suicide ne passera pas à l’acte en entendant parler du sujet". "Par contre, une personne qui a vraiment des idées suicidaires va être extrêmement soulagée de pouvoir parler de sa souffrance et sentir que le dialogue est ouvert autour d’elle".

Le Centre de prévention au suicide est joignable en Belgique via une ligne gratuite et anonyme: le 0800 32 123. Un rendez-vous avec un psychologue spécialisé est également possible via le 0476 53 00 84 et un site est également à la disposition du public (https://www.preventionsuicide.be/). En 2018, 1.792 Belges sont décédés suite à un suicide. 26,63% d’entre eux avaient 50-54 ans, 25,91 avaient plus de 85 ans. Outre-Quiévrain, ce sont près de 9.000 décès qui sont comptabilisés chaque année selon Santé publique France.

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