Covid-19: quand passerons-nous à la phase endémique de la maladie ?

Même si un nombre grandissant d’États européens lèvent leurs mesures sanitaires, la pandémie n’est pas encore derrière nous.

Covid-19 omicron vaccin pandémie OMS endémie
@BELGAIMAGE

Masques, " coronapass " et autres restrictions horaires dans l’Horeca… Mardi 1er février, le Danemark est devenu le premier pays de l’Union européenne à lever toutes les mesures sanitaires jusqu’alors en vigueur. Face à un variant Omicron moins virulent, le pays juge sa forte couverture vaccinale capable de résister à elle seule aux assauts de l’épidémie. Voisines, la Norvège et la Suède ont également décidé une levée (quasi) complète des restrictions.

Plus au sud, l’Angleterre a dit adieu au port du masque et au télétravail depuis la semaine passée ; la Suisse en aura fini avec les mesures à la mi-février… Une partie non négligeable de l’Europe pêcherait-elle par excès d’optimisme ? Ou bien est-ce enfin le signe que le virus a été vaincu ? Pour le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, le moment n’est venu " ni de se rendre, ni de déclarer victoire ". La bataille n’est pas encore finie face au Covid-19, et la pandémie, pas encore derrière nous.

Passer à la phase endémique

Techniquement, c’est justement l’OMS qui sifflera la fin de la partie, rappelait au Temps Julien Riou, épidémiologiste à l’Université de Berne. " De façon formelle, on peut dire que la pandémie prendra fin lorsque l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarera que c’est le cas, de la même manière que c’est elle qui a annoncé le début de la pandémie en mars 2020. Mais en pratique, c’est un peu plus compliqué que cela. Une pandémie est une épidémie qui s’étend au monde entier, ce qui est une définition assez floue ".

Les spécialistes sont pratiquement unanimes à ce sujet : le virus continuera de circuler dans le monde durant plusieurs années encore.  Mais cette " circulation continue du SARS-CoV-2, avec une immunité vaccinale ou naturelle protégeant la majorité des gens contre les formes sévères, pourrait aussi être qualifiée d’endémie ", continuait le chercheur. Espérons-le : le terme sera de toutes les bouches lorsqu’il s’agira d’évoquer le Covid-19, tout comme " pandémie " l’est depuis deux ans.

Le taux de reproduction durablement fixé autour de 1

On parle en effet d’endémie lorsqu’une maladie contagieuse s’est installée durablement et de manière latente dans une région donnée. Une infection endémique est une infection qui sévit en permanence, mais sans être en progression, et le plus souvent à faible intensité. Le virus se propage toujours, mais beaucoup moins rapidement. Chaque personne porteuse du virus n’en infecte qu’une autre au maximum.

Le taux de reproduction du virus est un bon indicateur à cet égard, expliquait le chercheur Pascal Crepey. Alors que durant une phase pandémique " le nombre de nouveaux cas se multiplie de semaine en semaine ", une phase endémique implique d’avoir " en continu un certain nombre de cas dans la population avec un nombre de reproduction autour de 1 et pas au-dessus comme c’est le cas aujourd’hui ".

Vu la propagation d’Omicron, sa moins grande sévérité conjuguée à une couverture vaccinale importante et à une immunité naturelle en progression au sein des populations, l’Agence européenne des médicaments (EMA) estimait en janvier que le Covid allait se transformer en une maladie endémique, avec laquelle l’humanité pourra vivre, et qui ne posera plus de problème majeur de santé publique.

Le covid-19, enfin réduit à une simple grippe

Car au-delà du taux de reproduction du virus, le seul indicateur pertinent qui sonnera la fin de la pandémie, c’est justement l’état des systèmes de santé. "Le seul juge de paix, de mon point de vue, est la saturation ou le risque de saturation du système de santé, pointait Dominique Garcin, professeur associé à l’Université de Genève. Cet aspect représente un invariant de cette pandémie. C’est donc ce baromètre-là, avant toute chose, qui devrait être pris en compte ".

Voilà pourquoi Yves Van Laethem indiquait en janvier que nous n’étions pas " encore en période endémique ", et qu’il faudrait sans doute attendre quelques mois encore " avant d’arriver à cette zone d’endémie ". " On espère atteindre ce schéma le plus rapidement possible, fantasmons pour cet automne, si tout va bien ", déclarait le porte-parole interfédéral.

Une situation qui devrait alors permettre une meilleure organisation de la vaccination, avec d’éventuels rappels plus espacés et plus ciblés vers des publics fragiles, comme le préfigurait Nathan Clumeck (ULB) pour la RTBF : " On sera dans une situation normale, ce que nous sommes avec la grippe, parce que quand la grippe survient en hiver, il y a la vaccination des personnes vulnérables, il y a une petite poussée épidémique, c’est-à-dire que le nombre de cas se multiplie, touche les personnes qui ne sont pas immunisées ou qui sont vulnérables par leurs comorbidités, et après ça diminue et on n’en parle plus. Ça s’appelle des variations saisonnières d’une maladie endémique. Ça, c’est le meilleur scénario possible pour le corona " concluait le professeur émérite en maladies infectieuses.

Sur le même sujet
Plus d'actualité