Covid-19: vers un vaccin sud-africain sans brevet ?

Pfizer, BioNTech, Moderna… Quelques Big Pharma se partagent actuellement le marché des vaccins contre le covid. Mais une entreprise sud-africaine a trouvé la formule d’un vaccin ne nécessitant pas de brevet. De quoi enfin combattre l’inégalité vaccinale entre pays riches et pays en voie de développement ?

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Un chercheur d’Afrigen Biologics and Vaccines, à Cape Town (Afrique du Sud), décembre 2021 @BELGAIMAGE

Depuis juin 2021, l’Afrique du Sud abrite un projet ambitieux : une plateforme de transfert de technologie à ARN messager, à destination des pays en voie de développement. Pilotée par la société Afrigen Biologics and Vaccines, elle-même sous la supervision de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), cette plateforme vise à booster les capacités de ces pays, afin de leur permettre de produire leurs propres vaccins contre le covid. Et d’ainsi combler le fossé avec les pays riches. En effet, alors que 66% des habitants des pays du G7 avaient reçu au moins deux doses en décembre, seuls 6% des Africains étaient vaccinés.

Pour passer la vitesse supérieure, Afrigen Biologics and Vaccines cherchait la formule d’un vaccin générique, ne nécessitant pas de brevet. Selon De Morgen, l’entreprise sud-africaine a réussi à " craquer le code ". Celle-ci s’est concentrée sur le développement d’un vaccin à ARN messager, se calquant sur un modèle similaire à celui de Moderna. " Nous ne voulons pas seulement imiter le produit de Moderna, mais aussi proposer de l’innovation ", explique à De Morgen Petro Terblanche, la PDG de la société sud-africaine Afrigen Biologics and Vaccines.

Pas disponible avant plusieurs mois

Reste qu’avoir trouvé la formule n’est que la première étape : le vaccin sud-africain va désormais devoir passer par plusieurs phases de tests. " Dans le pire des cas, nous pourrions alors soumettre une demande d’agrément aux autorités dans 36 mois ", avance la PDG.

Toujours dans De Morgen, la ministre fédérale de la Coopération au développement Meryame Kitir (Vooruit), a applaudi cette avancée. "Dans cette pandémie, nous ne sommes en sécurité que si tout le monde est en sécurité ", écrivait la ministre. Parvenir à contrôler la propagation de futurs variants ne sera possible " que si le monde entier a accès à un vaccin ". Mais deux ans après le début de la pandémie, " 90 % des Africains ne sont toujours pas vaccinés aujourd’hui ". Pour tenter de pallier à l’inégalité vaccinale, la Belgique participe à l’initiative internationale Covax, pour laquelle elle a fourni 8,5 millions de vaccins. " À long terme, continuer à partager nos vaccins n’est pas une solution ", jugeait Myriame Kitir, pour qui une production locale de vaccins est capital pour les pays du sud.

Un frein à l’innovation et à la recherche?

C’est d’ailleurs pour cela qu’une coalition de plusieurs pays, Afrique du Sud et Inde en tête, réclame depuis l’automne 2020 une levée temporaire des droits de propriété intellectuelle sur les vaccins Covid auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, rejoints en cela par les grands laboratoires pharmaceutiques, s’opposent à cette demande et à tout ce qui pourrait, selon eux, freiner l’innovation et la recherche.

Leur argument ? Lever les brevets sur les vaccins seraient une fausse solution, dans la mesure où les pays en développement ne disposeraient pas des infrastructures et du savoir-faire nécessaires pour produire les vaccins. " On a beaucoup entendu dire que personne en Afrique, en Asie ou en Amérique latine n’était capable de faire ces vaccins. C’est ce qui se met en place et, pourtant, les compagnies pharmaceutiques continuent de refuser de collaborer ", dénonçait auprès du Monde Fatima Hassan, directrice de l’ONG sud-africaine Health Justice Initiative.

Mais à en croire la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweal, un compromis entre pays riches et en développement pourrait être finalement être trouvé sur une levée des brevets. " Nous pensons qu’un terrain d’entente, un compromis raisonnable pourrait être trouvé qui permettrait aux pays en développement d’avoir accès à des transferts de technologie et à la propriété intellectuelle tout en encourageant l’innovation et la recherche. (..)Nous espérons qu’il y aura une avancée dans les prochaines semaines" , a-t-elle déclaré.

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