Comment expliquer que certaines personnes n’ont encore jamais contracté le Covid?

Alors que les contaminations atteignent des niveaux sans précédent, certaines personnes, de moins en moins nombreuses, n'ont encore jamais contracté le Covid-19. Et ce, malgré y avoir parfois été exposé de près. Simple hasard? Ou dispositions biologiques?

Comment expliquer que certaines personnes n’ont encore jamais contracté le Covid?
© Belga

Depuis bientôt deux ans de pandémie, de nombreux belges ont été touchés par le Covid-19. Parfois même, à plusieurs reprises. Certains, au contraire, n’ont encore jamais attrapé le virus. Comment expliquer qu’une partie de la population ait réussi à passer entre les mailles du filet (en vivant parfois avec une personne positive) alors que d’autres ont été (re)contaminés ? 

Plusieurs éléments entrent en ligne de compte pour comprendre cette " résistance " de certains au virus. Force est de constater que nous ne sommes pas tous égaux face à la maladie.  " Il y a de vraies inégalités dans les systèmes immunitaires ", rappelle ainsi Noushin Mossadegh Keller, ingénieure de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et vice présidente de la société française d’immunologie, interrogée par nos confrères de Ouest-France.  Des inégalités qui seraient, selon elle, forgées au cours des premières années de la vie, lors de la construction du système immunitaire.. Je pense aux enfants qui sont gardés en collectivité, en crèche par exemple. Les 3 premières années sont un peu compliquées parce qu’ils sont souvent malades, mais après, ils ont une immunité beaucoup plus robuste ", explique la chercheuse. 

Récemment, des chercheurs de l’Imperial College de Londres ont mis en lumière l’importance des cellules lymphocytes T dans cette résistance au Sars-Cov-2. L’étude a ainsi conclu que des proches de malades qui n’avaient pas été contaminés disposaient d’un plus grand nombre de ces cellules, acquises notamment après avoir développé un rhume. " Notre étude fournit la preuve la plus claire que les cellules T induites par les coronavirus du rhume jouent un rôle protecteur contre l’infection au Sars-Cov-2 ", expliquait le professeur Ajit Lalvani, coauteur de l’étude.

L’étude rejoint ainsi les résultats de recherches antérieures.  " Au moins un tiers d’adultes qui n’avaient jamais été en contact avec le SARS CoV 2 possédaient des lymphocytes T capables de réagir à ce virus. Ils provenaient très probablement d’infections antérieures à d’autres coronavirus ", indiquait à l’AFP le spécialiste d’immunologie allemand Andreas Thiel, co-auteur d’une étude publiée en juillet 2020 dans la revue médicale Nature. 

Pour autant, toute infection au rhume ne protège pas automatiquement du Covid-19. Comme le soulignait le Docteur Rhia Kundu, coauteur de l’étude de l’Imperial College, les coronavirus évoqués ne représentent que 10 à 15% des rhumes.

Des prédispositions génétiques? 

Outre cette immunité renforcée, plusieurs études ont avancé le fait que des inégalités existaient aussi en termes de groupe sanguin. A l’automne 2020 déjà, la théorie d’une moindre sensibilité au sein du groupe sanguin 0 avait été défendue par des chercheurs danois. Un consensus se dégage indéniablement: à savoir que les gens du groupe 0 auraient environ 20% de risque en moins de contracter le virus et ceux de groupe A et AB un risque plutôt élevé ", avait expliqué, à l’époque, Jacques Le Pendu,  directeur de recherches à l’Université de Nantes dans les colonnes du Figaro. 

Noushin Mossadegh Keller se montre, elle, plus réservée. " Cela ne s’exclut pas, mais on n’a pas assez de recul ", nuance la chercheuse auprès de Ouest-France. " En réalité, l’effet est relativement faible ", rejoint Olivier Schwartz, directeur de l’unité Virus et Immunité de l’Institut Pasteur, interrogé par nos confrères de La Croix. " Il y a moins de 10% de réduction de susceptibilité d’infection ".

Des chercheurs avancent également des " prédispositions génétiques " qui permettraient à certains de ne pas contracter la maladie. " On pense que certaines personnes sont nées avec des variants ou des mutations dans un ou des gènes qui sont importants pour le Sars-CoV-2. Grâce à ces mutations, le virus ne réussirait pas à s’attacher aux cellules humaines ", explique Donald Vinh, spécialiste des maladies infectieuses, sur les ondes de Radio Canada. Un constat partagé par Olivier Schwartz. " On trouve parfois un rare variant de gène du récepteur ACE2, (…) ce qui pourrait induire une certaine forme de protection contre le Covid-19 ". 

Reste que certains peuvent, sans s’en rendre compte, avoir été touchés par le virus et avoir développé une forme asymptomatique de la maladie. Et que d’autres respectent strictement, depuis le début de la pandémie, les mesures sanitaires, réduisant, logiquement, les risques d’être exposé au virus. 

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