Le CST critiqué jusqu’au sein du GEMS: ce pass est-il vraiment efficace?

Les bénéfices du pass sanitaire apparaissent assez limités en Belgique. Certains experts appellent à en revoir l'utilisation, d'autres à l'abolir tout simplement.

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Ce vendredi, les attaques contre le Covid Safe Ticket (CST) se sont encore un peu plus renforcées, comme le montre Het Laatste Nieuws. Le quotidien a recueilli l’avis de trois experts ayant évalué son effet: l’expert en données Joris Vaesen, le virologue Zeger Debyser (également membre de la N-VA) et un autre virologue, membre du GEMS, Steven Callens. Leur conclusion est claire: le CST n’a eu qu’un impact très limité sur le taux de vaccination, alors qu’il s’agissait d’un de ces objectifs principaux. De quoi amener certains de ces spécialistes à proposer l’abandon pur et simple du CST. Ce dernier mois, le fameux pass a même été critiqué par des experts renommés comme Marc Van Ranst ou encore Yves Coppieters. Ensemble, ils présentent un bilan décevant du Covid Safe Ticket, avec des effets positifs limités voire, au contraire, des effets négatifs.

Un effet discutable sur le taux de vaccination

Selon les trois spécialistes interrogés par Het Laatste Nieuws, "le CST n’a fait monter que de 2 à 3% le taux de vaccination en Belgique". Pour arriver à ce chiffre, ils ont repris les statistiques connues. Le 1er octobre 2021, lorsque le CST a été appliqué pour la première fois, 73% des Belges étaient entièrement vaccinés. Aujourd’hui, ils sont 77%, en comptant les enfants qui ont depuis eu accès à la vaccination et l’utilisation plus large du pass.

Cette conclusion rejoint l’analyse qu’en faisait Yves Coppieters. Interrogé ce mois-ci par 7sur7, il a estimé que l’on ne pouvait pas parler d’un effet nul du CST sur le taux de vaccination, "mais l’impact du CST sur la vaccination a été moins marqué qu’espéré", expose Yves Coppieters. "Ce n’est pas illogique. En octobre-novembre, on était déjà bien avancé dans le processus vaccinal. Ajouter le CST élargi à ce moment-là, comme carotte à la vaccination, cela a évidemment provoqué un effet moindre que chez nos voisins français qui l’avaient adopté depuis plusieurs mois déjà", dit-il.

Si Yves Coppieters fait ce parallèle avec la France, ce n’est pas par hasard. Là-bas, le pass sanitaire a eu un effet bien plus notable qu’en Belgique. Imposé progressivement dès l’été 2021, il a indéniablement stimulé la vaccination, au point qu’il soit question d’un "effet Macron". Une étude du think tank Bruegel vient de le confirmer. Selon celle-ci, l’impact psychologique du pass français a été tel qu’il aurait pu booster le taux de vaccination de 13% outre-Quiévrain, dans un pays réputé pour être très sceptique face aux vaccins. In fine, cela a permis d’éviter plus de 30.000 hospitalisations et près de 4.000 décès. Un soulagement énorme pour les services de soins. En Belgique, l’impact du CST sur les hôpitaux n’est pas connu avec une telle précision mais l’impact y serait clairement moindre, même en tenant compte du nombre d’habitants.

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Des retombées parfois négatives

A contrario, le CST a pu avoir des effets indésirables. Yves Coppieters rappelle ainsi que des personnes vaccinées ont pu baisser la garde par rapport à la propagation du Covid-19, s’estimant en sécurité dans les endroits appliquant le pass. Puisque le vaccin évite surtout les formes graves de la maladie et moins les contaminations, cela a pu renforcer l’épidémie.

Le biostatisticien Tom Wenseleers explique la même chose au magazine Knack. Selon lui, ce manque de vigilance des vaccinés, induit par le CST, "a pu annuler en partie l’effet des vaccinations". "Si un vaccin réduit le risque d’infection par un facteur de deux, mais que les personnes vaccinées voient deux fois plus de monde, le bénéfice est perdu", constate-il.

En parallèle, le CST n’a pas forcément eu des impacts économiques positifs. Cela dépend en réalité énormément d’un endroit à un autre. Là où Pairi Daiza n’a pas remarqué de baisse de fréquentation avec le pass, l’horeca accuse globalement d’une baisse de chiffre d’affaires de 30%, voire plus pour les cafés, selon Maxence Van Crombrugge, président de la Fédération Horeca Wallonie. Une déception pour ce secteur qui espérait pourtant début octobre mieux s’en sortir avec CST que sans.

Une abolition du CST: oui ou non?

Au vu de toutes ces conclusions, certains experts n’hésitent plus à tirer à boulets rouges sur le CST. Joris Vaesen et Zeger Debyser vont même jusqu’à demander son abolition pure et simple. Représentant du GEMS, Steven Callens se montre plus modéré, jugeant le pass "utile s’il s’inscrit dans un cadre bien défini". Pour autant, avec Omicron qui prospère et le taux de vaccination actuel, son utilisation pourrait être repensée. Dans des endroits à haut risque, comme en discothèque, le CST aurait toujours sa place. Ailleurs, ça se discute.

Pour Yves Coppieters, l’efficacité exacte du CST est incalculable et s’il est "hasardeux" d’affirmer qu’il est inefficace, il n’est pas incongrue de le critiquer. "Je ne suis ni pour le maintien du CST actuel ni pour un pass vaccinal", conclut-il. Lui aussi est plus favorable au pass dans des événements de masse que dans la vie quotidienne, où il rappelle que d’autres mesures sont possibles (télétravail, testing, ventilation, limitation des contacts, etc.).

Tom Wenseleers explique pour sa part qu’une utilisation large du CST se justifierait dans l’hypothèse où les vaccins permettraient d’éviter les infections. "Mais pour l’instant, je crains qu’une large obligation ne renforce la polarisation. Il y a un risque qu’elle compromette le haut niveau de volonté à la vaccination". Le virologue Marc Van Ranst, très respecté en Flandre, partage un avis similaire sur ce point et en tire une conclusion mitigée. D’un côté, il craint qu’un trop gros relâchement des mesures sanitaires en Belgique comparé à d’autres pays n’incite Français, Allemands et Néerlandais non-vaccinés à se rendre chez nous, ce qui créerait potentiellement de gros clusters. Mais d’autre part, il se montre compréhensif quant aux critiques contre le CST. "Je comprends les voix qui plaident pour l’abolition, et je ne m’y opposerai certainement pas. Mais je préférerais que nous entrions le plus rapidement possible dans le code jaune du nouveau baromètre. Alors la discussion s’arrêtera", dit-il.

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