Covid-19: ils se contaminent volontairement pour obtenir un pass sanitaire

Alors que les pass sanitaires sont devenus quasi-inhérents au maintien d'une vie sociale, culturelle ou sportive, certains font le choix de se contaminer délibérément au virus. Et obtenir ainsi un certificat de guérison. Une pratique qui est loin d'être sans risque.

Covid-19: ils se contaminent volontairement pour obtenir un pass sanitaire
© Belga Image

A l’heure où le variant Omicron a quelque peu rebattu les cartes de la pandémie et du virus, certains semblent ne plus craindre du tout sa virulence. Et cherchent même à se contaminer volontairement. Le phénomène avait déjà fait son apparition après les premiers mois de la pandémie. A l’été 2021, plusieurs médias français rapportaient ainsi les nombreux " appels à cluster " sur les réseaux sociaux.

Mais il semble prendre une autre dimension avec le nouveau variant, dont la moindre dangerosité s’est confirmée au fil des semaines. Motif de ces contaminations volontaires? Principalement les obligations inhérentes au pass sanitaire et autres Covid Safe Ticket.  Pour certains, qui refusent la vaccination, la contamination semble ainsi être la seule perspective.  " Je n’avais accès à aucun loisir car je n’avais pas de CST ", témoigne une jeune liégeoise à nos confrères de La Meuse. " La seule solution (…) était d’attraper volontairement le coronavirus et ainsi acquérir un CST, et vivre ma vie comme tous ". 

Même démarche de la part de l’ancien basketteur professionnel Pieter Loridon. Sa contamination délibérée a fait beaucoup de bruit au nord du pays.  L’ancien sportif de 49 ans a partagé une vidéo dans laquelle on le voit appliquant sur son nez la salive d’une personne infectée. Une vidéo qui avait suscité de vives réactions aussi bien des internautes que des experts. Le ministre flamand de la Santé Wouter Beke a qualifié l’acte d’" un incroyable manque de respect pour le personnel soignant ". 

Pour certains, c’est le durcissement des règles du pass sanitaire qui a conduit vers ce choix. Elise (prénom d’emprunt), une jeune bruxelloise de 26 ans, l’a envisagé pendant un moment. " Je devais me rendre à l’étranger. Et je ne voulais, à ce moment-là, pas déjà faire ma troisième dose ", nous explique la jeune femme, doublement vaccinée. " Plusieurs personnes de mon entourage avaient été très malades avec le booster. J’avais, personnellement, déjà eu le Covid et j’étais asymptomatique. Je me disais donc que je préférais avoir une nouvelle fois le virus pour obtenir un certificat de rétablissement ". Elle a finalement renoncé à entreprendre cette démarche.

Dans les colonnes du Nieuwsblad, l’association flamande Domus Medica confirme avoir été informée du phénomène par des médecins généralistes.  Il s’agirait, selon nos confrères, notamment de jeunes de 16-17 ans, qui ne sont pas encore éligibles pour une dose booster. Dose sans laquelle ils craignent de ne pas pouvoir voyager aux vacances de Carnaval ou au printemps prochain. Dans certains pays, comme l’Autriche, est imposée dès l’âge de 12 ans. " Je comprends l’incertitude des jeunes qui se demandent s’ils pourront ou non voyager sans rappel de vaccin", concède le docteur Roel Van Giel, président de Domus Medica, au quotidien flamand. Le médecin demande donc aux autorités belges de prendre rapidement une décision sur ce rappel pour les jeunes. Ce mercredi, les ministres de la Santé ont demandé au Conseil supérieur de la Santé de se prononcer, d’ici le week-end, sur l’administration du booster pour les 12-17 ans. Le ministre-président flamand Jan Jambon a annoncé ce jeudi qu’il allait demander à l’Autriche et l’Italie d’accueillir sur leurs territoires les jeunes de 12 à 18 ans qui n’ont pas encore reçu leur dose de rappel. " Mais en attendant nous ne saurions trop insister sur le fait qu’il est dangereux de s’infecter soi-même ", rappelle Roel Van Giel.

Une fausse bonne idée 

Le phénomène est difficile à quantifier. En France, le comportement est " marginal " selon l’épidémiologiste Catherine Hill, interrogée par nos confrères de la Dépêche. Il n’en reste pas moins largement contestable. Sur ce point, les experts se rejoignent: se contaminer volontairement ne peut, en aucun cas, être une bonne idée. Et pour cause, si les risques de développer une forme grave sont limités avec le nouveau variant, ils ne sont pas pour autant nuls. " Même les personnes jeunes et en bonne santé, doublement vaccinées peuvent tomber gravement malades à cause du virus ", rappelle Roel Van Giel. Interrogé par nos confrères du Nieuwsblad, le virologue Marc Van Ranst rappelle, à ce propos, le décès récent de la chanteuse tchèque Hana Horka qui s’était délibérément infectée au Covid-19. 

Quand bien même l’infection ne conduirait pas à une hospitalisation, le coronavirus n’est pas un simple rhume." Le variant Omicron est moins grave que les autres, mais cela dépend quand même d’un patient à l’autre ", insiste le professeur de virologie Johan Neyts, interrogé par le quotidien flamand. " Et une infection légère, ce n’est pas seulement un nez qui coule. Vous pouvez bel et bien rester au lit pendant des jours et être assez malade ".  Et ce, alors que plusieurs secteurs sont déjà ralentis par l’important absentéisme causé par ce variant Omicron.

Si la majorité des personnes contaminées se remettent rapidement de leur infection, certains développent aussi une forme de Covid long. " Nous vivons avec Omicron depuis deux mois seulement. Il est encore trop tôt pour savoir si ces patients développeront aussi un covid long, mais je serais surpris qu’ils ne le fassent pas ", poursuit Johan Neyts.

Si les risques individuels sont limités, ce virus est surtout, rappelons-le, l’affaire de tous depuis le début de la pandémie. " C’est tout simplement irrespectueux de provoquer une contamination alors que le reste de la société fait tout son possible pour garder le virus sous contrôle ", juge, à cet égard, Marc Van Ranst.  " Vouloir absolument contracter la maladie est une erreur, tant sur le plan personnel qu’au niveau de la motivation d’obtenir son CST ", renchérit Yves Coppieters dans les colonnes de Sudinfo. L’épidémiologiste juge qu’il s’agit là " des travers du Covid Safe Ticket" et qu’il n’amène, en ce sens, plus de plus-value, en ne protégeant pas des contaminations.

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