Covid: pourquoi des cas positifs ne contaminent pas toujours leurs proches?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi, dans un même foyer, certains attrapent le Covid-19 et d’autres pas.

Parents avec des masques
Parents avec leur enfant et portant des masques lors de la pandémie de Covid-19 @BelgaImage

Vous avez peut-être déjà vécu ce cas de figure paradoxal: vous êtes chez vous et alors que l’un ou plusieurs de vos proches sont testés positifs au Covid-19, les autres restent négatifs. Pourtant, avec cette proximité dans un même lieu clos, toutes les conditions semblent réunies pour que la contagion se fasse. A priori, c’est un non-sens, comme si certaines personnes étaient protégées contre le coronavirus et d’autres pas, sans raison apparente. Un cas de figure qui a intrigué plusieurs médias et chercheurs qui ont fait le point sur la question, identifiant ainsi quelques pistes d’explication.

Le rôle des précédentes infections 

Le plus logique pour comprendre cela, ce serait que les personnes éternellement négatives bénéficient en réalité d’une immunité efficace, que ce soit grâce à une vaccination ou à une précédente contamination. Certains pourraient avoir attrapé le Covid-19 sans le savoir, sous une forme asymptomatique, et développé les anticorps nécessaires pour échapper à la maladie.

La Voix du Nord note même que des chercheurs creusent l’hypothèse suivante. Contracter un rhume (avec un rhinovirus ou un coronavirus saisonnier) pourrait aider pendant un certain temps à contrer le Covid-19 grâce aux lymphocytes T (des globules blancs) produits à cette occasion. Pas besoin d’avoir eu le Covid-19 pour s’en protéger, au moins en partie. C’est le principe de l’immunité croisée, comme l’explique l’épidémiologiste de l’ULB Yves Coppieters à L’Écho. C’est aussi ce qu’une étude de l’Imperial College de Londres semble avoir remarqué en étudiant la propagation du coronavirus au sein d’un bâtiment où vivaient 52 personnes. Globalement, ceux qui ont eu plus ou moins récemment un rhume étaient moins susceptibles d’attraper le Covid-19. Mais "ceci reste une hypothèse", insiste auprès de La Libre le Pr Cyr Jean Yombi, infectiologue aux cliniques universitaires Saint-Luc, même s’il s’agit d’une véritable piste d’explication.

Pas tous la même immunité selon son état de santé et ses gênes

Autre raison avancée: de base, le système immunitaire d’une personne n’est pas celui d’une autre. Toute une série de facteurs influencent son efficacité. Yves Coppieters cite par exemple l’alimentation et l’activité sportive. Il y a aussi l’immunosénescence, autrement dit l’affaiblissement de l’immunité avec l’âge, comme l’explique le Pr Cyr Jean Yombi. Ce dernier note que l’enzyme ACE-2, qui aide le coronavirus à pénétrer dans l’organisme, est plus présent chez les personnes âgées.

Une étude, publiée dans Nature Genetics et réalisée par l’Institut Karolinska en Suède et le Max Planck en Allemagne, vient aussi de montrer également qu’une variante génétique serait protectrice contre les formes graves du Covid-19. Ce morceau d’ADN serait tellement vieux qu’il se retrouverait aussi bien chez des Européens que dans des populations sub-sahariennes. Si une personne la possède, elle aurait environ 22% de risques en moins d’avoir une forme sévère de la maladie.

Les études sont cela dit contradictoires sur le rôle des gênes acquis via les Néandertaliens, c’est-à-dire surtout présents chez les Européens et les Asiatiques. En 2020, les chercheurs de l’Institut Karolinska et du Max Planck parvenaient à la conclusion que cet héritage multipliait par trois le risque de faire une forme sévère de détresse respiratoire due au SARS-CoV-2. Mais en 2021, un autre article, réalisé par l’Okinawa Institute of Science and Technology Graduate (OIST), parvient à la conclusion inverse. Un groupe de gênes, situé sur le chromosome 12 et provenant de Néandertal, réduirait ce même risque de 20%.

Le groupe sanguin et le sexe aussi importants?

Un autre facteur est également souvent brandi pour expliquer les différences de réaction face au Covid-19: le groupe sanguin. Comme le remarque en France l’Inserm en compilant les études sur le sujet, il semble que le groupe O soit mieux paré face au Covid-19, "même si cette diminution reste relative" et ne dispense pas des vaccins ou des gestes barrières évidemment. L’explication avancée: le groupe O bénéficie à la fois d’anticorps anti-A et anti-B qui permettraient une lutte plus efficace contre le coronavirus. Une hypothèse à nouveau à confirmer, toutes les études ne parvenant pas à cette conclusion, mais qui n’en est pas moins sérieuse.

La Voix du Nord relaye par ailleurs une étude publiée dans la revue Epidemics sur la même thématique. Il s’avèrerait qu’une personne serait plus susceptible de transmettre le Covid-19 aux individus du même groupe sanguin. L’inverse vaudrait également.

Autre facteur qui revient de façon récurrente dans les débats sur le Covid-19: l’importance supposée du sexe. "Une des hypothèses serait que les hommes expriment des niveaux de l’enzyme ACE-2 trois fois plus élevés que les femmes dans les cellules pulmonaires", explique le Pr Cyr Jean Yombi, ce qui favoriserait la virulence du coronavirus. Mais les chercheurs ont encore du mal à savoir si cette différence entre sexes n’est pas aussi due à des facteurs socio-économiques. Encore une fois, de nouvelles études doivent encore être menées pour trancher la question.

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