Le variant Delta fait de la résistance face à Omicron et affecte les hôpitaux

Le nouveau variant a du mal à totalement faire disparaître son prédécesseur, plus létal et toujours assez présent parmi les patients hospitalisés.

Patient Covid à Gera
Un patient Covid en soins intensifs à Gera, en Thuringe (Allemagne), le 13 janvier 2022 @BelgaImage

C’était pour ainsi dire la bonne nouvelle de ces dernières semaines: l’épidémie de Covid-19 pourrait devenir de moins en moins virulente grâce au variant Omicron qui remplacerait Delta du fait de sa plus forte contagiosité. Le scénario semblait logique sauf que dans la pratique, c’est plus compliqué. Au lieu de s’effacer totalement, le variant Delta reste bel et bien présent en Belgique, causant près de 15% des infections contre 85% pour son successeur. Plus inquiétant: la baisse de sa prévalence ralentit de plus en plus. Autrement dit, à l’heure actuelle, Omicron semble avoir du mal à affirmer totalement sa domination sur Delta qui continue d’avoir un impact notable sur les hospitalisations. Un constat qui interpelle les experts.

Delta continue de tourmenter la Belgique

Dans les hôpitaux belges, la situation actuelle est contrastée. Les admissions sont en hausse de 7% sur une moyenne hebdomadaire mais les soins intensifs continuent leur décrue (-16%). En poussant l’analyse plus loin, il s’avère qu’Omicron est étonnamment peu présent chez ces patients, bien qu’il soit responsable de la vague record d’infections. Un signal qualifié de "vraiment positif" par Marc Van Ranst qui ajoute auprès de La Libre qu’il "ne pense pas qu’on atteigne un niveau d’hospitalisation important avec Omicron".

La moins bonne nouvelle, par contraste, c’est que la présence du variant Delta se fait toujours sentir. "D’après les retours reçus des hôpitaux, les patients soignés sont encore principalement des personnes infectées par le variant Delta", a fait savoir Inge Neven, responsable Covid de la Commission communautaire commune (Cocom).

Marc Van Ranst constate la même chose dans son hôpital (celui de Louvain), les soins intensifs sont toujours majoritairement touchés par Delta. Pour lui, c’est le signe que ce dernier est toujours en embuscade. "Nous espérions qu’Omicron grimperait si haut que Delta serait complètement anéanti. Mais à 85%, les chiffres ont commencé à faiblir. Nous ne savons pas pourquoi, nous le voyons aussi dans d’autres pays. Peut-être qu’il y a un Delta au sein du sous-groupe de variants qui est légèrement plus contagieux et qui peut rivaliser avec Omicron", explique-t-il à la VRT.

La " plus grande interrogation du moment"

À l’étranger, la même constatation a été faite. Outre-Quiévrain, Delta ne représente plus que 9% des infections en date du 9 janvier mais reste très présent dans les hôpitaux. Du 1er décembre au 4 janvier, seulement 19% des patients Covid étaient contaminés par Omicron. Conséquence: dans certaines régions, notamment dans le sud de la France, le pic d’hospitalisation a dépassé ceux des vagues précédentes. Scénario similaire aussi aux États-Unis où 98% des nouveaux cas sont dus à Omicron mais où Delta causse la majorité des décès, comme l’a confirmé le Dr Rochelle Walensky, directrice des Centers for Disease Control and Prevention.

Là aussi, les experts se demandent si Delta va finir par céder définitivement la place à Omicron. "C’est notre plus grande interrogation du moment", confie au Figaro Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Inserm. "Il s’agit de dynamiques d’interaction assez complexes entre les deux souches. Les données de surveillance ont beaucoup changé ces dernières semaines, on a donc du mal à voir si Delta baisse réellement en valeur absolue, ou si cette diminution est liée au changement d’indicateur".

Sans Delta, un Covid-19 proche d’une grippe?

Si Delta continue de circuler, les hôpitaux vont très probablement continuer à voir affluer des patients. Pour qu’il disparaisse pour de bon, il faudrait alors l’arrivée d’un nouveau variant issu d’Omicron qui garderait une moins grande virulence tout en améliorant encore un peu plus sa contagiosité. C’est ce qu’espère Marc Van Ranst, qui estime que cela a de bonnes chances d’arriver, même si cela reste à confirmer dans les faits.

Dans l’hypothèse où Delta finit par rendre l’âme, les spécialistes sont pour le coup assez optimistes. Omicron aurait toute la place et doperait l’immunité collective grâce à sa propagation fulgurante, s’ajoutant ainsi à l’immunité vaccinale. Avec un peu de chance, cette immunité naturelle pourrait tenir assez longtemps et Omicron n’encombrerait pas trop les hôpitaux. Cela reste à confirmer mais cela permet d’entrevoir une sortie de crise.

L’épidémiologiste Yves Coppieters affirme d’ailleurs à La Libre qu’en combinant ces caractéristiques d’Omicron avec le vaccin, les antiviraux à venir, etc., "l’hypothèse serait alors que le Covid soit semblable à la grippe et que cette famille des coronavirus pourrait évoluer vers des formes plus banales". Une perspective idéale, qui ne pourrait être contrecarrée que par l’émergence d’un tout autre variant, notamment dans les pays pauvres faiblement vaccinés où le virus prolifère sans contrôle efficace. S’il n’y a au contraire pas de nouveau venu et que les planètes s’alignent correctement, ce qui représente "un scénario tout à fait envisageable" confirme Yves Coppieters, il est permis d’espérer des jours meilleurs.

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