" La vaccination obligatoire n’est pas pertinente avec les vaccins actuels "

La Belgique a récemment soufflé sa première seringue anti-Covid. L'heure est au booster. Mais la stratégie des doses de rappel semble déjà has been. Un décalage entre politique et réalité épidémique.

Une infirmière prépare une dose du vaccin Pfizer/BioNTech
© Belga Image

Les doses de rappel, pas pour tout le monde

" Fin novembre, une analyse du centre de contrôle européen des maladies a constaté que, depuis le début de la vaccination chez les plus de 60 ans, 470.000 vies ont été sauvées en Europe. Cela correspond en Belgique à à-peu-près 7.800 vies ", expliquait Jean-Michel Dogné, membre de la Task Force vaccination, dans le journal de RTL Info. Elle a également permis d’éviter de nombreuses hospitalisations.

En un an, la vaccination a donc fait ses preuves. Même si l’objectif du précieux sérum anti-Covid est de réduire les formes graves, il est aussi un fin rempart contre la transmission du virus. Mais avec son contagiosité, Omicron change la donne. " La stratégie du booster a encore tout à fait son sens pour les personnes fragiles ", affirme Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB.

Un coup de booster et ça repart. Mais pour combien de temps encore? Israël a déjà lancé sa campagne pour une quatrième dose. Gili Regev, chercheuse en chef d’une étude israélienne sur le sujet, émet des doutes sur l’efficacité d’une deuxième dose booster: " Je ne suis pas certaine qu’il faudrait la donner à tout le monde ". Le problème, c’est que ce sont les mêmes vaccins administrés depuis plus d’un an. Face aux nouveaux variants, une troisième ou une quatrième injection peut être obsolète pour une partie de la population. Il faudrait plutôt cibler un public spécifique parmi les personnes les plus vulnérables pour lesquelles un deuxième booster, voire plus, se justifie.

La vaccination obligatoire, un choix prématuré

Pendant ce temps, les laboratoires Pfizer/BioNTech affirment que leur vaccin est toujours efficace contre Omicron, à condition d’avoir reçu une troisième dose. Ils ont également annoncé un vaccin flambant neuf adapté à Omicron et disponible en mars.

La question de la vaccination obligatoire est de plus en plus brûlante. Le Conseil d’État a reconnu la légitimité et la proportionnalité d’une vaccination obligatoire des professionnels de la santé. Un accord a été trouvé mercredi en conférence des présidents du parlement fédéral pour avancer sur ce débat.

" Sur un plan purement médical, la vaccination obligatoire n’est pas pertinente avec les vaccins actuellement disponibles. Il faut attendre de nouvelles générations de vaccins plus universels sur les coronavirus au sens large, utilisés à moyen et long terme dont on est sûr de l’efficacité sur les formes graves et les contaminations ", estime Yves Coppieters.

Le monde politique semble regarder la situation épidémique avec les données d’hier, celles de la déferlante du variant Delta, au lieu d’envisager le contexte actuel d’Omicron. Un décalage avec la réalité. De plus, avec 88% des plus de 18 ans vaccinés, l’adhésion à la vaccination n’est plus à prouver. Mais pour maintenir cette adhésion, il va falloir s’adapter scientifiquement à l’épidémie.

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