Covid: 5 questions sur la tempête Omicron et l’après

Malgré l’explosion des cas, le variant dominant serait beaucoup moins virulent. Les experts confirment la bonne nouvelle, mais s’inquiètent de l’excès de confiance actuel. Sans efforts ni mesures de prudence, la fin de la pandémie ne sera pas pour cette année.

variant omicron
Selon les prévisions, 10.000 patients Covid pourraient être hospitalisés d’ici la fin du mois en Belgique. © Adobe Stock

Tôt ou tard, toutes les pandémies ont une fin. Certes, le coronavirus pourrait ne jamais disparaître, mais il n’impactera pas éternellement notre quotidien. Pour venir à bout de ­toutes les formes de restrictions sanitaires, il faudra encore traverser quelques mois d’incertitudes. On aurait préféré qu’il en soit autrement, mais alors que Delta n’a pas totalement disparu, les calculs des biostatisticiens Geert Molenberghs (UHasselt) et Tom Wenseleers (KU Leuven) démontrent qu’Omicron est désormais dominant en Belgique.

Ce dernier variant a causé une explosion de 10 millions de cas en une semaine seulement dans le monde (celle se terminant le 2 janvier 2022). La tempête ne serait pas encore derrière nous. “Le pic de la cinquième vague est attendu pour la fin janvier. De plus, on ne peut pas affirmer qu’on est entré dans la dernière phase de l’épidémie. D’autres variants peuvent encore apparaître. Une grande prudence reste donc de mise”, affirme l’infectio­logue Yves Van Laethem. Selon les prévisions, 10.000 patients Covid pourraient être hospitalisés d’ici la fin du mois. La situation est telle que de plus en plus d’experts conseillent le port du masque FFP2 aux personnes vulnérables, et non plus du masque chirurgical, pour réduire encore les risques de transmission. La raison pour laquelle le FFP2 ne serait pas généralisé à tous comme en Autriche serait… budgétaire, un FFP2 coûtant jusqu’à 10 fois plus cher qu’un chirurgical. “Ils sont aussi moins confortables. Le FFP2 pourrait être utile dans certaines situations, comme les transports en commun par exemple.”

1. Pourquoi Omicron est-il moins dangereux?

Si le variant est incontestablement plus contagieux que ses prédécesseurs, au rayon bonnes nouvelles, il serait moins dangereux. Le nombre d’hospitalisations ne connaîtrait en effet qu’une très faible augmentation, selon les derniers ­chiffres consolidés fournis par Sciensano. Les données du Danemark donnent également du crédit à cette théorie. Entre le 1er et le 31 ­décembre, le nombre de cas a été multiplié par quatre tandis que le nombre de patients en hôpital, par seulement 50 %. En Grande-Bretagne, une étude de l’Écossais Jim McMenamin montre une réduction de deux tiers du risque d’hospitalisation par rapport à Delta qui continue à toucher une minorité des contaminés belges. Une autre enquête anglaise évoque une réduction de 45 % dans les hospitalisations d’une nuit ou plus. Bref, toutes les recherches semblent se recouper même si les taux diffèrent.

Comment l’expliquer? “Les recherches se pour­suivent et il y a encore beaucoup d’inconnues, répond le Dr Tony Wawina, chercheur à la KU Leuven et coauteur d’une étude sur le séquençage d’Omicron en collaboration avec l’Institut ­Pasteur. L’explication se trouve dans les mutations du dernier variant.

dépistage covid

© BelgaImage

Omicron en comporte 32 dans la protéine Spike qui compose le SARS-CoV-2 (sur 50 mutations au total) par rapport à la souche originelle, tandis que Delta en comptait seulement 9. C’est contre cette protéine Spike que sont dirigés les anticorps produits naturellement par le corps ou amenés par le vaccin. Voilà pourquoi Omicron est moins facile à neutraliser et se propage davantage que Delta. Ces mutations poussent le virus à se multiplier davantage au niveau du nez, de la gorge et des bronches, et moins à s’aventurer vers les poumons comme les autres variants. Bref, cette souche attaque des cellules, disons moins fatales, qui, infectées, peuvent vous rendre malade, mais limitent la nécessité de soins hospitaliers car les fonctions respiratoires vitales sont moins souvent en danger.

Autre nouveauté encore à confirmer: une étude sud-africaine a démontré que si, avec Delta, le test nasopharyngé était plus efficace que le dépistage salivaire, la tendance s’inversait avec Omicron. Mais il est encore trop tôt pour conclure à la nécessité de changer la manière de tester sa positivité.

2. La période d’incubation est-elle vraiment réduite?

Depuis une semaine, les annonces se multiplient aux quatre coins du monde. Le gouvernement belge ne fait pas exception et a annoncé la semaine dernière la réduction du temps de ­quarantaine à 7 jours au lieu de 10 en cas de positivité au Covid. Vu le nombre de cas ces dernières semaines, contraindre trop de monde à la maison aurait des effets néfastes sur l’économie nationale et européenne.

Justifié du point de vue sanitaire? “Les données sont à ce stade insuffisantes. La décision est surtout poli­tique”, répond le Pr Nicolas Dauby, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre. Il y a malgré tout plusieurs arguments, à prendre avec des pincettes, qui laissent penser que ce serait le cas. D’abord, en Belgique, la quatrième vague a été particulièrement sérieuse. Par conséquent, de nombreux Belges ont acquis une immunité naturelle face à Delta, “mais qui protégerait moins contre Omicron que contre les autres variants”, prévient le Pr Dauby. La vaccination à deux ou, mieux encore, à trois doses a également un effet non négligeable. De plus, on l’a dit, Omicron est moins dangereux. Les études montrent qu’un malade est contagieux trois jours avant les symp­tômes et deux ou trois jours après. La durée médiane d’incubation est de 5 jours, selon l’Institut Pasteur, même si certaines personnes restent malades dix jours.

3. De combien de boosters aurez-vous encore besoin?

Au moment où la population générale reçoit au compte-gouttes sa troisième dose du vaccin, la question est sur toutes les lèvres. Le feu vert d’Israël pour une quatrième dose destinée aux plus de 60 ans, au personnel médical et aux immunodéprimés laisse l’opinion publique ­particulièrement perplexe. Scientifiquement, elle se justifie pourtant. Des études cliniques visant à déterminer s’il est pertinent d’élargir ce booster supplémentaire à la population générale sont en cours. Le but est d’évaluer la hausse d’anticorps et les effets secondaires, mais aussi la capacité à réduire les risques d’infection et la gravité de ­celle-ci. “À nouveau, il y a encore beaucoup d’inconnues, mais il semble y avoir une baisse de la réponse immunitaire au bout de quelques mois. Faire remonter le taux d’anticorps dans l’organisme avec une dose de rappel est logique”, rassure le Dr Wawina.

vaccin contre le covid

Les rappels perdent en efficacité avec le temps. Israël a déjà opté pour une quatrième dose. © BelgaImage

Ce que l’on sait, notamment sur la base de deux études venues de Hongkong et d’Afrique du Sud qui ont été validées par la communauté scienti­fique internationale, c’est que les deux doses de vaccin ne permettent pas de produire suffisamment d’anticorps pour lutter contre Omicron. L’efficacité contre le risque de contamination du vaccin Pfizer chuterait à 33 %, contre 80 % face à Delta. La troisième dose permettrait de remonter la production d’anticorps à un niveau suffisant, atteignant une efficacité de 75 %, ce qui est plus que correct. Par contre, deux doses du ­vaccin, sans booster, permettraient de réduire le risque d’hospitalisation de 70 % face à Omicron. La raison est simple: en plus de produire des anticorps, les vaccins stimulent la croissance des “cellules T”, qui aident à combattre la maladie en apprenant à reconnaître quand d’autres cellules sont infectées par des virus, puis les détruisent, ralentissant ainsi l’infection. Le problème est que l’efficacité du Pfizer chuterait déjà à 60 % après 5 à 9 semaines. Au bout de dix semaines, à 50 %. Pour ceux qui ont reçu AstraZeneca, l’efficacité du rappel Pfizer ou Moderna (on peut combiner les vaccins) tomberait à 60 % après 2 à 4 ­semaines. Après 10 semaines, à 35 % avec un rappel Pfizer et à 45 % avec un rappel Moderna. Voilà pourquoi, notamment, Israël opte pour une quatrième dose. Faudra-t-il suivre le pas? Sera-t-il nécessaire de chercher un booster de façon régulière? Difficile à dire à ce stade, mais c’est une option tant que l’immunité collective ne sera pas atteinte.

4. Les médicaments soignent-ils le variant?

Désormais, les médecins disposent de divers médicaments pour soigner les malades. “L’arrivée d’Omicron a toutefois un peu bousculé les habi­tudes, car des produits utilisés jusqu’ici ne sont plus efficaces, ou le sont moins”, explique le Pr Dauby. Désormais deux produits sont surtout efficaces. La pilule anti-Covid de Pfizer – le Paxlovid – réduirait de près de 90 % les hospitalisations et les décès chez les personnes à risque si elle est prise dans les premiers jours après l’apparition des symptômes. Elle combine un principe actif nouveau et un antirétroviral déjà utilisé dans la prise en charge du VIH, à savoir le ritonavir. Un autre médicament très utilisé est le molnupiravir (ou Lagevrio) de Merck. Il est capable de réduire d’environ 30 % le risque d’hospitalisation et de décès pour les personnes à risque.

Les autorités ont la semaine dernière commandé 10.000 doses de chacun de ces traitements administrés par voie orale. L’accès à ces derniers sera dans un premier temps limité en raison de la ­faiblesse de l’acquisition, et uniquement via des hôpitaux et réservé aux patients âgés avec comorbidités.

Un autre produit attise beaucoup de curiosité: le XAV-19 de la société française Xenothera. ­Prometteur, il est basé sur des anticorps polyclonaux et non plus monoclonaux. Son directeur des opérations et directeur scientifique Bernard ­Vanhove nous explique la différence. “Un anticorps monoclonal, c’est une simple molécule photocopiée des milliards de fois. Si elle est neutralisante, elle s’accroche à un point précis du micro-organisme à décimer, en l’occurrence le virus. C’est un peu comme si cet anticorps était une clé et que chaque cellule avait la même serrure. Si le virus mute, change de serrure, l’anticorps ne peut plus s’accrocher. L’anticorps polyclonal est composé d’anticorps d’une variété plus importante, de plusieurs clés, et peut s’accrocher au virus de façon plus diverse.” Cela signifie qu’il est moins sensible aux mutations. Précision utile du Pr Dauby: “Certains traitements monoclonaux ne peuvent plus être utilisés. Mais le sotrovimab, un monoclonal, reste par exemple efficace et utilisé via perfusion à l’hôpital”.

recherche d'un traitement contre le covid

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À ce stade, le XAV-19 est réservé aux patients hospitalisés étant donné qu’il est administré par perfusion. Une demande d’autorisation d‘accès précoce est en cours d’examen. Pourquoi peu d’entreprises pharma s’intéressent-elles aux anticorps polyclonaux dans le cadre du coronavirus? Car ces derniers sont généralement mal tolérés chez l’homme. Xenothera est parvenu durant cette crise à résoudre cette problématique en modifiant les anticorps. Une prouesse qui pourrait impacter le monde pharmaceutique dans son ensemble ces prochaines années.

5. Est-ce le début de la fin de la crise sanitaire?

On en rêve, indéniablement. Mais… “Il ne faut pas tomber dans l’excès de confiance, alerte le Pr Dauby. D’abord, les conséquences du Covid sur la santé ne se limitent pas aux hospitalisations et aux décès. Il faut d’ailleurs préciser à ce titre qu’il y a encore des Belges en très mauvaise posture. Ensuite, il y a les nombreuses séquelles post-Covid, les “Covid longs”. Enfin, nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau variant plus virulent et plus contagieux encore.” Le Dr Wawina lui aussi reste prudent et conclut: “L’immunité collective à l’échelle planétaire, c’est compliqué en raison du manque de vaccins dans certains pays et de l’hésitation vaccinale, notamment. Or, c’est nécessaire dans le cadre d’une pandémie au risque de voir apparaître un nouveau variant capable d’échapper à la protection immunitaire des Belges. On pourrait cependant atteindre une immunité collective en Belgique cette année”.

 

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