Une "vie normale" dans 2 mois grâce à Omicron selon une experte: vraiment?

Des spécialistes se montrent optimistes sur une éventuelle fin de l’épidémie de Covid-19. Une position qui se défend mais qui ne fait pas l’unanimité.

Femme retirant son masque
Illustration d’une femme retirant son masque @BelgaImage

C’est une perspective qui fait rêver: du fait des caractéristiques du variant Omicron, l’épidémie de Covid-19 pourrait prochainement se terminer. C’est en tout cas ce qu’affirme selon Tyra Grove Krause, épidémiologiste en chef de l’Institut National du Sérum, au Danemark. En France, le ministre de la Santé, Olivier Véran, affirme même que la «cinquième vague sera peut-être la dernière». Dans un cas comme dans l’autre, c’est le même argumentaire: les contaminations sont si nombreuses qu’elles créeraient une immunité naturelle forte. En l’additionnant à la protection des vaccins, cela créerait une immunité collective véritablement efficace. CQFD: game-over pour le Covid-19. Cette théorie est alléchante et en effet, elle est défendue par plusieurs experts. Mais elle suscite quand même quelques réserves.

Un maître mot: l’espoir

Ce qui rassure Tyra Grove Krause, ce sont notamment les risques amoindris d’hospitalisations avec le variant Omicron, comme le montre une étude dont elle a expliqué les résultats en conférence de presse. Certes, le pic de la vague représentera quand même une épreuve pour le système de santé, mais une fois cela fait, il y aurait des raisons d’espérer selon elle. «Omicron est là pour rester, et il entraînera une propagation massive de l’infection au cours du mois à venir. Quand ce sera fini, nous serons dans une meilleure posture qu’avant», affirme-t-elle. «Je pense qu’on en a pour deux mois, et puis j’espère que l’infection commencera à se calmer et que nous retrouverons une vie normale».

Cette perspective d’une immunité forte, combinant celle naturelle et vaccinale, suscite l’enthousiasme d’autres experts, dont l’épidémiologiste Arnaud Fontanet. «À terme, il y a de l’espoir et le Sars-CoV-2 rejoindra les autres coronavirus saisonniers humains qui nous donnent des rhumes et des angines chaque hiver», explique-t-il au Journal du Dimanche. «On peut espérer que l’année 2022 nous apporte cette immunité collective tant espérée en 2020», confirme l’infectiologue Benjamin Davido sur franceinfo, qui rappelle toutefois qu’il s’agit d’un scénario optimiste et non du seul possible. Même position pour les virologues Bruno Lina et Julian Tang. «J’ai toujours l’espoir que le virus finira par ressembler davantage aux autres coronavirus du rhume», déclare ce dernier à Science Media Centre, même si lui ne parle pas de deux mois mais de «une ou deux années».

Trois périls menaçants

Ça, c’est donc le scénario rêvé, mais les experts se montrent en même temps très prudents à ce sujet. C’est notamment le cas de Samuel Alizon, chercheur au CNRS et spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses. Comme il le rappelle à France 24, «on ne sait encore rien de la durée de l’immunité face à ce variant». Un facteur plus que crucial pourtant. Si cette immunité naturelle n’est que très limitée dans le temps, c’est reparti pour un tour, avec de nouvelles vagues en perspective. Le virologue et porte-parole interfédéral Covid-19 Yves Van Laethem nous le confirme et estime que dans cette hypothèse, la «protection immunitaire diminuerait le risque» lié au Covid-19 mais que temporairement. Selon lui, il est tout à fait possible que d’ici l’automne prochain, cette barrière anti-Covid disparaisse.

Autre problème: s’il est vrai que l’immunité collective est dopée par le nombre important de contaminations, cette situation augmente aussi les chances de créer un nouveau variant. «Avec cinq variants préoccupants en 2021, il semble excessivement optimiste de penser qu’il n’y en aura aucun nouveau en 2022», juge Samuel Alizon. L’épidémiologiste Yves Coppieters s’inquiète lui aussi de cette possibilité, surtout dans les pays pauvres où la vaccination n’est pas répandue, ce qui augmente encore plus le risque d’infection et donc d’émergence d’un remplaçant pour Omicron. «Nous ne sommes pas à l’abri d’une mauvaise surprise, même si on pense que les prochains mutants seront probablement plus contaminants et moins virulents», dit-il. Yves Van Laethem se montre même encore plus pessimiste sur ce point. «Il n’y a aucune raison de croire qu’on va avoir le même genre d’évolution des variants [qu’avec Omicron] avec des formes forcément moins virulentes».

Puis reste le souci de base: si les hospitalisations sont moins nombreuses comparé aux taux de contaminations avec Omicron, elles sont toujours non négligeables. Il n’est d’ailleurs pas certain que dans quelques pays, les hôpitaux échappent à une vague qui les submerge. «L’inquiétude, c’est de savoir quel serait le prix à payer par rapport au système de santé», note Yves Van Laethem. Celui-ci rappelle par ailleurs que la Belgique vient de sortir d’une vague Delta, contrairement à la France par exemple, ce qui ajoute une pression supplémentaire sur des hôpitaux épuisés par l’épidémie.

Un alignement des planètes pour la suite?

Autrement dit, pour que le scénario optimiste se confirme, voici la recette. Première étape: prenez un variant Omicron qui suscite une immunité naturelle durable s’ajoutant à une bonne immunité vaccinale. Deuzio: croisez les doigts pour que les nombreuses infections n’engendrent pas de variant plus dangereux. Et enfin, il faut espérer que les hospitalisations restent faibles grâce aux différentes mesures sanitaires (vaccins, gestes barrières, etc.).

En tout cas, il faut s’attendre à ce que le Covid-19 continue de circuler, quoi qu’il arrive. «Je suis persuadé que ce ne sera pas la dernière vague», juge auprès du Parisien Éric Caumes, chef du service de maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière. «Mais ça sera peut-être la dernière de cette intensité».

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