Un autotest dans la gorge plutôt que dans le nez? Omicron rebat les cartes

Les experts sont de plus en plus nombreux à conseiller cette méthode de dépistage au vu des premières études sur le sujet.

Test réalisé par la gorge
Illustration d’un test Covid réalisé par la gorge, à Berlin, le 5 janvier 2022 @BelgaImage

La vague Omicron a bel et bien démarré en Belgique et les autorités conseillent désormais l’utilisation d’autotests pour les cas contact asymptomatiques plutôt que des PCR. Mais alors que l’efficacité des autotests n’est déjà pas optimale de base, il semble que leur utilisation doive se faire non pas par le nez mais par la gorge pour mieux détecter le nouveau variant. C’est en tout cas ce qu’affirment de plus en plus d’épidémiologistes. Si les études sur le sujet sont encore rares, les premiers résultats indiquent que c’est bien via la bouche qu’il faudrait faire ce type de prélèvement. Mais pour l’instant, les autorités sanitaires se montrent mitigées.

De premières expériences concluantes

L’une des premières recherches incitant à revoir l’utilisation des tests antigéniques a été réalisée par l’équipe d’Isabella Eckerle, virologue à Genève. Selon ses données préliminaires, les tests antigéniques réalisés via le nez sont bel et bien moins efficaces avec Omicron. Un constat similaire à celui d’une étude prépubliée par des chercheurs de l’université du Cap, en Afrique du Sud. Ces derniers ont comparé des tests PCR nasopharyngés et salivaires avec les variants Delta et Omicron. Résultat: si un test PCR via le nez est plus efficace avec Delta (100% d’efficacité contre 71% pour le salivaire), les pourcentages s’inversent avec Omicron (86% contre 100%).

Intrigués, des scientifiques du monde entier ont commencé à expérimenter la technique. C’est le cas de la biologiste Jennifer Rohn. «Après une série de tests de laboratoire négatifs, j’ai finalement suivi le conseil de Twitter et j’ai fait un prélèvement dans ma gorge et dans mon nez (ce qui n’est pas une mince affaire avec ce bâton)», tweete-elle tout en montrant le résultat de ce nouveau test, positif. Idem du côté du docteur Swapneil Parikh après des tests chez plusieurs patients. Il relaye même une vidéo servant de mode d’emploi à l’utilisation d’un test via la gorge, notamment en insistant sur le fait qu’il ne faut pas aller trop loin, la gêne du prélèvement ne devant pas devenir une douleur.

Une question d’anatomie

En Belgique, l’idée commence également à germer. En témoigne l’intervention du virologue Marc Van Ranst à VTM Nieuws. Lui aussi estime qu’il serait plus probant d’utiliser cette nouvelle technique, tout en expliquant le pourquoi de ce changement. «Nous savons que le variant Omicron émerge d’abord dans la gorge et seulement ensuite dans le nez», dit-il. «Si vous prélevez des échantillons dans le nez au début du processus de la maladie, le virus n’y est pas encore présent. Mais lorsque vous combinez cela avec un prélèvement dans la gorge, vous avez plus de chances d’être testé positif […] Lorsque le processus de maladie dure plus longtemps, un prélèvement nasal est parfait».

Cet avis de Marc Van Ranst est partagé par l’épidémiologiste Michael Mina, spécialiste des techniques de dépistage, qui dit exactement la même chose sur Twitter. Des travaux préliminaires de l’Université de Hong Kong précisent que si le test par la gorge est visiblement plus efficace par la gorge, c’est parce que le variant Omicron se développe plus vite dans les bronches dans les premières phases de la maladie, comparé à Delta.

Des autotests pas adaptés… pour l’instant?

Du côté des autorités sanitaires, les lignes commencent parfois à bouger. L’Australie et le Royaume-Uni ont déjà adopté cette nouvelle recommandation. Mais les recherches ne sont qu’à leurs débuts et il n’existe pas encore de preuves solides sur le sujet, d’où une incertitude latente.

En Belgique, l’Agence fédérale des médicaments (AFMPS) reste pour le moment sur un statut quo et met en garde contre ceux qui utiliseraient déjà maintenant les autotests via la gorge. «Un autotest est d’abord destiné au prélèvement nasal, on ne peut pas l’utiliser pour la gorge comme cela. Il faut toujours faire un autotest en suivant les instructions dans la notice. Sinon, il y a évidemment un risque plus élevé d’un résultat qui n’est pas fiable», explique Olivier Christiaens de l’AFMPS, comme le relaye La Libre. Cette position pourrait toutefois rapidement évoluer. Selon Het Laatste Nieuws, de nouveaux autotests, réalisables à la fois par le nez et la gorge, sont en cours de développement.

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