Nouvelle vague Covid dès samedi: comment évoluera-t-elle et que faire?

La vague Omicron arrive déjà en Belgique et si des incertitudes persistent, les indices s'accumulent pour imaginer ce qu'elle pourrait donner.

Gestes barrières notés à Bruxelles
Rappel des gestes barrières à la Grand-Place de Bruxelles, le 27 décembre 2021 @BelgaImage

Le biostatisticien Geert Molenberghs est formel: dès ce samedi, les chiffres épidémiques repartiront à la hausse, et ce déjà «de l’ordre de 10%». Interrogé par Het Laatste Nieuws ce jeudi , il explique que la Belgique ne devrait en effet pas échapper au même sort que les pays voisins, à savoir une explosion des cas de contaminations due au variant Omicron. Les données de ce matin semblent d’ailleurs confirmer cette hypothèse. Si les indicateurs sont en baisse depuis début décembre, cette décrue s’est brusquement arrêtée aujourd’hui. Les infections sont même en hausse de 11% à Bruxelles sur une moyenne de sept jours. Une reprise particulièrement prégnante chez les 20-29 ans (+41% sur base hebdomadaire) et chez ceux dans la trentaine (+18%). Les experts ont à ce propos leur petite idée sur ce à quoi pourrait ressembler la suite de l’épidémie, que ce soit en Belgique, en France ou ailleurs. Quant aux mesures à mettre en place pour y faire face, c’est un peu la cacophonie.

Une dissociation à venir entre les contaminations et les hospitalisations?

Pour Geert Molenberghs, la logique voudrait que l’épidémie reparte de plus belle, à l’instar des autres pays. «Reste à savoir si cela sera du même ordre de grandeur car nous avons beaucoup de mesures en place depuis un certain temps, contrairement au Royaume-Uni», explique-t-il. Concrètement, il est donc impossible de savoir quelle sera l’ampleur de cette vague à venir. Mais il n’empêche, du côté des hospitalisations, le biostatisticien se montre plutôt confiant pour l’heure. Les chiffres sont toujours en baisse et avec un peu de chance, cela devrait continuer. «Il y a actuellement 566 patients en soins intensifs. Nous approchons donc du seuil des 500 patients. Rappelons que nous étions encore à 800 malades sous assistance respiratoire au pic de la vague Delta. Et cette baisse va se poursuivre pendant un certain temps», explique-t-il. Car comme il le précise, les personnes ayant contracté le variant Omicron ne présentent heureusement que des «symptômes légers».

S’il est permis d’être aussi optimiste, c’est surtout au vu de ce qui se passe au Royaume-Uni, premier pays européen à expérimenter une vague Omicron. Si les contaminations ne cessent d’y battre des records (avec 192.290 nouveaux cas répertoriés ces dernières 24 heures), c’est une autre histoire à l’hôpital. Les chiffres y sont assez stables, malgré une légère hausse ces derniers jours. Encore mieux: les décès sont en baisse. «Ce n’est plus la même maladie. Les scènes horribles de l’an dernier – les soins intensifs qui sont pleins, beaucoup de gens qui meurent prématurément – sont de l’histoire ancienne», estime pour la BBC John Bell, professeur de médecine à l’université d’Oxford, qui a participé à l’élaboration du vaccin AstraZeneca. «Personne ne sait avec certitude si les hôpitaux seront débordés par la vague, mais j’aurais tendance à penser que ce ne sera pas le cas», ajoute Paul Hunter, professeur de médecine à l’université d’East Anglia.

De l’espoir pour la Belgique?

Un indice qui tendrait à confirmer la létalité plus faible du nouveau variant. Puisque la Belgique a des taux de vaccination plus ou moins similaires, elle pourrait donc espérer connaître le même sort. 76% de la population belge a deux doses, contre 70% outre-Manche, et les chiffres pour la troisième dose sont respectivement de 37% et 48%.

Au rayon des bonnes nouvelles, il y a aussi ce qui passe en Afrique du Sud, le premier pays au monde touché par Omicron. Là-bas, cela fait une bonne dizaine de jours que la vague causée par le nouveau variant décroit. Les contaminations chutent littéralement, passant d’une moyenne hebdomadaire de 23.400 cas le 17 décembre à 11.500 ce 29 décembre. Comme à l’accoutumée, la courbe des décès a du retard mais ici aussi, cet indicateur est en légère baisse depuis quatre jours.

«La montée [des contaminations, ndlr] peut être forte mais aussi courte, comme en Afrique du Sud», juge le biostatisticien gantois Bart Mesuere à propos de la vague à venir en Belgique, comme le relaye De Morgen. Il dépeint ainsi un tableau mitigé de ce que pourrait donner Omicron chez nous. «En raison des dizaines de milliers de quarantaines, cela peut encore avoir un effet perturbateur sur la société. D’autre part, l’immunité après une infection par Omicron protège également contre le variant Delta. De cette manière, après la cinquième vague nous pourrions enfin nous retrouver dans la phase endémique avec des chiffres stables inférieurs».

Outre-Quiévrain, l’institut Pasteur vient également de publier un rapport pour savoir comment devrait évoluer la vague Omicron en France. Résultat: le scénario le plus probable, celui d’un variant 80% moins dangereux que Delta, donnerait un pic de 2.700 hospitalisations quotidiennes «sans ajustement de comportements» (contre environ 1.400 aujourd’hui et presque 3.000 au pire de la crise, en novembre 2020). Un chiffre qui devrait déjà être revu à la baisse puisque depuis la remise du rapport le 27 décembre, le gouvernement français a depuis adopté des mesures supplémentaires. En France, le télétravail est désormais obligatoire 3 jours minimum par semaine, le port du masque étendu (et même obligatoire en région parisienne à l’extérieur), les concerts debout interdits, la consommation d’aliments bannie dans la culture, le sport et les transports collectifs, etc. À noter que l’institut Pasteur prévoyait une baisse du pic en cas de tour de vis sanitaire. Celui-ci devrait donc se situer entre 1.400 et 1.900 hospitalisations quotidiennes au pire de la vague.

Agir, oui mais comment?

La question maintenant, c’est de savoir comment se préparer à l’arrivée de cette vague Omicron si particulière sur le sol belge. Pour l’instant, les pays européens sont loin de parler d’une même voix. Beaucoup ont décidé de serrer la vis sanitaire avec des nouvelles mesures mais à des degrés variables. Cela peut être le pass vaccinal, comme en Italie et probablement bientôt aussi en France, un confinement à la néerlandaise, ou encore un couvre-feu à l’instar de la Catalogne.

Mais il y a aussi un autre scénario: celui britannique. Si l’Écosse ou encore le Pays de Galles ont sévi, Boris Johnson refuse toujours de renforcer les mesures sanitaires au niveau du Royaume-Uni. L’Angleterre est donc un cas à part. Malgré une énorme vague de contaminations, elle se contente des mesures déjà mises en place (télétravail, pass sanitaire, etc.). Un risque que le gouvernement britannique estime mesuré, vu que la situation reste gérable dans les hôpitaux. Reste à voir si les hospitalisations resteront limitées jusqu’à ce que la vague Omicron passe.

Certaines mesures font néanmoins plus consensus. C’est notamment le cas de l’utilisation élargie du masque FFP2, plus efficace que celui chirurgical mais aussi plus cher que celui-ci (de 1€ à 3,5€, contre 0,5€). Des pays comme l’Autriche, la Grèce et l’Italie l’ont rendu obligatoire dans certains établissements. La Belgique n’a pas encore suivi le mouvement mais elle le recommande déjà pour les personnes fragiles. Enfin, toute l’Europe de l’Ouest s’aligne sur un point: accélérer l’administration de la troisième dose, plus efficace pour contrer le variant Omicron. Une course à la vaccination, dans l’espoir de limiter le plus possible la vague en cours.

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