Covid: un câlin est-il moins risqué que la bise? Si oui comment?

L'accolade peut représenter une bonne alternative alliant plaisir du contact et sécurité sanitaire, à condition de prendre quelques précautions.

Câlin pendant une vague Covid en Israël
Une femme avec un masque enlaçant un enfant, lors d’une vague de Covid-19 en Israël, à Beit Hakerem le 1er septembre 2021 @BelgaImage

C’est les fêtes de fin d’année et au moment de voir ses proches, inévitablement, une question se pose: on se fait la bise? Ou alors un «check»? À moins peut-être de se faire un bon câlin. Le dilemme s’est posé à Noël et dans quelques jours, il reviendra en force au Nouvel-An. Dès lors, que faire? Pour Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, près de Paris, c’est clair: «il vaut mieux se faire une accolade» plutôt qu’un bisou, déclare-t-il au Parisien. Il est vrai que les études tendent à réhabiliter le câlin pour avoir un contact physique pendant une épidémie comme celle du coronavirus. Malgré tout, il vaut mieux suivre quelques règles simples pour le faire tout en limitant les risques de contamination.

Un risque «étonnamment faible»

Depuis le début de la crise sanitaire, les scientifiques se sont penchés sur le danger potentiel que pourrait représenter cette chaleureuse façon de se saluer. C’est notamment le cas de Linsey Marr, chercheuse spécialisée dans la transmission des maladies aéroportées. Son étude est formelle: le risque est «étonnamment faible», relaye le New York Times. Pour attraper le Covid-19, il est estimé qu’il faut une exposition moyenne de 200 à 1.000 particules virales. Avec un câlin, ce taux n’est que de 100 à 200, loin des 10.000 que peut produire une toux.

Le risque n’est donc pas nul, mais il reste acceptable. «Des câlins 100% sécuritaires, ça n’existe probablement pas, mais sécuritaires, oui», explique Christian L. Jacob, président de l’Association des microbiologistes du Québec, au quotidien canadien La Presse.

Du masque aux gestes simples

Pour limiter ce risque, Linsey Marr donne plusieurs conseils. Elles tiennent parfois du bon-sens, comme le fait de ne pas s’enlacer si l’une des deux personnes présente des symptômes du Covid-19. Si ce n’est pas le cas, le fameux masque est chaudement conseillé pendant le câlin. En tournant la tête légèrement, on évite un contact trop étroit entre les deux visages mais aussi avec le creux de l’épaule, la destination par excellence des postillons lorsqu’on éternue. Il vaut mieux éviter les câlins avec les personnes fragiles (âgées ou immunodéprimées) mais si cela se fait quand même, soit on applique ces mesures de précaution, soit celles-ci peuvent nous prendre dans leurs bras en se plaçant dans notre dos, ce qui est encore mieux.

Interrogées par The Conversation, deux chercheuses en virologie de l’université de Griffith en Australie proposent aussi de limiter sa respiration pendant l’accolade, voire de la retenir. Une suggestion d’autant plus facile à appliquer que de toute façon, ce moment de contact devrait être d’une durée relativement courte. «Si le geste est bref, ça ne représente pas beaucoup de risque», estime Christian L. Jacob. «Si vous ne parlez pas ou ne toussez pas en vous étreignant, le risque devrait être très faible», confirme d’ailleurs Linsey Marr au journal new-yorkais. Et évidemment, il vaut mieux se laver ou se désinfecter les mains, avant et après le câlin.

Dernière recommandation: l’accolade est encore moins problématique lorsqu’elle est réalisée en extérieur, comme le confirme à La Presse Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine de Montréal. Elle explique que de la sorte, les microparticules qui émanent de la respiration sont facilement évacuées par les courants d’air.

Le câlin, un médicament anti-dépression

Pour autant, ces experts rappellent que si le risque représenté par les câlins peut être limité, il existe toujours. Il vaut donc mieux éviter tout contact dans l’absolu. Mais les psychologues insistent pour rappeler l’importance de ce type de rapport pour la santé mentale de la population, surtout après presque deux ans de crise sanitaire. «Les humains ont des voies cérébrales spécifiquement dédiées à la détection des contacts affectueux», explique au New York Times Johannes Eichstaedt, spécialiste des sciences sociales et de psychologie. Des rapports essentiels pour que nous nous sentions «en sécurité, que nous sommes aimés et que nous ne sommes pas seuls».

Une nouvelle étude publiée en novembre 2021 par des psychologues de l’Université de Londres attestent à nouveau des bienfaits de l’accolade. Selon eux, pour en maximiser les bienfaits psychologiques, il faut qu’elle dure au moins cinq secondes. En-dessous de trois secondes, elle provoque un effet frustrant. Petite précision: cette étude a été réalisée dans les conditions précédant l’arrivée du Covid-19. Autrement dit, cinq secondes, c’est bien pour la santé mentale. Après, du point de vue des experts sanitaires, si l’expérience n’est pas raccourcie, il vaut mieux ne pas la faire durer plus longtemps.

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