Nathan Clumeck: "Rendre la vaccination ­obligatoire à 45 ou à 50 ans"

Avec La menace virale, l’infectiologue Nathan Clumeck publie un ouvrage court et didactique sur la pandémie. Un angle rafraîchissant sur un sujet chauffé à blanc par les réseaux sociaux…

Nathan Clumeck
Selon le Dr Clumeck, le système immunitaire des enfants est ultra-performant. Les vacciner n’est pas nécessaire. © BelgaImage

Le docteur Clumeck a officiellement pris sa retraite il y a quelques années. Celui qui, dans les années 80, diagnostiqua les premiers cas de Sida lorsque la maladie est arrivée en Belgique puis devint ­professeur à l’ULB et chef de service des maladies infectieuses à Saint-Pierre n’a pourtant pas arrêté d’exercer. Il ­conserve toujours une patientèle privée, donne des conférences, travaille comme expert auprès de la Ville de Bruxelles pour l’aider à prendre des mesures sanitaires. Et écrit. Dans La menace virale, paru ce 15 décembre, le médecin réalise un joli tour de force. Écrire un ouvrage à la fois nuancé et clair sur la pandémie qui, depuis tout juste deux ans, meurtrit et déchire nos sociétés.

Le variant Omicron, est-ce finalement une menace ou une opportunité parce qu’il pourrait affaiblir le potentiel mortel du virus?
NATHAN CLUMECK –
Les choses ne sont pas encore définies. Chaque fois qu’il y a de nouvelles mutations, on doit se poser deux questions. Est-ce que la mutation facilite la transmission? Est-ce que la mutation rend le virus plus agressif, plus létal? À la première question, on peut répondre par l’affirmative. Pour la deuxième question, les recherches sont toujours en cours.

Pourquoi avoir écrit ce livre?
Il y a beaucoup de confusions dans ce qui se dit au sujet du SARS-CoV2. Les réseaux sociaux véhi­culent toute une série de fausses informations ou de manipulations. Et ces informations inexactes sont très présentes dans la population, y compris parmi les étudiants. De nombreuses personnes ne savent plus qui croire ou que croire. D’autant que les politiques et certains experts ne sont pas toujours très clairs. Les quatorze questions que j’ai traitées balaient une grande partie des interrogations, avec, évidemment une insistance sur les vaccins.

Alors, justement, peut-on estimer le nombre de vies épargnées grâce à la vaccination?
Oui, ce sont des calculs qui ont été effectués. Le SARS-CoV2 est mortel pour les personnes vulnérables par l’âge ou les comorbidités. Parce que ces personnes ont une moins bonne immunité. Plus une population est âgée ou souffre de comorbidités, plus elle est susceptible de connaître un taux important de mortalité. Une étude vient d’être publiée par l’OMS et montre l’effet des vaccins entre décembre 2020 et novembre 2021, dans 33 pays européens. Dans ces 33 pays, les vaccins ont épargné 469.000 vies: 157.000 en Angleterre, 39.000 en France, 7.800 en Belgique. Une autre étude, américaine, dresse un constat comparable et parle de centaines de milliers de vies. Mais elle incorpore également les conséquences financières qui atteignent des milliards de dollars d’économies en soins intensifs…

Peut-on quantifier le nombre de morts dus aux vaccins?
Il y a des complications liées aux vaccins. Des complications liées à des thromboses qui ont ­provoqué des embolies et il y a eu des décès consécutifs à ces embolies. On a constaté qu’effectivement il y avait une petite tendance chez les vaccinés à faire ces embolies, en particulier chez les femmes. Mais lorsqu’on met dans la balance les bénéfices du vaccin et ses désavantages pour les personnes vulnérables, les avantages sont infiniment plus importants. Par contre, pour les enfants de 6 ans en bonne santé, là, la balance n’est pas nettement en faveur du vaccin.

vaccin contre le covid

© BelgaImage

Qu’en est-il des traitements qui soigneraient le Covid?
Les traitements commencent à arriver. Pfizer et Merck ont développé des molécules antivirales. Le Molnupiravir a déjà reçu, au Royaume-Uni, l’approbation de mise sur le marché. Ces traitements n’augmentent pas l’efficacité de l’immunité, mais sont des antiviraux qui, comme leur nom l’indique, s’attaquent aux virus en bloquant leur réplication. C’est sur ce même principe qu’on est parvenu à juguler l’évolution du Sida chez les patients atteints qui peuvent, dorénavant, vivre quasiment normalement. Pour le SARS-CoV2, ce type de solution est en vue, bien qu’il faille prévoir une association de traitements: une monothérapie, en général, provoque des résistances chez les virus. Le jour où on aura une association de traitements efficace, cette pandémie aura une tout autre allure. On pourra traiter précocement le SARS-CoV2 et l’éliminer.

Donc, le vaccin ne sera plus l’unique solution?
Le vaccin a une visée préventive, le traitement, une visée curative. Vous n’êtes pas vacciné et vous ­contractez la maladie? Vous prendrez le traitement et vous guérirez de la maladie.

Pourtant, vous parliez il y a quelques semaines de vaccination obligatoire…
Quand on mettait au point le vaccin anti-SARS-CoV2, on avait comme espoir, comme pour d’autres maladies comme la polio ou la rougeole, que la vaccination ait deux effets. Le premier: ­contrôler la transmission du virus. Le second: empêcher la maladie et la mort. Maintenant que des centaines de millions de personnes ont été vaccinées contre le SARS-CoV2, on constate que la vaccination contrôle de manière très efficace la maladie et la mort. Les personnes vaccinées font moins de maladie et décèdent moins. Mais la ­vaccination ne contrôle pas de manière efficace la transmission. En Belgique, alors que nous avons atteint des taux supérieurs à 75 % – qu’on croyait suffisants pour obtenir une immunité de groupe nécessaire pour arrêter la transmission – on constate que le virus continue à se répandre. Notamment dans des circonstances où les gestes barrières ne sont pas respectés. La réponse politique, c’est de bloquer une partie de la société: on ferme les ­restaurants, les discothèques, la culture, on met les gens en télétravail, etc. Tout ceci a des consé­quences néfastes voire dramatiques. Au début, cette logique visait à limiter la transmission du virus. Aujourd’hui, on le fait tout en sachant qu’on ne parvient pas à contrôler cette transmission. Alors que ce qui “dérange”, ce n’est pas la transmission du virus mais le fait que celui-ci envoie des gens à l’hôpital qui bloquent le système hospitalier. Et les lits sont occupés par des gens non vaccinés dans 90 % des cas. Ces gens non vaccinés empêchent d’autres personnes qui ont besoin de soins d’en bénéficier parce que les lits sont bloqués. Des soins sont reportés…

Donc il faudrait se vacciner…
Si les gens vulnérables sont vaccinés, ils ne seront pas hospitalisés. Donc, le système ne sera pas bloqué. Pour que les gens vulnérables soient vaccinés, soit ils le font spontanément, soit on le leur impose. Rendre obligatoire la vaccination pour les personnes vulnérables – c’est-à-dire “âgées” ou avec des comorbidités – ne peut pas vous valoir d’être traité de dictateur. On le fait pour leur intérêt. Et les autres, ceux qui sont jeunes et sans comorbidités, eh bien ils ne sont pas obligés d’être vaccinés mais ils doivent savoir qu’ils risquent de faire un Covid long, ce qui n’est pas agréable mais ne nécessite pas d’hospitalisation. On éviterait ainsi ces manifestations clamant le respect de la “liberté” et la non-vaccination des enfants…

Ce serait à partir de quel âge, 55 ans?
Quand on regarde les statistiques d’hospitalisation et de mortalité, vous avez quasiment zéro mort, en tout cas en Belgique, en dessous de 45 ans. Donc, on pourrait mettre la barre de la vaccination ­obligatoire – en se basant sur des observations scientifiques – à 45 ou à 50 ans.

Pas de vaccination des enfants, donc?
Les enfants bénéficient d’un système immunitaire ultra-performant. Ce n’est donc pas nécessaire, sauf pour ceux qui souffrent de comorbidités. Si on vaccine les enfants pour éviter qu’ils ne contaminent leurs parents ou grands-parents, allons droit au but: vaccinons les parents et les grands- parents. Et laissons tranquilles les enfants. Il est évident que si on constate, par exemple, que le variant Omicron présente une virulence telle qu’il provoque des maladies graves ou des décès chez les enfants – comme par exemple la poliomyélite -, leur vaccination s’imposera.

Est-ce qu’il faut structurellement renforcer le système de soins de santé?
C’est l’évidence. Il faut doter ce secteur de moyens financiers et humains supplémentaires. Il faut se préparer à faire face à d’autres épidémies. Sans être un prophète de mauvais augure, la déforestation, le réchauffement climatique, les contacts avec les animaux vont générer toute une série de menaces qui pèseront sur la santé globale de l’humanité.

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