À quel point les tests antigéniques sont-ils fiables?

Plébiscités à Noël autant par les experts que par le public, les tests antigéniques rapides ont pourtant d’importantes limites.

Test antigénique négatif
Un test antigénique négatif à Chamalières, dans la banlieue de Clermont-Ferrand, le 21 décembre 2021 @BelgaImage

Dans quelques jours, de très nombreuses familles vont se réunir pour fêter Noël. Pour éviter un maximum que ces repas ne se transforment en autant de clusters de Covid-19, les experts recommandent de se faire tester en amont, y compris via un test antigénique. Ce dernier est simple (réalisé en pharmacie ou comme autotest), rapide (résultats en quelques minutes) et bien moins cher d’un test PCR (environ 8 euros, voire moins). Pourquoi donc se priver? Les supermarchés vendant des autotests sont d’ailleurs pris d’assaut. Colryut a écoulé «plusieurs fois son stock total» et peine à répondre à une demande plus grande que l’offre, fait savoir un responsable de l’entreprise à 7sur7.

Oui, sauf que les indices s’accumulent pour attester de leur moins grande fiabilité, ce qui permet de mieux comprendre jusqu’où il faut faire confiance (ou pas) à cet outil de lutte contre le coronavirus.

85% de sensibilité: oui mais…

Ce mardi 21 décembre, la KULeuven a frappé un grand coup avec la publication d’une nouvelle étude (qui doit encore être évaluée par les pairs). Sa conclusion montre que lorsqu’un test antigénique rapide était réalisé dans les deux premiers jours suivant une infection, celui-ci aboutissait une fois sur deux à un faux-négatif. Il faut attendre le troisième jour pour que le résultat soit similaire à celui d’un test PCR.

Ce constat peut paraître surprenant à première vue. De base, selon Sciensano, la sensibilité moyenne des tests antigénique est de 85%. Mais l’institut de santé prévient: cela est variable en fonction de plusieurs paramètres. Il faut déjà préciser que contrairement au test PCR qui détecte les traces infimes de l’ARN du coronavirus, le test antigénique se concentre sur ses protéines (antigènes). Autrement dit, ce mode de détection est très affecté par la charge virale de la personne. Si cette dernière est contaminée mais que la charge virale est faible, le résultat peut être faussement négatif.

Un contexte de réalisation capital

C’est toute la difficulté de ce type de test. Il faut maximiser les chances de détecter cet élément facilement affecté par le contexte. Sciensano insiste sur le fait que «la fiabilité d’un test dépend de la personne qui effectue le test» et qu’un autotest est moins efficace qu’un test antigénique réalisé par un professionnel de santé (comme un pharmacien) assez profondément dans la cavité nasale. Autrement dit, le résultat peut être faussement négatif si une personne ne suit pas scrupuleusement les règles édictées dans le mode d’emploi.

Mais il n’y a pas que ça. Même le fait de faire le prélèvement à l’extérieur ou à l’intérieur joue un rôle. C’est ce qu’a pu constater ce week-end le microbiologiste Herman Goossens avec ses petits-enfants. Après un premier test antigénique, ceux-ci étaient «faiblement positifs». Un résultat qui a incité le scientifique à leur faire passer quelques minutes après un deuxième test, toujours antigénique mais dans un contexte légèrement différent. Au lieu de faire ça dehors par 8°C, ils sont passés à l’intérieur, à température ambiante. Cette fois-ci, le résultat était négatif. Une expérience qui a amené le microbiologiste à publier un tweet pour mettre en garde contre les faux positifs réalisés en extérieur.

Une charge virale très variable

Le paramètre le plus important toutefois, cela reste la charge virale d’origine, celle de la personne testée à un moment x. C’est là que cela se complique. Comme précisé auparavant, il se pourrait que cet élément soit trop faible dans les deux premiers jours après l’infection. À partir de ce moment-là, le test n’est fiable que pendant une période limitée. La Haute Autorité de Santé française estime que cinq jours après l’apparition des premiers symptômes, la charge virale n’est plus assez forte pour pouvoir être détectée par un test antigénique. Il faut alors se rabattre sur un PCR.

Autre difficulté expliquée par le virologue Steven Van Gucht au Morgen: «les personnes vaccinées produisent généralement moins de particules virales lorsqu’elles sont infectées». «La charge virale peut être temporairement élevée au début d’une infection, puis chuter rapidement, par exemple après deux jours au lieu des cinq plus habituels», précise-t-il. Une personne vaccinée qui ferait un test plus de deux jours après l’apparition des symptômes prendrait donc le risque d’avoir un faux négatif avec un test antigénique.

Mais tout ça, c’est dans l’hypothèse de l’apparition de symptômes. S’il n’y en a pas, il se peut que ce soit au petit bonheur la chance. C’est en tout cas ce qu’affirme une étude française publiée en août dernier dans le Journal of Clinical Virology. Elle montre que sur 692 étudiants en médecine testés par PCR, 52 étaient positifs dont 20 étaient asymptomatiques. Sur ces 20 derniers, le test antigénique s’est révélé (faussement) négatif pour 13 d’entre eux. Autrement dit, seules 35% des contaminations asymptomatiques ont été détectées par les antigènes. Un bilan difficilement extrapolable vu le nombre réduit de personnes participant à l’étude mais qui tend à mettre en garde quant à l’efficacité réelle de ces tests.

Positif = fête annulée

Le bon côté de la médaille, c’est que les faux positifs restent rares. Les tests antigéniques réalisés en pharmacie qui se concluent par ce résultat ont une fiabilité «de l’ordre de 98 % ou 99 %», comme l’affirme au Monde le professeur Marc Vasse, biologiste médical à l’hôpital Foch de Suresnes. Concrètement, une personne positive à un test antigénique peut être presque sûre d’être bel et bien contaminée, qu’elle soit asymptomatique ou pas.

C’est en cela que ce type d’outil reste utile, malgré ses défauts. Dans le contexte de Noël par exemple, cela permettrait de détecter toute une série de cas avant les réunions de famille. Globalement, le porte-parole interfédéral Covid-19 Yves Van Laethem conseille de réaliser un test antigénique le jour même de la fête, que l’on soit malade ou non. Si le résultat est positif, il faut évidemment protéger ses proches en renonçant à les voir. S’il est négatif, c’est un signe encourageant mais vu l’incertitude, le respect des gestes barrières devrait être de rigueur.

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