Covid: bien aérer en fêtant Noël, oui mais comment?

Il n’est pas toujours évident de renouveler l'air intérieur en hiver. Mais des pistes existent pour limiter le risque de contamination lors des fêtes.

Table de fête de Noël
Une table de fête lors du réveillon de Noël de 2020, à Colmar, en Alsace @BelgaImage

Noël arrive et bien souvent, les familles vont se réunir pour célébrer ce moment. Mais si le pic de la quatrième vague semble passé, le nombre de contaminations reste élevé et le variant Omicron commence à s’imposer en Belgique. Il n’est donc pas du tout impossible que le coronavirus s’invite à la soirée. Pour limiter les risques, les experts recommandent d’aérer les pièces où se retrouvent les convives. Mais comment faire lorsque les températures sont proches de 0°C, voire négatives? Et après tout, est-ce qu’il est vraiment risqué de se réunir lors d’une telle occasion? On fait le point sur la question.

Un outil pour estimer le risque

Évidemment, le plus simple, ce serait d’être sûr qu’aucun invité n’a le Covid-19. Dans ce cas, pas besoin de trop se préoccuper de l’aération. C’est pour cela que le virologue Steven Van Gucht conseille de se faire tester juste avant la réunion de Noël. Mais il prévient: si «un autotest permet de repérer une infection que vous n’auriez pas remarquée autrement», «un test négatif ne garantit pas automatiquement que vous n’êtes pas contagieux». Un test PCR représente une meilleure garantie, mais il faut le payer. Multiplié par le nombre de convives, ça peut représenter un sacré budget qui ne finira pas dans les cadeaux sous le sapin.

Partons donc du principe qu’il est possible qu’une personne soit contaminée. Quel est le danger réel pour les autres? C’est exactement le type de question à laquelle a voulu répondre une équipe de recherche de l’université de Séville. Cette dernière a mis au point un calculateur dénommé «Covid Airborne Risk» qui permet d’estimer rapidement ce risque en fonction de plusieurs paramètres. Il y a la taille de la pièce, la hauteur du plafond, le nombre d’individus présents, le type d’activité, l’utilisation de masques et, surtout, la présence d’une ventilation (fenêtres ouvertes, entrouvertes, etc.), … Imaginons une fête de Noël normale: 14 personnes sont assises dans un 22 m² avec 3 mètres de plafond, sans masques, les fenêtres fermées et sans purificateur d’air. Pas de surprise: le risque est élevé. L’outil donne alors des conseils pour le réduire. En ouvrant les fenêtres, le risque passe à moyen et avec en plus le masque, il devient faible.

Fenêtre ouvertes 10 minutes par heure minimum

Porter le masque juste pour parler, limite passe encore. Mais dans repas de Noël, il y a «repas», et donc pas de masque. Il faut donc se résoudre à aérer, à moins de limiter le nombre de convives comme le recommande cette semaine le conseil scientifique français. Dans le cas contraire, ce dernier recommande donc en effet de renouveler l’air intérieur. Concrètement, la consigne est de laisser «une fenêtre ou une porte ouverte au moins 10 minutes par heure ou en permanence si possible pendant l’événement». En créant un courant d’air, la technique devient alors véritablement efficace.

C’est un début de réponse, mais le média québecois TVA Nouvelles a voulu en savoir plus en interrogeant l‘épidémiologiste Nimâ Machouf. Son avis: «laisser la hotte de cuisine et le ventilateur de la salle de bain en marche», voire se doter d’un purificateur d’air si possible. Conseil plus spécifique encore: veiller à bien rabattre le couvercle des toilettes avant de tirer la chasse. «Étant donné qu’on excrète les virus, autant dans les selles que dans l’urine, quand on tire la chasse d’eau, ça crée un tourbillon d’air dans le bol de toilette et s’il y a des virus qui sont là, alors on va les répandre partout dans la salle de bain», explique-t-elle.

Le purificateur d’air, une bonne idée?

En France, le magazine L’Express a de son côté interrogé les experts pour savoir comment ils se protégeront du coronavirus lors des fêtes de Noël. Réponse de l’épidémiologiste Antoine Flahault: «il y aura un capteur de CO2, et l’on visera moins de 800 ppm tout au long du repas. Au-dessus, on ouvrira les fenêtres (car l’air chaud monte, ndlr). En plus, un purificateur d’air équipé d’un filtre HEPA flambant neuf fonctionnera à plein régime». Un purificateur d’air, encore donc. Et s’il précise que le filtre est bien HEPA (Haute Efficacité sur les Particules Aéroportées), ce n’est pas par hasard. C’est la véritable garantie que l’appareil remplit son rôle vis-à-vis du Covid-19, ou plus précisément s’il est de type H13 ou H14, sans oublier que le débit d’air doit pouvoir couvrir au moins à cinq fois le volume de la pièce. Les autres purificateurs risquent de faire pire que mieux en provoquant des réactions chimiques.

Tout ça, c’est bien mais c’est cher. Des centaines d’euros, voire plus encore! Pas étonnant vu que ces machines sont surtout prévues pour être vendues à des entreprises ou des écoles, moins à des particuliers. Pour la soirée de Noël, ça fait mal au portefeuille. Cerise sur le gâteau: si cela représente une sécurité supplémentaire, l’appareil n’écarte pas tout risque de contamination.

Le médecin biologiste Fabien Squinazi explique même à LCI que l’aération par les fenêtres reste l’option la plus efficace. Elle renouvelle véritablement l’air et ne se limite pas à un filtrage sans nouvel apport d’oxygène et donc sans modification réelle de la concentration en aérosols. «Se dire que comme il fait froid, on ne va pas ouvrir les fenêtres mais acheter à la place un purificateur d’air, ce serait une erreur. Ce n’est pas la priorité», déclare-t-il.

Le capteur CO2, un indicateur utile

Retour à la case départ donc: le recours aux fenêtres. De quoi faire trembler les frileux! Gilles Pialoux, professeur et chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris, l’avoue même à l’Express: «je conseille la doudoune car ça va ventiler»! Si cela peut vous encourager, Engie explique que ne pas aérer du tout une maison augmente la consommation d’énergie pour le chauffage. «Quand il fait froid, le taux d’humidité est plus grand dans la maison. Or, une habitation humide exige plus de chauffage qu’un logement où l’air est sec. Conclusion: aérer chasse l’humidité et permet de consommer moins», précise le géant énergétique français. 

C’est bien, mais fêter Noël avec des frissons toute la soirée, ça ne donne pas vraiment envie. Reste une parade: se doter d’un capteur CO2. Quand le taux de dioxyde de carbone augmente, le risque de contamination fait de même et cela permet de savoir quand il faut véritablement envisager d’ouvrir les fenêtres (tout en se rafraichissant un peu). La task force ventilation édicte une limite de 900 ppm de CO2 pour limiter la possibilité d’être infecté. Mais comme l’explique à la RTBF son porte-parole, Peter Wouters, «c’est l’augmentation qui est importante» surtout et pas tant la valeur absolue de CO2. À titre indicatif, à l’extérieur, ce chiffre est généralement de 400 ppm. De plus, il ne faut dépasser «en aucun cas 1.200 ppm», ajoute le SPF Santé Publique.

Investir dans un capteur CO2 pourrait donc être intéressant, surtout qu’il n’est plus question de débourser des centaines d’euros. Comptez néanmoins 70€ minimum pour avoir un appareil véritablement efficace. Comme nous vous l’expliquions dans un autre article, il est conseillé d’avoir un capteur qui mesure vraiment le CO2 d’après la méthode infrarouge non dispersive, pas un mesurant l’équivalent CO2 qui s’intéresserait plus à la pollution de l’air. «De plus, indépendamment de l’épidémie, il est conseillé d’aérer régulièrement les pièces, donc c’est investissement qui peut perdurer au-delà de la crise sanitaire, sur le long terme, pour évaluer la qualité de l’air de son domicile», ajoute le virologue Yannick Simonon auprès de LCI. Reste plus qu’à bien choisir l’emplacement du capteur, là où il représente fidèlement ce qui se passe dans la pièce. Autrement dit, pas au-dessus du chauffage ou près de la fenêtre!

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