Covid-19 : quel est l’intérêt de vacciner les enfants?

Le sujet divise, jusqu’aux experts. Pour certains, la vaccination des 5-11 ans bénéficierait avant tout à la collectivité. Pour d’autres, les enfants ont un intérêt direct à passer par la casse piqûre.

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Après Israël et les Etats-Unis, plusieurs pays européens, dont la Grèce, l’Espagne ou le Portugal ont lancé début décembre la campagne pédiatrique à destination des 5-11 ans. Ce mercredi, la France a fait de même, pour les enfants à risque dans cette tranche d’âge. Avant, probablement, de l’élargir à l’ensemble des 5-11 ans.

Et chez nous ? La task force vaccination est en attente de deux avis : celui du Conseil supérieur de la santé (qui devrait être communiqué jeudi) et celui du Comité de bioéthique. Selon Le Soir, ces deux organes plaideront pour que la vaccination des enfants ne soit pas contraignante; aucun enfant ne devrait par exemple être écarté d’une activité scolaire sous motif qu’il n’est pas vacciné.

300.000 doses déjà reçues

En prévision d’un éventuel feu vert- une décision pourrait être rendue dans le courant de la semaine prochaine- quelque 300.000 doses du vaccin pédiatrique de Pfizer ont déjà été réceptionnées. Et plus de 600.000 sont attendues pour janvier.

Excepté son dosage (trois fois moindre), le vaccin à injecter aux 950.000 petits Belges est le même que celui inoculé depuis près d’un an aux adultes. 2 millions d’enfants américains ont déjà reçu les deux doses, sans qu’aucun effet secondaire grave n’ait été recensé.

Si plusieurs pays ont donc déjà sauté le pas, le débat sur le bien-fondé de la vaccination des plus jeunes n’est pour autant pas encore tranché entre les spécialistes, surtout sur le plan éthique.

Bénéfices directs ou indirects?

Selon la Haute autorité de la Santé française (HAS), les enfants restent 25 fois moins susceptibles de développer une forme grave de la maladie. D’un point de vue purement médical et individuel, l’intérêt de la protection vaccinale est donc beaucoup plus limité que pour les adultes, et a fortiori que pour les seniors et les personnes à risque. Malgré tout, tant l’agence européenne des médicaments (EMA) que son homologue américaine ont rendu des avis positifs, considérant que la fameuse balance bénéfices-risques penchait du côté du vaccin.

Si bénéfice il y a, il serait donc avant tout indirect : même si l’effet des vaccins sur la transmission du virus est plus faible qu’espéré (surtout, face à Delta et semble-t-il, d’autant plus face à Omicron), la vaccination des petits permettrait quand même de réduire sa propagation dans la société. Les enfants contribueraient ainsi à protéger leurs parents, et leurs grands-parents.

" L’importance de la santé mentale "

Mais pour Dominic Wilkinson, professeur d’éthique médicale à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), il y aurait d’autres priorités dans la lutte contre le virus. " Déployer le vaccin chez les enfants uniquement parce que les politiciens et les experts en santé publique n’ont pas réussi à convaincre certains adultes de le faire serait un mauvais choix. Je pense qu’il faut concentrer nos efforts sur ceux qui sont à haut risque, et les convaincre de se faire vacciner en répondant à leurs préoccupations et à leurs craintes ". " Dans de nombreux pays, toute la population âgée à risque pourrait être vaccinée si elle recevait un nombre de doses équivalent au nombre d’écoliers britanniques ", jugeait-il dans une tribune publiée cet été dans The British Medical Journal, et relayée par Le Monde.

Pour d’autres spécialistes, la vaccination des enfants aura bel et bien un bénéfice direct, portant sur leur santé mentale. " Si on ne prend que l’aspect physique en compte, on oublie une partie importante de la vie des enfants, qui consiste à pouvoir s’amuser et aller à l’école, pointait dans le quotidien français le rhumato-pédiatre Alexandre Belot. C’est toute l’importance de la santé mentale. Dire que les enfants ne risquent pas de Covid sévère, c’est oublier les dommages collatéraux des mesures de restriction sanitaire, le bénéfice collectif de la vaccination rejaillit donc sur eux ", continuait-il, s’appuyant sur la définition de la santé proposée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)- " un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ".

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