Omicron inquiète : " Quelque chose de plus explosif que toutes les vagues précédentes se prépare "

Tom Wenseleer, biostatisticien à la KU Leuven, n’est pas rassuré par la vitesse de propagation du nouveau variant. Pour faire face, des experts appellent à réduire l’intervalle de la dose de rappel.

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Le flux et le reflux : le titre de ce roman d’Agatha Christie semble taillé pour décrire la situation épidémiologique actuelle. Le nombre de patients hospitalisés en soins intensifs a en effet diminué ce lundi, pour la première fois depuis la mi-octobre. Et ce mardi, la Cocom  a indiqué que le pic de la quatrième vague avait probablement été atteint à Bruxelles.

Mais tant du côté des experts que de celui des autorités, on se garde bien de crier victoire. Près de deux ans de Covid l’ont montré : une vague peut en cacher une autre. « Nous sommes inquiets de la propagation du variant Omicron qui pourrait faire repartir les contaminations à la hausse », a lâché Inge Neven, la « madame » Covid de la Cocom.

Moins de trois semaines après que les chercheurs sud-africains aient lancé l’alerte à propos d’un variant préoccupant, les connaissances sur cette nouvelle souche se sont accumulées. S’il reste encore pas mal d’incertitudes, il semble maintenant clair que la vitesse de propagation d’Omicron soit bien supérieure à celle de ses prédécesseurs, Delta compris. Publié le 10 décembre, un rapport anglais a montré que les cas d’Omicron doublent à peu près tous les trois jours. Deux jours plus tard, des données collectées au Danemark affichaient une hausse similaire.

« 10 fois plus  qu’il y a 8 jours »

Chez nous aussi, on enregistre une rapide progression. « Aujourd’hui en Belgique, 3% des personnes qui sont infectées le sont par le variant Omicron, twittait en début de semaine le microbiologiste Emmanuel André.  C’est 10x plus qu’il y a 8 jours, et cela va augmenter très rapidement ».

 

« En Afrique du Sud, le record d’infections de la première vague a été battu en quelques semaines, a détaillé mardi dans De Morgen Tom Wenseleers, biostatisticien à la KU Leuven. Un individu en infecte en moyenne trois autres et les choses vont donc très vite. Si l’on applique ces chiffres à notre pays, plus de 90 % des infections seront dues à ce variant d’ici fin décembre (propos relayés par Sudinfo) ». « À ce rythme, la moitié de la population sera réinfectée et 1 % d’entre elle risque de se retrouver à l’hôpital, poursuivait le biostatisticien. « Une vague de l’ordre de grandeur de la première ou de la deuxième s’apprête à nous frapper ».

Des données encore manquantes

Une alerte au « tsunami » qu’a voulu toutefois tempérer Yves Van Laethem. « Que le variant Omicron soit capable de donner beaucoup de nouvelles infections, c’est une réalité à laquelle il faut se préparer. Le tout est de savoir si ces cas infectés vont embouteiller le système de santé ou les chambres à coucher », a recadré l’infectiologue dans La Libre.

C’est qu’il manque encore certaines données cruciales pour modéliser l’évolution de l’épidémie. À commencer par la virulence de la nouvelle souche. À partir de résultats collectés dans les premiers jours en Afrique du Sud, les experts espéraient qu’Omicron soit certes plus contagieux, mais moins virulent que Delta. De quoi atteindre, potentiellement, l’immunité collective tant désirée, avec un virus qui serait désormais aussi inoffensif… qu’un rhume.

Un scénario qui ne prend pas forcément en compte toutes les données du problème: avec beaucoup de cas, et malgré une « sévérité plus faible », le nombre d’hospitalisations « peut être élevé en valeur absolue », jugeait ainsi le spécialiste américain Eric Topol.

« Grosse drache »

« On avait le rêve, le fantasme qu’il soit moins virulent et l’on pensait même qu’il puisse nous servir de vaccination naturelle, mais là, ce n’est plus le cas »,  a renchéri Yves Van Laethem. D’autant que les premières données disponibles sur la protection que confèrent les vaccins face à Omicron, laissent entrevoir une baisse d’efficacité.

Le vaccin Pfizer protégerait à 70% contre les cas sévères, au lieu de 93% auparavant, a annoncé la firme américaine mardi. » On va se reprendre une grosse drache, je pense que c’est certain,  s’est avancé l’infectiologue. En attendant, notre seul parapluie est cette fameuse troisième dose, qui rétablit la meilleure défense que l’on puisse avoir ».

Au Royaume-Uni, l’armée appelée en renfort

A l’instar d’autres experts comme Tom Wenseleers, Yves Van Laethem a proposé d’envisager un potentiel raccourcissement de l’intervalle entre l’administration de la seconde dose et de la dose « booster« . Celui-ci est actuellement fixé à six mois pour les vaccins Pfizer et Moderna, quatre mois pour AstraZeneca et deux mois pour la dose unique de Johnson&Johnson.  » Il faut en effet discuter d’éventuellement raccourcir les délais par rapport à cette troisième dose. Cela permettrait d’ouvrir notre parapluie un peu plus vite ».

Les ministres de la Santé ont demandé au Conseil supérieur de la santé et à la Task Force Vaccination s’il était possible de passer à… cinq mois pour Pfizer et Moderna. Au lieu de trois, comme l’a suggéré l’Agence européenne des médicaments (EMA).

À l’étranger, on a décidé de passer la deuxième. La France, l’Allemagne, l’Autriche ou encore le Danemark ont annoncé réduire l’intervalle entre la deuxième et la troisième injection. Au Royaume-Uni, on a carrément appelé l’armée en renfort pour un million de doses de rappel par jour, afin de contrer le « raz-de-marée d’Omicron », selon les termes du Premier ministre Boris Johnson.

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