Qu’est-ce que la Déclaration de Great Barrington, détournée par les antivax?

Elle a été détournée pour faire dire aux scientifiques des assertions jamais prononcées sur la vaccination. Ce document n'en est pas moins controversé.

Fioles Pfizer et Moderna
Fioles des vaccins anti-Covid Pfizer et Moderna, à Londres le 11 décembre 2021 @BelgaImage

Depuis le 5 décembre, un article du site français "L’info du Jour" se diffuse sur les réseaux sociaux. Selon celui-ci, "60.000 scientifiques demandent l’arrêt de la vaccination de masse" contre le Covid-19 et auraient même publié un document pour l’occasion: la déclaration de Great Barrington. En quelques jours, ce papier a été retweeté près de 1.500 fois et a été relayé sur des sites comme "Réseau international" (qualifié par le Décodex du Monde de "site d’extrême droite qui diffuse de fausses informations et des théories conspirationnistes"). Le souci, c’est que cette déclaration, si elle existe bel et bien, n’affirme pas du tout cela. Ce qui n’empêche pas son véritable contenu d’être lui aussi très polémique.

Des assertions inventées

Comme le montrent en détail nos confrères de La Libre, la déclaration de Great Barrington a été publiée début octobre 2020 sous l’égide de trois scientifiques américains. Ils demandent alors à ne plus confiner toute la société pour contrer le Covid-19 et à ne prendre des mesures de protection que pour les personnes vulnérables. Mais à l’époque, il n’y avait tout simplement pas de vaccin et le document ne donne aucune recommandation à ce propos.

"L’info du Jour" affirme tout le contraire et fabrique de toutes pièces une soi-disant opposition à "la vaccination de masse" qui "rendrait impossible une immunité collective" naturelle contre le Covid-19. Dans la déclaration, il est vrai que les scientifiques de l’époque accordaient une grande importance à cette immunité naturelle, en laissant circuler librement le coronavirus dans les populations considérées par les auteurs comme non risquées. Ils préféraient cette stratégie plutôt qu’un confinement dans l’attente d’un vaccin. Mais ils précisent que cette immunité naturelle "peut s’accompagner (sans pour autant dépendre) de l’existence d’un vaccin".

L’immunité naturelle, une fausse bonne idée

La déclaration de Great Barrington ne traite donc pas du tout de la vaccination de masse. Mais au-delà de cela, ce document est lui-même très critiqué. D’une part, comme le montre le site de fact-checking Politifact, les 60.000 signataires sont en réalité en partie… des identités inventées. Ce chiffre n’est donc pas fiable et il est impossible de savoir combien de scientifiques ont véritablement approuvé cette position.

Ce qui est certain, c’est que quelques jours après la publication de la déclaration, près de 7.000 scientifiques ont publié dans The Lancet une riposte: le mémorandum de John Snow. Ils y affirment qu’il "n’existe aucune preuve d’une immunité protectrice durable contre le SARS-CoV-2 à la suite d’une infection naturelle" et expliquent que cette stratégie est non seulement irréalisable mais aussi non basée sur des données scientifiques. Cela "entraînerait des épidémies récurrentes, comme ce fut le cas pour de nombreuses maladies infectieuses avant l’avènement de la vaccination", disent-ils. "Une transmission non contrôlée chez les jeunes risque d’entraîner une morbidité et une mortalité importante dans l’ensemble de la population", vu qu’en pratique il n’y a pas de barrière étanche entre les personnes à risque et les autres. Le tout sans oublier les conséquences économiques, sociales, etc.

Depuis, il s’est avéré que l’immunité naturelle était imparfaite et varie selon la gravité de l’infection. "Selon Yves Buisson, membre de l’académie nationale de médecine, une infection bénigne chez un enfant ou une jeune personne n’offrira pas de réponse immunitaire, ou au mieux, très peu. Une réinfection est donc possible", fait savoir France Info. Ajoutons par ailleurs qu’en octobre 2020, il n’était que peu question des variants. Or maintenant, il est bien connu que ceux-ci se développent lors des infections, et ce d’autant plus chez les personnes non-vaccinées. Ne se reposer que sur l’immunité naturelle est donc la porte ouverte au développement des variants.

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