Le Covid Safe Ticket, un "échec" en Belgique?

« Effet inverse », « inefficace », « pas au rendez-vous »… Face à l’explosion des contaminations, des voix s’élèvent contre le Covid Safe Ticket. Mais peut-on véritablement parler d’échec?

Après la reprise de l'épidémie, plusieurs voix s'élèvent contre le Covid Safe Ticket.
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Alors que l’épidémie est au plus haut depuis plusieurs semaines, le Covid Safe Ticket est dans le viseur. Présenté comme la solution pour rouvrir toute une série de secteurs de manière " safe ", il est désormais pointé du doigt et qualifié " d’échec " par certains. 

" Le Covid Safe Ticket n’a pas fait ce que les gens attendaient de lui ", estimait le virologue Emmanuel André dans le Morgen. " Il n’a pas tellement augmenté le taux de vaccination, mais il a conduit à plus de contacts, et donc indirectement aussi à plus d’infections, les deux sont liés ". " On peut clairement enterrer le CST dans son objectif de limitation des contaminations ", estimait de son coté Laurent Heyvaert la semaine dernière. En Commission santé du parlement de Wallonie, le député régional écolo parlait d’un " outil inefficace en termes de gestion de santé publique "

Marius Gilbert tempère: " C’est un outil dont l’efficacité dépend de deux choses, des endroits où il va être appliqué. Et il est influencé par l’efficacité vaccinale contre le risque d’infection. On sait que cette efficacité vaccinale a diminué dans le temps ", explique l’épidémiologiste sur le plateau de la RTBF ce mardi. Outre l’aspect purement épidémiologique, Marius Gilbert pointe aussi l’aspect sociétal de ce système. " Le bénéfice n’est pas tout à fait au rendez-vous par rapport à un impact sur la cohésion sociale, de la discrimination qui est bien là. Le monde politique avait l’espoir que la mise en place du CST stimule la vaccination et on voit bien que ça n’a pas été le cas "

Peut-on vraiment parler d’un échec? 

Tout dépend de quoi on parle. Les objectifs du CST étaient multiples. Si le GEMS parlait d’un " instrument de réduction des risques et d’amélioration de la sécurité ", le Covid Safe Ticket a rapidement été considéré comme un moyen indirect de booster la vaccination. Et sur ce point, il a eu un impact nuancé selon les régions. 

A Bruxelles, région qui présente la plus faible couverture vaccinale du pays, on ne peut pas parler de succès d’" effet pass sanitaire ". Inge Neven, la responsable hygiène de la COCOM le reconnaissait elle-même au début du mois de novembre: " L’effet du CST n’est pas très visible à Bruxelles. Il y en a bien un, mais c’est un effet parmi d’autres actions qui sont menées sur le terrain ". 71% des Bruxellois de plus de 18 ans sont aujourd’hui complètement vaccinés, selon les derniers chiffres de Sciensano.

covid safe ticket à bruxelles

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En Wallonie, l’impact du CST sur la vaccination est plus important. " Depuis l’annonce de la mise en place imminente du Covid Safe Ticket, quatre fois plus de personnes s’inscrivent à la vaccination ", affirmait la ministre wallonne de la Santé Christie Morreale à nos confrères de la Libre Belgique le 23 octobre dernier. Elle est rejointe par Jean-Michel Dogné, membre de la Task Force Vaccination. " Depuis l’annonce du vote du CST au Parlement Wallon (le 20 octobre), on a vu une augmentation significative des primo-vaccinés ", explique le directeur du département pharmacie de l’Université de Namur dans les colonnes de la Dernière Heure. 

Comment expliquer que le CST n’ait pas plus convaincu, en particulier dans la Capitale?  Nathan Clumeck, professeur émérite en maladies infections à l’ULB, pointe la communication des autorités. " En France, il a été dit que le pass sanitaire était une incitation à la vaccination, comme en Italie. Chez nous, on ne l’a pas dit clairement ", explique le spécialiste à nos confrères de la Libre. 

Un impact incertain sur la circulation du virus

Sur les contaminations, l’impact du Covid Safe Ticket est plus obscur. S’il est difficilement chiffrable, force est de constater que le pass n’a pas constitué une véritable barrière à la transmission du virus. En cause: l’efficacité sur-estimée des vaccins sur la circulation du virus. Et ce, en partie à cause du variant Delta, beaucoup plus contagieux que les précédents variants sur lesquels les vaccins ont été développés. Mais aussi parce que l’efficacité du vaccin diminue avec le temps, particulièrement chez les personnes âgées. 

" Le pass sanitaire est probablement bon pour seulement deux ou trois mois après la seconde injection de vaccin ", estime Andrew Shaw, professeur de chimie physique à l’Université d’Exeter, interrogé par le média américain Politico. " Après, tout dépend de la vitesse à laquelle le niveau d’anticorps déclinent. "

Une étude réalisée par New Scientist notait également que " si l’objectif des passeports sanitaires est de prévenir les épidémies, de nombreux vaccins ne sont pas assez efficaces pour que ces passeports fonctionnent, et même ceux qui le sont, ne le restent pas longtemps ".

covid safe ticket

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" Quand le virus circule peu, c’est une barrière efficace ", rejoint pour sa part Yves Coppieters, interrogé par la Libre. Un constat qui ne se vérifie plus quand la circulation du virus est importante.  D’autant que le Covid Safe Ticket a été couplé à un abandon des gestes barrières dans toute une série de secteurs. Pour Pedro Facon, commissaire Corona, l’erreur a ainsi été " de l’appeler le Covid Safe Ticket ". Invité sur le plateau de LN24, il estime que le fait d’avoir relâché les mesures dans les endroits où le CST était de rigueur " a été une faute ". " C’est un outil utile, mais ça doit se combiner avec le port du masque, avec d’autres mesures ". Le pass sanitaire aurait ainsi procuré ce " faux sentiment de sécurité" que certains craignaient avant son instauration. 

L’abandon des gestes barrières permis par le CST a, en outre, été parfois combiné à une mauvaise application du système. Que ce soit avec des contrôles peu rigoureux (voire pas effectués) ou avec l’utilisation de faux pass sanitaires.

Et ailleurs?

Le pass sanitaire est devenu un objet du quotidien dans de nombreux pays européens depuis quelques mois. Avec plus ou moins de réussite selon les pays. En France, le pass sanitaire a été instauré en juin dernier. Et il a clairement permis d’accélérer la vaccination. Le 12 juillet, Emmanuel Macron annonçait que le pass sanitaire allait être étendu à toute une série de lieux publics. Une allocution suivie par des records d’injections quotidienne (952.000 doses le 16 juillet, 946.000 le 23 juillet). Entre la mi-juillet et la fin août, 11 millions de Français ont été vaccinés. Mais là aussi, le précieux sésame n’a pas, fondamentalement, permis d’empêcher la circulation du virus. 

Comme ailleurs en Europe, l’épidémie a largement repris le dessus. Ce mardi 30 novembre, plus de 47.000 nouveaux cas ont été recensés en une seule journée chez nos voisins. Contre 30.000 il y a une semaine. La vaccination permet, comme ailleurs, de limiter le nombre de cas grave, d’hospitalisations et de décès mais là aussi, le nombre de cas grave " continue de monter " selon le ministre français de la Santé Olivier Véran. Face à cette recrudescence de l’épidémie,  les autorités françaises ont d’ailleurs décidé de conditionner la validité du pass sanitaire à une troisième dose de vaccin.

certificat de vaccination

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L’Italie a introduit son pass sanitaire, le " Green pass " en août 2021. D’abord dans les bars, restaurants, les établissements culturels, les salles de sport. Il a ensuite été étendu au monde du travail le 15 octobre dernier. Ceux qui refusent de le présenter se voient sanctionnés par une suspension de salaire. Une extension qui a convaincu de nombreux Italiens qui ne l’étaient pas encore à se faire vacciner. 82,6% des plus de 18 ans y sont aujourd’hui complètement vaccinés selon les derniers chiffres du Centre européen de contrôle et de prévention des maladies. Près de 89% ont reçu une première dose.  S’il reste toujours des récalcitrants à la piqûre, la situation sanitaire italienne dénote dans l’Europe. L’Italie est un des seuls payer à être encore coloré d’orange sur la " carte Covid" du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Au Danemark, le " Coronapass " a été instauré relativement tôt, dès avril 2021. Depuis, la population danoise s’est vaccinée massivement (plus de 85% des plus de 12 ans ont reçu deux doses de vaccin). Et les autorités ont décidé de lever l’utilisation de ce passeport sanitaire à la mi-septembre face à l’amélioration de la situation sanitaire. Mais depuis le mois d’octobre, là aussi, les cas de contamination flambent. Le Danish State Serum Institute parlait " de la plus forte diffusion du virus dans la population depuis le mois de mai ". Au début du mois de novembre, c’est plus de 2000 nouveaux cas par jour qui étaient recensés au sein de la population de 5,8 millions d’habitants. Au début du mois de novembre, les autorités danoises ont donc décidé de réintroduire le coronapass, pour les restaurants et les boites de nuit.

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