Hydroxychloroquine: Didier Raoult accusé de falsification scientifique

Les équipes de l'IHU de Marseille, dirigé par Didier Raoult, dénoncent les falsifications du professeur lors des recherches sur l’hydroxychloroquine, révèle une enquête de Mediapart.

Didier Raoult partisan de l'hydroxychloroquine
© BelgaImage

Cette fois, Didier Raoult est lâché par ses propres équipes. Selon une enquête de Mediapart, plusieurs membres de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, dirigé par le professeur, ont fait part de leur malaise face à « des pratiques scientifiques et éthiques regrettables » et dénoncent le « climat de culte de la personnalité » et « l’absence de débats contradictoires » qui règnent à l’intérieur de l’IHU.

Le journal français a pu recueillir des témoignages édifiants d’une dizaine d’employés (biologistes, médecins, internes, assistants), réalisés en octobre auprès des différentes instances tutélaires de l’établissement. « Les résultats présentés doivent correspondre aux hypothèses faites par Didier Raoult. Dans le cas contraire, les personnes concernées peuvent être dévalorisées publiquement avec mise en doute de leurs compétences », explique ainsi un médecin, qui a souhaité garder l’anonymat « par peur des représailles ».

Des résultats manipulés

Pire encore, certains membres auditionnés ont dénoncé la falsification de résultats scientifiques afin de démontrer l’efficacité de l’hydroxychloroquine, présenté par Didier Raoult comme un remède miracle contre le Covid-19. D’après les témoignages, les résultats des tests PCR ont été biaisés lors d’une étude comparant deux groupes de patients sous traitement ou pas. « Les résultats ‘n’allant pas dans le sens de Didier Raoult’, le seuil de positivité des tests PCR a été modifié », écrit Mediapart. Un plus grand nombre de tests est ainsi devenu négatif, permettant de faussement conclure à l’effet bénéfique de l’hydroxychloroquine.

Pour permettre ce tour de passe-passe, le professeur aurait, selon un témoin, mis en place « un logiciel pour automatiser la déclaration des résultats dans le logiciel de l’Assistance Publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM), sans validation préalable par les médecins biologistes ».

Pourquoi ces témoignages ne sortent-ils que maintenant?

La question se pose, alors que le débat autour de l’hydroxychloroquine a largement occupé l’espace médiatique durant cette crise et inspiré des théories conspirationnistes. Pour expliquer ce silence, Mediapart pointe la responsabilité des organismes de tutelle de l’IHU et de l’Elysée. La visite d’Emmanuel Macron au sein de l’institut en avril 2020 aurait, selon les témoins, accentué le sentiment que Didier Raoult était intouchable. En outre, la passivité de l’Université d’Aix-Marseille, de l’IRD et de l’AP-HM ne les aurait pas encouragés à prendre la parole face aux menaces exprimées contre toute personne qui n’allait pas dans le sens du professeur controversé.

Suite à ces accusations, une nouvelle enquête interne a été demandée vendredi par l’AP-HM. « Les faits rapportés, s’ils étaient avérés, constitueraient des dysfonctionnements graves », a réagi l’instance dans un communiqué.

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