La santé ou l’économie ? Est-ce bien là la question ?

Le dernier codeco aura donc de nouveau été un compromis entre les partisans de la santé publique et ceux de l'économie du pays. S'agit-il des deux seuls prismes par lesquels appréhender cette crise ?

La dépression au temps du Covid
Belga

Il se dit que le ton s’est haussé et que les discussions furent caliente. En somme, le dernier codeco fut une empoignade entre le clan de la « Santé » et celui de l’ « Economie ». Quel chevalier faut-il sauver en premier ? Quel est celui qui permettra au pays de continuer contre vents et marées (de virus et autres crises à venir)? Le Premier a tranché, ni l’un ni l’autre, mon général. Les deux, mais pas tout à fait.

A ma droite, le ministre de l’Economie Pierre-Yves Dermagne (PS), celui des Indépendants David Clarinval (MR) et les représentants des entreprises, commerces et autres. A ma gauche, les experts du Giem et le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit). Deux visions d’une même crise, balle au centre.

Le clan « Santé »

En quittant le codeco, Frank Vandenbroucke aurait dit : « A la semaine prochaine ! » Pour lui, les mesures prises ne vont pas assez loin et ne suffiront pas à contenir l’épidémie. Pour les experts non plus, d’ailleurs, qui prônaient la fermeture des boîtes de nuit et du sport ainsi que le masque à l’école dès le plus jeune âge. Yves Van Laethem, porte-parole du gouvernement chez les Experts Brussels, a même mis en garde ce vendredi : Si vous voulez éviter un nouveau confinement, soyez bien sages !

VdB et les experts ne voient la crise du Covid que sous le prisme « santé ». C’est normal, c’est leur métier. Nous protéger de nous-mêmes, telle est leur tâche et elle est essentielle. Le problème étant, et on le voit d’autant plus depuis le début de la crise, que la société est plus vaste que cette simple question, aussi essentielle soit-elle.

A écouter le clan Santé, le plus simple serait la vaccination obligatoire et tout fermer – ou, du moins, s’assurer que les mesures soient respectées à la lettre. Ce qui signifie, en somme, plus de contrôle, plus de police, plus de « fais pas-ci, fais pas-ça, t’assieds pas et rentre chez toi ! ». Il y a un danger bien réel avec cette vision unilatérale, c’est que la Belgique devienne un Etat policier. A la chinoise ? Peut-être pas, mais l’idée est la même. Contrôler la population. On le sait depuis un an et demi : les mesures sont temporaires, mais jusqu’à quand ?

Le clan « Economie »

Dans l’autre coin, il y a ceux qui ne voient cette crise que sous le prisme de l’économie. Car l’économie d’un pays, c’est sa santé ! Si on écoute David Clarinval, ministre des Indépendants et des PME, « la base de discussion, c’était d’éviter une fermeture de secteurs comme on l’a connue et qui a été traumatisante et a surtout engendré des pertes économiques majeures ».

On peut aisément le comprendre. Une nouvelle période de fermeture après une année 2020 catastrophique et c’était la faillite assurée pour nombre d’entreprises et commerces. Et avec ça, le déclassement, l’augmentation de la pauvreté et, donc, les crises sociales, la misère et la violence. Voire la ruine de l’Etat qui cherche à sauver ce qu’il peut. D’un autre côté, il y a des vies en jeu, là, tout de suite, directement…

Pas simple comme casse-tête. Compromis a donc été trouvé qui ne satisfait vraiment ni l’un ni l’autre clan, mais duquel ni l’un ni l’autre clan ne se détourne totalement. Après, quant à savoir s’il sera efficace… Il s’agit surtout de limiter les pots cassés.

Et au milieu de tout cela…

Reste que la vision d’une telle crise via ces deux prismes a ses limites. Car dans ce combat des chefs, une autre question n’a pas été soulevée, bien qu’elle soit de plus en plus centrale après un an et demi de crise. C’est celle du bien-être de la collectivité, de la santé mentale des gens, médecins comme citoyens, de la déprime généralisée qui s’installe dans la durée et risque d’avoir des répercussions tant sur le facteur « Santé » que sur le facteur « Economie ».

Dans quel état la société, dans son ensemble, sortira-t-elle de cette crise? C’est un problème encore autrement plus compliqué à résoudre et une question qui ne semble pas faire partie des prérogatives de nos élus. Il n’y a d’ailleurs probablement pas de réponse à donner à cet instant. Mais la question se doit d’être posée. Car là aussi, on limite les pots cassés. Et c’est chacun dans sa misère.

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