Covid-19: qui contamine qui aujourd’hui?

La large vaccination de la population belge n’a pas empêché le Covid-19 de reprendre le dessus. Entre vaccinés et non vaccinés, quel est le rôle de chacun dans cette transmission du virus?

test pour dépister le covid-19
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La quatrième vague de l’épidémie est là. Les contaminations sont au plus haut depuis plusieurs semaines. Entre le 7 et le 13 novembre, la moyenne quotidienne des nouveaux cas était de 10.283 dans le Royaume. Le taux de reproduction du virus est aujourd’hui d’1,14. Malgré les 75% de Belges vaccinés, en ce compris les moins de 18 ans, la circulation du virus continue de s’intensifier.

Les contaminations semblent aujourd’hui se concentrer chez les jeunes adultes belges. En chiffres absolus, les 30-39 ans et les 40-49 ans enregistrent le plus de cas hebdomadaires (respectivement 12.884 et 12.469 selon les derniers chiffres). Les 50-59 ans culminent aussi à près de 10.000 cas par semaine. Les infections sont aussi nombreuses au sein de la jeune population. Avec près de 9.000 cas par semaine chez les 20-29 ans, et à peine moins pour les 10-19 ans.

Longtemps écartés des vecteurs de l’épidémie, les enfants sont aujourd’hui pointés du doigt dans la transmission du virus. « On a mal évalué leur rôle, particulièrement avec ce variant Delta », concède l’épidémiologiste Yves Coppieters. « Le taux de positivité chez les 0-10 ans est très important aujourd’hui, les enfants contribuent actuellement autant aux chiffres que les adultes ».

enfant testé au covid

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Le rôle (flou) des vaccinés

Et chez les adultes? Difficile de savoir précisément dans quelles proportions le vaccin permet de réduire la transmission du virus. S’il est clair qu’il continue de protéger des formes graves de la maladie, la contagiosité, avec le variant Delta, des personnes vaccinées est plus floue.

« Les chances d’être infecté, et de transmettre le virus, dépendent essentiellement des contacts sociaux », rappelle l’immunologue Eric Muraille. « En fonction du travail, du milieu socio-économique, les chances d’être infecté et d’infecter sont très différentes. » Anticipant les critiques des antivax, le biologiste rappelle aussi qu’historiquement, « il y a très peu de vaccins qui sont capables de bloquer la transmission ». Le principe même du vaccin étant « de bloquer les effets de l’infection, plus que l’infection ».

La vaccination permet malgré tout de réduire les risques de contamination. « Mais de manière moins efficace qu’on le pensait, dû à ce variant Delta », précise Yves Coppieters. « Une personne complètement vaccinée, qui a encore une bonne immunité, a un risque de participer à la transmission qui est moindre. Les études montrent une protection du vaccin contre les contaminations entre 60 et 65% ».

Une différence sur la durée

Comme l’indique une étude britannique parue en octobre dernier dans la prestigieuse revue The Lancet, la charge virale des personnes vaccinées – et symptomatiques – serait néanmoins aussi importante que celle des non-vaccinées. « Car on n’a pas d’immunité développée au niveau de nos muqueuses nasales, respiratoires, là où se fait l’infection », explique Yves Coppieters.

« Mais les études montrent que les charges virales vont diminuer beaucoup plus vite chez les vaccinés que chez les non vaccinés, parce que la réaction immunitaire post-vaccinale permet d’éliminer plus vite le virus. Les personnes vaccinées sont donc moins longtemps contaminantes que les non-vaccinées. »

vaccin contre le covid-19

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Le risque de transmission du virus dépend aussi de la diminution naturelle de notre protection. « Les personnes âgées, qui sont plus fragiles sur le plan médical, vont perdre plus rapidement l’immunité acquise par le vaccin, et vont contribuer elles-mêmes à la transmission », ajoute le professeur de Santé publique de l’ULB.

La 3e dose comme solution?

La troisième dose aura donc son rôle à jouer pour réduire un peu plus encore les risques de transmission par les vaccinés. Cette dernière est administrée en Belgique depuis le début du mois de septembre (à l’époque pour les immuno-déprimés). Au moment d’écrire ces lignes, 891.844 Belges ont déjà reçu leur dose de rappel. Trop peu, selon Yves Coppieters.

« C’est ce que je reproche aux mesures sur la table du Codeco aujourd’hui: elles concernent essentiellement nos comportements, le masque, le monde de la nuit, le télétravail… », déplore l’épidémiologiste. « Il faut travailler là-dessus bien sûr. Mais aussi sur le système de santé. Que va-t-il faire pour cet accès à la 3e dose? Mais aussi pour trouver des solutions pour pallier le déficit des ressources humaines? ». L’épidémiologiste plaide pour une accélération du déploiement de la troisième dose pour les personnes à risque, alors que d’autres experts évoquent déjà la possibilité d’une quatrième injection.

Pour rappel, la campagne de rappel a débuté en ce milieu du mois de novembre pour les soignants. La semaine dernière, les ministres de la Santé ont également donné leur feu vert pour cette troisième dose à l’ensemble de la population. Mais la campagne à destination de la population générale ne devrait, quant à elle, pas débuter avant 2022.

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