Le Covid long pas toujours lié au coronavirus, dit une étude controversée

L'étude affirme que des facteurs psychosomatiques pourraient jouer un plus grand rôle que le virus lui-même. Une conclusion qui fait polémique.

Illustration Covid long
Illustration d’une femme portant un masque dans le contexte de la crise du Covid-19 @BelgaImage

Est-ce que le Covid long se joue plus dans la tête qu’ailleurs? C’est la question qui se pose au vu d’une nouvelle étude publiée lundi 8 novembre dans la prestigieuse revue JAMA Internal Medicine. Selon celle-ci, pour chercher les causes de cette pathologie, il ne faudrait pas forcément chercher du côté des dommages causés par une infection au Covid-19. Statistiquement, c’est bien la conviction d’être malade à cause du coronavirus qui jouerait un rôle avant tout. Une assertion qui n’a pas vraiment été appréciée par les personnes concernées par ce syndrome mais aussi par certains professionnels de santé.

Des symptômes dus à «des mécanismes cognitifs et comportementaux»?

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé les informations d’une base de données française, Constances. 26.823 adultes ont dû se faire tester avec un test sérologique permettant d’établir s’il y a bien eu infection ou pas. Plus tard, ils ont dû répondre à un questionnaire pour savoir s’ils estimaient avoir été contaminés par le coronavirus, s’ils décrivaient des symptômes particuliers bien longtemps après l’infection et s’ils pensaient que cela venait du Covid-19. À noter qu’un mois après le début de la maladie, les médecins parlent de Covid long.

Résultat: les tests sérologiques positifs étaient associés à un seul symptôme, l’anosmie (autrement dit, la perte d’odorat). En parallèle, la seule conviction d’être concerné par le Covid long pouvait être associée à 15 symptômes couramment associés au Covid long. Selon les chercheurs, ces syndromes pourraient donc s’expliquer par «des mécanismes cognitifs et comportementaux» et par une attribution «par erreur à une infection au Covid-19».

«Il faut faire attention: nos résultats ne disent en aucun cas que les troubles rapportés par les patients sont imaginaires ou nécessairement psychosomatiques», précise au journal Le Monde Cédric Lemogne, chef du service de psychiatrie de l’adulte à l’Hôtel-Dieu de Paris et coordinateur de l’étude. «Notre analyse se borne à suggérer que la présence de symptômes prolongés ne serait pas spécifiquement associée au fait d’avoir été infecté par le nouveau coronavirus, et non que ces symptômes n’existent pas. Puisque ces patients les ressentent, ces symptômes existent par définition». Les chercheurs ajoutent par ailleurs qu’une «évaluation médicale de ces patients peut être nécessaire pour prévenir les troubles dus à une autre maladie et attribués à tort à un ‘Covid long’».

Un vif débat

L’étude n’est toutefois pas au goût des associations de malades du Covid long. C’est le cas d’AprèsJ20 qui dénonce des tests sérologiques peu fiables et des interprétations «stigmatisantes, dangereuses et nuisibles pour les Covid(s) long(s), d’autant qu’elles sont contestées et non reconnues par l’ensemble de la communauté scientifique et associative internationale». L’organisation a depuis été rejointe par ses consœurs établies dans des pays comme l’Italie ou la Roumanie et qui luttent aussi contre le Covid long.

Des scientifiques sont aussi montés au créneau, à l’instar du virologue britannique Jeremy Rossman, cité par l’organisme Science Media Center. «Un test sérologique (…) n’est pas fiable comme marqueur d’une précédente infection», confirme-t-il. Jérôme Larché, un spécialiste en médecine interne qui a notamment travaillé sur le Covid long, dénonce pour sa part un «biais de confirmation flagrant». «Effacer toute cette réalité complexe, en évolution permanente, derrière le terme de ‘croyances’ montre qu’ici, les croyants ne sont assurément pas les patients Covid long ni les médecins qui les prennent en charge», s’insurge-t-il.

D’autres font la part des choses, comme le médecin américain F. Perry Wilson, professeur à l’Université de Yale. Ce dernier craint que l’étude ne soit instrumentalisée «pour affirmer que (le Covid long) n’est absolument pas un problème». Pour autant, il relève aussi le flou qui règne autour de la description de ce syndrome. «Nous devons nous rendre compte qu’avec des symptômes vagues, on obtient des diagnostics vagues. Faute de critères plus stricts, de nombreuses personnes risquent de recevoir une étiquette ‘Covid long’ alors qu’elles n’en sont pas du tout atteintes», ajoute-il.

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