Comment le porno peut-il provoquer des dysfonctions érectiles?

Les chercheurs expliquent dans quels cas la consommation de ces images peut conduire à une insuffisance érectile, tout en assurant ne pas vouloir faire un «plaidoyer anti-porno».

Comment le porno peut-il provoquer des dysfonctions érectiles?
Un homme sur quatre souffre de dysfonction érectile @BelgaImage

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Vers l’an 2000, 2% à 5% des hommes de moins de 35 ans avaient des troubles de l’érection. Aujourd’hui, ils sont de 20% à 30%. C’est ce que montre une étude réalisée par l’Université d’Anvers sur près de 3.500 personnes de sexe masculin. Selon les auteurs, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution mais il y en a un qui joue de toute évidence un plus grand rôle que les autres: la consommation de porno. Une conclusion obtenue après une cartographie très large des causes de cette pathologie. Mais attention: il y a porno et porno. Seule «la relation problématique à la pornographie» pose un vrai souci, comme l’expliquent les chercheurs. 

Des comportements à risque et d’autres sans conséquences

Les auteurs de l’étude insistent pour dire qu’ils évoquent ici des dysfonctions «situationnelles». Autrement dit, il s’agit d’hommes qui n’ont aucun problème pour avoir une érection face à du porno mais qui ont du mal à faire de même lors d’un acte sexuel réel. «Nous ne parlons pas de dysfonction érectile biologique. Une pilule de Viagra ne résoudra pas ces problèmes car l’excitation est essentielle», précise l’urologue Gunter De Win sur la Radio 2 de la VRT.

À partir du postulat que le porno pouvait avoir une influence sur le phénomène, les chercheurs ont établi un questionnaire pour évaluer la relation jugée problématique d’une personne aux images pornographiques. Les résultats sont parfois frappants. Par exemple, parmi les hommes affirmant que le porno les excite plus que le vrai sexe, 60-70% avaient un problème d’érection. Autre corrélation: plus de la moitié des personnes ayant commencé à regarder du porno avant l’âge de 10 ans (ce qui représente seulement 19 personnes sur 3.500) ont des problèmes érectiles. 

Au fil des réponses, l’étude a ainsi pu déterminer quels étaient les comportements à risque. «Ce sont des hommes qui, par exemple, ont du mal à limiter leurs habitudes de visionnage, qui regardent pour soulager leur solitude, qui annulent les activités sociales pour regarder du porno ou qui ne peuvent pas se masturber sans porno. Nous avons posé toutes ces questions dans notre enquête. Dans le groupe des hommes qui obtiennent un score élevé sur la combinaison de toutes ces questions, les problèmes d’érection augmentent», explique Gunter De Win. 

Il n’y avait par contre pas de corrélation probante avec le temps de consommation de porno. Les hommes atteints de dysfonctions érectiles en regardent seulement un peu plus que les autres, avec respectivement 40 et 32 minutes par semaine. Se masturber beaucoup ou peu joue également un rôle mineur. 

Quand le porno est utile

Les auteurs de l’étude mettent aussi un point d’honneur à ne pas diaboliser le porno. L’université de Gand a par exemple montré que cela pouvait avoir un impact positif sur la vie sexuelle d’une personne, voire servir de thérapie. «Il y a aussi peu de preuves pour affirmer que l’arrêt brutal de la masturbation et de la pornographie aide véritablement, contrairement à ce que prétendent des mouvements comme ‘NoFap’ sur Internet», souligne De Win à Hubo.

Puis il faut rappeler que huit hommes sur dix se masturbent au moins plusieurs fois par semaine, souvent devant du porno. La plupart des répondants affirment par ailleurs que leur première expérience avec le porno s’est produite quand ils avaient environ 13 ans. «Le porno peut être une partie importante du développement sexuel des jeunes», ajoute Wannes Magits, chargé de mission chez Sensoa, le centre d’expertise flamand pour la santé sexuelle. Il invite même les parents à parler du sujet avec leurs enfants «car en même temps on sait qu’il y a de plus en plus d’images irréalistes ou sexistes qui circulent». «Nous devons avant tout apprendre aux jeunes à adopter une vision réaliste. Le fait que le porno ne soit pas explicitement inclus dans les nouveaux objectifs à atteindre est en ce sens une opportunité manquée», conclut-il. 

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