La grippe, l’autre épidémie qui inquiète les hôpitaux

La combinaison d’une quatrième vague de Covid-19 et de la grippe saisonnière fait craindre de nouvelles difficultés pour les soignants.

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Quel pourrait-être l’impact d’une quatrième vague combinée à une épidémie de grippe ?/©BELGAIMAGE

« Ce qui m’inquiète, c’est la combinaison d’une épidémie de grippe avec la continuation de cette épidémie de covid, expliquait lundi le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, au micro de la RTBF. Les deux ensemble, ce serait l’épidémie de trop ! ». À genoux après plus d’un an et demi de pandémie, les services de santé pourraient à nouveau connaître de grandes difficultés face à l’arrivée de la grippe et autres bronchiolites saisonnières.  Comme l’a ainsi rappelé le ministre, il est arrivé que la grippe à elle seule entraîne une occupation de 1.500 lits en hôpital. Par an, elle peut causer entre 1.000 et 2.000 morts en Belgique.

Pour l’instant, Sciensano note encore peu de cas de grippe chez nous. Généralement, le seuil épidémique pour la grippe est plutôt atteint au cœur de l’hiver, entre janvier et mars. L’an dernier, le virus de la grippe était quasi absent, en raison des confinements et des gestes barrière. L’immunité naturelle a donc pu baisser face à ce type de virus. «Du fait de cette baisse de l’immunité collective face à ces virus (grippe, VRS responsable de la bronchiolite), il est tout à fait possible que les épidémies de cette année soient de plus grande intensité »alertait récemment l’épidémiologiste française Sibylle Bernard-Stoecklin.

Forte pression sur les hôpitaux

Quel pourrait être l’impact sur les hôpitaux d’une quatrième vague de Covid-19, conjuguée à une flambée des cas de grippe ? Un avis du Commissariat Corona note qu’il est « difficile de prévoir quand se déroulera une éventuelle épidémie de grippe en Europe (…) Ces dernières semaines, un nombre croissant de cas de grippe A(H3N2) a été signalé dans plusieurs pays européens. Il est possible que l’épidémie de grippe saisonnière (qui atteint généralement son pic en février-mars) se déclenche plus tôt que lors des saisons antérieures à la campagne COVID-19, ce qui pourrait accroître la pression et la charge sur les établissements de santé ».

Le Commissariat Corona a modélisé l’impact des deux épidémies, à partir de plusieurs hypothèses. Selon le « scénario du pire », les deux virus pourraient amener quelques 500 hospitalisations par jour, et jusqu’à 900 à 1.000 lits occupés en réanimation. À titre de comparaison, on a compté jusqu’à plus de 800 hospitalisations par jour au plus fort de la deuxième vague…

Quel est l’impact d’une double infection?

En plus de la forte pression exercée sur le système hospitalier, la combinaison des deux virus pourrait également menacer les patients les plus fragiles. « On est très inquiet parce qu’on ne sait pas ce que pourraient causer ces deux maladies, grippes et covid, qui s’attaquent au même type de personnes pour les formes graves: les patients avec des pathologies chroniques, des maladies pulmonaires, les immunodéprimés et les personnes âgées », expliquait à l’Echo Frédérique Jacobs, infectiologue à Érasme. «Certaines études montrent que cela peut aggraver l’état du patient si les deux ont lieu au même moment mais ce n’est pas nécessairement pire », précisait à la DH le virologue Steven Van Gucht.

Pour éviter cette potentielle double vague, les experts rappellent l’importance des mesures sanitaires comme les gestes barrières, le port du masque, la ventilation… Et de la vaccination contre le Covid-19, avec notamment la troisième dose pour les 65 ans et plus. Ceux-ci sont justement les premières victimes de la grippe ; plus de 90% des décès recensés concernent en effet les 65+.

Le Conseil Supérieur de la Santé recommande notamment aux personnes âgées et/ou atteintes d’infections pulmonaires de se faire aussi vacciner contre la grippe. « Au départ, on espaçait les doses pour surveiller les effets secondaires mais étant donné qu’il n’y a pas de raison valable d’espacer ou de retarder une des deux doses,on peut les administrer en même temps via une dose sur chaque bras », a expliqué à la DH Sabine Stordeur, co-responsable de la task force vaccination.

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