Pourquoi ceci n’est pas (encore ?) une quatrième vague

La plupart des indicateurs de l’épidémie repartent à la hausse, comme à la rentrée 2020. Pour autant, la comparaison avec les précédentes vagues s’arrête là. La vaccination assure pour le moment son rôle de bouclier.

Pourquoi ceci n’est pas (encore ?) une quatrième vague
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Non, on n’en a pas encore fini avec « ce putain de virus ». C’est à Christie Morreale, et non au chanteur Renaud, qu’on doit le cri du cœur. Si en commission du parlement, celle-ci a laissé échapper ces mots un brin incongrus dans la bouche d’une ministre régionale de la Santé, c’est parce que les chiffres de l’épidémie remontent. Et pour le coup, aussi bien en Wallonie, qu’à Bruxelles ou en Flandre. Toutes les provinces sont concernées, toutes les tranches d’âges aussi. Selon le dernier bulletin de Sciensano, une moyenne de 3.151 personnes ont été contaminées chaque jour par le Covid-19, entre le 10 et le 16 octobre. Soit une hausse de 50% par rapport à la semaine précédente. De quoi s’alerter, alors que dans le même temps, le nombre de tests n’a lui progressé que de 6% environ. C’est bien simple : on n’avait plus vu autant de nouvelles infections depuis mai dernier.

Autre (grosse) augmentation, concernant cette-fois les hospitalisations : entre le 13 et le 19 octobre, 79,1 admissions quotidiennes à l’hôpital de patients atteints du coronavirus ont été enregistrées (+41%). Sommes-nous à l’orée, ou même, sommes-nous déjà dans la quatrième vague, évoquée depuis cet été ? « Que ce soit une vraie vague ou une marée, il y a en tout cas quelque chose qui est en train de se passer », constatait mardi le microbiologiste Emmanuel André, sur les ondes de la RTBF.

Un rebond attendu par les experts

Reprise des activités en septembre et multiplication des contacts directs, relâchement des gestes barrières, contagiosité du variant Delta… Pour les experts, de nombreux facteurs concourent à ce que la courbe de l’épidémie se raidisse. Mais attention, cette pente, certes plus ardue, ne signifie pour autant pas que la situation est hors de contrôle. En réalité, ce rebond était prévu par les modèles mathématiques des épidémiologistes.

« En fait, ce n’était pas normal que ça ne monte pas », a décrypté pour Le Soir Nicolas Franco, chercheur en mathématiques appliquées à l’UNamur et l’UHasselt. « Les différents scénarios de nos modèles prévoyaient une augmentation qui devait démarrer fin septembre. Et redescendre vers novembre/décembre. Ici, elle arrive un peu plus tard que prévu ». Selon ces modèles, il faut désormais s’attendre à une « vague ou vaguelette qui devrait rester sous les vagues précédentes », avec un taux d’occupation aux soins intensifs pouvant monter jusqu’à 1.000 lits (soit la moitié de ce que la Belgique a dû affronter lors des deux premières vagues). Avec toutes les précautions d’usages pour qui s’aventure aux pronostics, Nicolas Franco ne s’attend donc pas à « une vague qui nécessiterait un reconfinement, sauf si un nouveau super-variant vient changer la donne ».

Se tester pour «exclure le Covid-19»

Dans L’ Avenir, Yves Coppieters a recontextualisé également : « On enregistre actuellement entre 2500 et 3000 contaminations par jour au lieu de 6 000 en 2020. Le taux de positivité de 5-6 % est deux fois moins élevé que l’an dernier. Et les admissions hospitalières tournent ces jours-ci autour de 70, c’est trois fois moins que l’an dernier ». Si vague il y a, elle est donc pour l’instant d’un tout autre tonneau, grâce évidemment aux vaccins, qui limitent le développement des formes graves de la maladie.

Pour bien traverser l’automne puis l’hiver, le professeur de Santé publique (ULB) prône entre autres un renfort des gestes barrières dans la population, ainsi que le suivi des contacts à risque. « Tout l’enjeu des semaines à venir est de faire comprendre aux gens qu’ils doivent continuer à se faire tester : on a tous des symptômes respiratoires divers, on doit avoir le courage de systématiquement exclure le Covid 19 même si c’est pénible et coûteux sinon on ne va jamais s’en sortir », a plaidé Yves Coppieters.

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