Les pass sanitaires stimulent-ils la campagne de vaccination?

Selon les pays, l'arrivée des pass a eu une influence très variable sur les courbes de vaccination, ce qui pourrait être dû à plusieurs facteurs.

Les pass sanitaires stimulent-ils la campagne de vaccination?
Covid Safe Ticket contrôlé au BOZAR, à Bruxelles, le 8 septembre 2021 @BelgaImage

Depuis hier, le fameux Covid Safe Ticket (CST) est de rigueur à Bruxelles et le 1er novembre, la Wallonie emboitera le pas. L’objectif des deux régions: éviter les contaminations mais aussi inciter à la vaccination contre le Covid-19, qui fait presque du surplace depuis deux mois. La part de la population belge totale ayant reçu au moins une dose est passée de 72% mi-août à 75% aujourd’hui. Et si les Flamands font figure d’exemple en étant 80% à être vaccinés, ce pourcentage tombe à 70% en Wallonie et 56% à Bruxelles. D’où le choix du CST dans ces deux dernières régions. Pour autant, il n’est pas si sûr que cette mesure incite les non-vaccinés à franchir le pas.

L’«effet Macron» et le jusqu’au-boutisme italien

Avant Bruxelles et la Wallonie, bien d’autres pays avaient déjà créé leurs propres pass sanitaires. Et dans certains cas, l’effet sur la vaccination a été notable. C’est par exemple le cas en France, où l’arrivée de ce document a provoqué un véritable choc. Fin juin-début juillet, la campagne de vaccination française montrait déjà des signes de faiblesse, lorsque 50-55% de la population avait reçu au moins une dose. Mi-juillet, l’État a très rapidement mis en place le pass sanitaire, en prévoyant une extension progressive durant tout l’été. Dès ce moment-là, il y a eu un véritable afflux dans les centres de vaccination, à tel point que les médias français ont parlé d’un «effet Macron». Aujourd’hui, la France dépasse d’un cheveu la campagne de vaccination belge (75,7% des Français ont reçu au moins une dose), ce qu’elle n’aurait vraisemblablement pas fait sans le pass.

Mais la France n’est pas la seule dans ce cas. En Italie, le « green pass » est devenu omniprésent. Ce vendredi 15 octobre, il est même devenu obligatoire pour se rendre sur son lieu de travail. Tous les travailleurs italiens doivent donc soit être vaccinés, soit avoir des tests négatifs. Cela a provoqué ces derniers jours des grandes manifestations dans le pays mais clairement, pour stimuler la campagne de vaccination, ça marche. Pour l’instant, le rythme de cette dernière ne ralentit que peu et aujourd’hui, l’Italie fait partie des pays européens les plus vaccinés (76-77% de la population totale a reçu au moins une dose). Seule l’Espagne, Malte et le Portugal font mieux.

Dernier exemple de réussite: la Suisse. Dès le début de l’été, le rythme de vaccination est devenu beaucoup plus faible. Entre début juillet et fin août, le pourcentage des Suisses ayant reçu au moins une dose est monté timidement de 51% à 58%, et les autorités craignaient que cela ne stagne de plus en plus. Début septembre, le Conseil fédéral a fini par opter pour un pass sanitaire. Action, réaction: il y a eu un véritable rebond des primo-vaccinés. En un mois, le taux de vaccination a bondi à 64%, soit une augmentation quasi équivalente à celle de juillet-août en deux fois moins de temps. Aujourd’hui, cet emballement s’est calmé et les Suisses sont 65% à avoir au moins une dose.

Le CST et son impact très faible sur la vaccination

Face à ces succès, Bruxelles et la Wallonie pouvaient espérer provoquer la même réaction avec le CST. Il faut dire que les débuts étaient prometteurs. Fin septembre, la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale, ne cachait d’ailleurs pas son excitation. «En 24h après l’annonce sur l’instauration du Covid Safe Ticket en Wallonie, on a enregistré 5 fois plus de rendez-vous pour aller se faire vacciner en plus des nombreuses personnes qui se sont présentées spontanément dans les centres de vaccination», écrivait-elle alors sur Twitter.

Depuis, ce rebond s’est révélé être un feu de paille et il n’y a pas eu de véritable sursaut dans la campagne de vaccination wallonne. Mi-septembre, les Wallons de plus de 18 ans étaient 81% à avoir reçu au moins une dose. Aujourd’hui, ils sont 82%, selon les chiffres de Sciensano. Idem à Bruxelles où l’augmentation est plus rapide mais le retard plus grand (de 66,5% mi-septembre à quasiment 69% aujourd’hui). Le rythme de vaccination bruxellois n’a pas véritablement changé par rapport à avant. Certes, peut-être que le CST a aidé à maintenir la cadence, mais les autorités espéraient plus. Au niveau national, le nombre de premières doses administrées ne cesse de décroître de semaine en semaine. «Il n’y a clairement pas d »effet Macron’ sur la vaccination depuis l’introduction du Covid Safe Ticket», constatait d’ailleurs début octobre Inge Neven, responsable du Service de l’inspection de l’hygiène de la Commission communautaire commune (Cocom).

Plusieurs pistes d’explication

Pourquoi la Belgique n’a-t-elle pas suivi les exemples français, italien et suisse? «Il est difficile de comparer les populations», analysait il y a deux semaines Niko Speybroeck, épidémiologiste à l’UCLouvain. «À Bruxelles, elle est très internationale et hétérogène et il y a une partie de cette population où la communication passe moins facilement. Certains ne sont pas au courant et ce n’est pas tellement important pour d’autres qui ne vont pas en boîte de nuit ou dans d’autres lieux qui exigent le CST».

Selon lui, un autre paramètre pourrait aussi avoir joué un rôle: les hésitants ont une chance de se décider à se faire vaccinés avec le CST, mais pas ceux foncièrement anti-vaccins. Une étude britannique montre même que l’implémentation d’un pass sanitaire a tendance à attiser les réticences de ces récalcitrants. Il se pourrait donc que les Belges non-vaccinés soient particulièrement opposés à la vaccination et qu’ils ne se laisseraient pas convaincre par un CST.

Dernier élément qui pourrait expliquer ce phénomène: à Bruxelles et en Wallonie, le CST a mis longtemps à être approuvé et mis en place. La population a pu progressivement se faire à l’idée d’un pass sanitaire et n’a pas dû se décider en urgence de se faire vaccinée. En France, en Italie et en Suisse, le processus législatif a été plus rapide, son utilisation prévue plus tôt dans l’année et le choc plus intense.

Le CST bruxellois et wallon n’est pas d’ailleurs pas le seul pass à ne pas avoir provoqué un grand entrain pour la vaccination. Aux Pays-Bas, les autorités ont annoncé mi-septembre l’arrivée prochaine du «coronapas». Cela avait provoqué un afflux soudain dans les centres de vaccination, surtout chez les jeunes adultes. Puis comme en Wallonie, cela s’est révélé être un emballement sans lendemain. En un mois, le pourcentage de la population néerlandaise totale ayant reçu au moins une dose est passé de 74% à 75%.

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