Sanctionner les malades de longue durée ? « La stigmatisation ne contribue pas à une meilleure santé »

Le gouvernement veut accélérer le retour au travail des malades de longue durée. Mais l’usage de sanctions, prévues par la Vivaldi, risque d’être contre-productif.

Sanctionner les malades de longue durée ? « La stigmatisation ne contribue pas à une meilleure santé »
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Près de 500.000 travailleurs sont à la maison depuis plus d’un an pour cause de maladie ou d’accident. Soit plus d’un salarié sur dix. Rien qu’au niveau comptable, cette situation pèse lourd pour la collectivité : en 2019, le coût de l’invalidité représentait 8,6 milliards d’euros en frais d’indemnités, c’est-à-dire 12% du budget de la sécurité sociale. Des chiffres en constante augmentation. Dans le cadre du conclave budgétaire, le gouvernement fédéral a adopté mardi des mesures pour s’attaquer au problème. Objectif annoncé : remettre chaque année quelques 5.000 personnes sur le chemin du boulot. Pour y arriver, la Vivaldi compte procéder en deux temps : celui de l’accompagnement, puis celui… des sanctions.

Pour le premier volet, est prévu un renforcement du trajet de réintégration des malades de longue durée, qui avait été initié en 2017 par la Suédoise. En plus d’une plateforme d’échange entre médecins traitant, médecins du travail et médecins-conseil, le plan prévoit une inscription beaucoup plus précoce du malade dans un processus de retour. Via des « coachs du retour au travail », les mutuelles devront prendre contact dans les dix premières semaines avec les malades. Ceux-ci devront remplir un questionnaire obligatoire, censé garantir un suivi rapide.

C’est là qu’interviendront les sanctions potentielles. Le malade qui refusera de répondre au questionnaire perdra 2,5% de son indemnité journalière. Même sanction en cas de refus répété de rencontrer un « coach de retour au travail  » sans raison valable.

Agir en amont

Une manière de « responsabiliser » les malades, que dénoncent les mutuelles. « Cela crée une atmosphère de méfiance à l’égard des processus de réintégration qui n’est pas nécessaire. La stigmatisation ne contribue pas à une meilleure santé », a jugé la Mutualité chrétienne, par l’entremise de sa vice-présidente, Elisabeth Degryse.

Agiter la menace de sanctions pourrait en effet s’avérer contre-productif, jouer comme un facteur de stress ou augmenter le ressentiment du travailleur.  «  On a une étude que l’INAMI avait faite avec l’ULB il y a quelques années qui montrait que, par exemple, sur le retour au travail des chômeurs, ça avait des conséquences négatives sur la santé, expliquait à la RTBF Francois Perl, le directeur du pôle Acteur social et citoyen de Solidaris. On va donc peut-être dire que la sanction est symbolique et que 2,5% sur une allocation n’est pas beaucoup. Mais les allocations sont très basses, et pour certaines personnes, ça fait quand même parfois quelques euros en fin de mois qui vont manquer. Et surtout, sur la symbolique, on n’oblige pas les gens à travailler quand ils n’ont pas la capacité de le faire. Et très souvent, les sanctions vont venir s’ajouter à des situations très complexes et très difficiles sur le plan social et médical ».

Pour ces deux acteurs, c’est avant tout en amont, dans la prévention, que l’essentiel des efforts doivent être fournis. « La question de la prévention est fondamentale, estimait ainsi Élisabeth Degryse dans l’Avenir. (…) Il faut s’attaquer au problème des aménagements de fin de carrière et à la question du bien-être au travail ».  Soit traiter prioritairement les causes, plutôt que les symptômes…

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