Comment TikTok a fait tomber un site de délation anti-avortement

Plateforme aussi divertissante que politique, TikTok s'est mobilisé pour troller un site appelant les anti-choix à dénoncer les femmes et praticiens qui contourneraient la loi controversée sur l'avortement au Texas.

droit à l'avortement
© BelgaImage

La génération TikTok a trouvé une nouvelle cible : la loi ultra-restrictive sur l’avortement au Texas. Dans ce vaste Etat conservateur, cette loi entrée en vigueur le 1er septembre interdit d’avorter après six semaines de grossesse, quand la plupart des femmes ignorent être enceintes. Et ce, même en cas de viol ou d’inceste. Des restrictions devenues tristement banales aux Etats-Unis, où ce droit fondamental ne cesse d’être mis à mal.

Mais alors pourquoi celle-ci inquiète tout particulièrement les associations féministes ? Du fait de son caractère pernicieux : à l’inverse des autres actions anti-avortement à travers le pays, la loi texane confie « exclusivement » aux citoyens le soin de faire respecter la mesure en les incitant à porter plainte contre les organisations ou les personnes qui aident les femmes à avorter illégalement. En cas de condamnation, le dénonciateur, devenu plaignant, perçoit au moins 10.000 dollars, soit environ 8.500 euros de « dédommagement ».

Faux tuyaux

Très vite, un collectif texan anti-avortement a lancé un site intitulé ProLifeWhistleblower (Lanceurs d’alerte pro-vie), invitant les citoyens à dénoncer les femmes et professionnels de santé qui tenteraient de contrevenir à cette loi. Mais c’était sans compter sur la mobilisation lancée par plusieurs jeunes utilisatrices de TikTok. Leur objectif : faire tomber le site en le bombardant de faux témoignages. « Ça serait très mal de votre part d’aller sur le site ProLifeWhistleblower et d’envoyer un faux tuyau pour le faire planter », lance l’une d’entre elles, Olivia Julianna, sur un ton faussement innocent.

@0liviajulianna

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Certains en ont profité pour dire tout le mal qu’ils pensaient du gouverneur texan Greg Abbott. D’autres ont préféré troller l’initiative, en copiant le scénario du film Bees ou en dénonçant la princesse Fiona, la femme de Shrek. Un TikTokeur en particulier a frappé fort. Connu sous l’alias Sean Black, il a mis au point un bot capable de générer automatiquement des faux témoignages toutes les dix secondes.

Un succès à leur échelle

Face à cette mobilisation née sur TikTok, de grandes sociétés du numérique comme GoDaddy, spécialisée dans la gestion des noms de domaine, ont refusé d’héberger ce site. Résultat : opération réussie, il n’est plus accessible.

« Nous ne sommes peut-être pas en mesure de changer la loi pour l’instant, ni de faire partir Greg Abbott, mais nous pouvons leur faire perdre leur temps, leurs ressources et leur énergie », se félicite Olivia Julianna, se moquant au passage des conservateurs qui tentent d’utiliser Internet contre les jeunes, eux « qui ont été biberonnées à Internet ».

Le mercredi 6 octobre, l’administration Biden était parvenue à bloquer temporairement cette loi qui interdit la majorité des avortements au Texas. Mais deux jours plus tard, soit vendredi, la cour d’appel fédérale de la Nouvelle-Orléans – réputée une des plus conservatrices du pays – a rétabli cette loi controversée. Selon toute vraisemblance, le gouvernement fédéral américain contestera cette décision devant la Cour suprême, qui compte désormais six juges conservateurs sur neuf. Ce qui ne présage rien de bon.

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