Imposer un pass sanitaire renforce les réticences des vaccino-sceptiques

Les chercheurs notent qu’un tel dispositif est susceptible d’accroître les divisions au sein de la société.

Contrôle d'un pass sanitaire à Rome, le 6 août 2021 @BelgaImage

Créer un pass sanitaire pourrait être une mauvaise idée si le but est d’inciter les vaccino-sceptiques à changer d’avis sur les vaccins. C’est la conclusion d’une étude britannique menée sur plus de 16.000 personnes, pré-publiée ce mois-ci dans la revue EClinicalMedicine. Les auteurs ont remarqué qu’avec ce type de contrainte, les personnes les plus réticentes au vaccin anti-Covid sont encore moins motivées à le recevoir qu’auparavant. Un effet particulièrement marqué pour certains groupes au sein de la population. Les chercheurs mettent en garde contre un possible phénomène de ghettoïsation qui pourrait avoir des conséquences néfastes, autant du point de vue social que sanitaire.

Les jeunes et les étrangers plus hostiles au pass

L’enquête s’est déroulée en avril, lorsque 88% de ces 16.000 personnes n’avaient pas encore reçu les deux doses du vaccin. Quand les chercheurs ont demandé à ces non-vaccinés si l’imposition d’un pass affecterait leur comportement vis-à-vis du vaccin, 87,8% ont répondu par la négative. Quant aux 12,2% restants, le pass découragerait les deux tiers à se faire vacciner, contrairement à l’autre tiers qui serait au contraire plus motivé.

Les chercheurs ont ensuite voulu savoir qui étaient plus spécifiquement ces personnes réagissant mal à l’introduction d’un pass. Trois groupes sont notamment concernés: les jeunes, les allophones (non-anglophones dans le cas présent) et les individus d’origine africaine. Leur réaction est particulièrement forte si le pass est requis non seulement pour les voyages internationaux mais aussi pour un usage domestique.

Pour les auteurs, cette constatation est inquiétante. Ces trois groupes, déjà connus pour leur réticence aux vaccins, ont tendance à se regrouper dans des zones géographiques précises et cela peut créer des sortes de clusters où le Covid-19 peut continuer de prospérer. « Cela crée un risque de créer une société divisée dans laquelle la majorité est relativement en sécurité mais où il reste des poches moins vaccinées et où des épidémies peuvent encore se produire« , écrivent-ils.

Pas de généralisation mais des tendances

Précisons qu’au sein de ces différents groupes, des différences plus subtiles apparaissent. Les étudiants londoniens se montrent ainsi bien plus enclins à se faire vacciner avec un pass sanitaire à usage domestique, à contre-courant de leur classe d’âge. Tous les étrangers ne réagissent pas non plus de la même façon. Contrairement aux personnes d’origine africaine, celles d’origine asiatique réagissent bien plus positivement vis-à-vis du pass et même mieux que les Britanniques «blancs».

Plus globalement, d’autres groupes sont plus découragés que d’autres à se faire vacciner avec le pass sanitaire. C’est le cas des hommes et des personnes plus diplômées. Un constat qui a surpris les chercheurs puisque le taux de vaccination est plus élevé chez eux. Ils n’arrivent toujours pas à l’expliquer. Enfin, sur le plan religieux, les athées et les agnostiques ont plus tendance à réagir de la même façon, alors que les chrétiens et les juifs seraient au contraire plus susceptibles de se rendre dans un centre de vaccination.

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