À Bruxelles, les communes les plus précarisées sont les moins vaccinées 

En région bruxelloise, le taux de vaccination est encore assez faible dans certains coins, qui sont également les zones où la situation socio-économique est la moins bonne.

Un vacci-bus bruxellois. (Belga)

Dans quelques jours, en septembre, la Flandre et la Wallonie vont voir leurs règles sanitaires se réduire à nouveau. En effet, le taux de vaccination y est assez élevé et les courbes épidémiques sont rassurantes. Il n’y aura, par exemple, plus de règles dans l’Horeca à part le port du masque ni pour les événements de petite taille et il sera autorisé d’accueillir plus de 8 personnes. 

À Bruxelles, par contre, ça ne sera pas le cas. En effet, il n’y a pas autant de personnes vaccinées dans la région que dans le reste du pays. 73,67% des Flamands sont entièrement vaccinés, tout comme 64,34% des Wallons. Mais dans la capitale, on n’est pas encore à 50%. Seuls 47,55% des Bruxellois ont reçu leurs deux doses. Du coup, pas d’assouplissements pour eux cette fois-ci. 

Dernièrement, Le Soir s’est penché sur les raisons de cet écart entre la région Bruxelles-Capitale et le reste du pays. La méthode ? Comparer le taux de vaccination avec différents indicateurs socio-économiques, afin de repérer des corrélations. 

Des liens notables

Des liens ont vite été détectés entre les vaccinations et plusieurs indicateurs de précarité. À Bruxelles, les communes les moins vaccinées sont également celles où le chômage est le plus élevé ou celles où le revenu par habitant est très faible.

Cela se voit particulièrement à Saint-Josse et Molenbeek, dont les chiffres de précarités sont les plus hauts, qui font partie des communes où peu d’habitants sont vaccinés. Dans la deuxième, 34,9% de la population seulement est entièrement vaccinée. 

À l’inverse, Woluwe-Saint-Pierre, où la situation économique est inversée, plus de 60% des habitants ont reçu leurs deux doses. C’est le record dans la capitale. 
On observe le même phénomène en Wallonie. Deux des communes au revenu par habitant le plus bas, Dison et Farciennes, sont aussi celles où le moins de gens sont vaccinés.

La faute au politique

Ces rapports n’ont rien d’étonnant, plusieurs études avaient déjà souligné la corrélation entre le niveau socio-économique d’une population et la santé. Plus les personnes sont éduquées, en meilleure santé elles sont. 

Dès lors, plusieurs experts critiquent fortement la gestion de la crise en région bruxelloise, dont la stratégie n’a pas intégré ces différences socio-économiques entre les communes.  « L’accès inégal à l’information est évident. Et ça, c’est la responsabilité du politique de le prendre en compte. Il faut intégrer a priori, dans la stratégie vaccinale, les publics précarisés, mettre en œuvre des actions sur la base de toutes les catégories de population. Clairement, à Bruxelles, la gestion politique a fait défaut dans sa capacité à anticiper ça », a commenté Camille Fortunier, chercheuse à l’ULB, qui travaille notamment sur une recherche interdisciplinaire et interuniversitaire sur les inégalités et le Covid.

Pour Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux, cela fait un moment que c’est comme ça. « La Région bruxelloise a depuis longtemps délaissé la première ligne de soins. 40 % des Bruxellois n’ont pas de médecin généraliste, contre 20 % en Flandre et 30 % en Wallonie. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut rattraper en quelques mois. »

Mais tout n’est pas question de communication. Selon Camille Fortunier, la campagne de vaccination de la région bruxelloise n’a pas été des plus accessibles pour l’ensemble des citoyens du territoire.  « Elle implique une démarche de la part des gens, mais là aussi on retombe sur les inégalités. Tout le monde n’a pas les outils ou la compétence numériques. Idem pour les compétences linguistiques et administratives. Et puis, la stratégie basée sur de grands centres implique de pouvoir se déplacer et de se faire comprendre, une fois sur place. Bref, c’est un entrecroisement de difficultés et d’enjeux », a-t-elle expliqué au Soir. « On sait que les inégalités sociales se déploient en matière de santé, et qu’on a des capacités d’action. Il faut intégrer les facteurs de risque sanitaires, mais aussi sociaux. Une politique de santé publique doit réfléchir, a priori, aux actions différenciées à mettre en place. Ici, à Bruxelles, cela n’a pas été fait. »
 

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