Manifestation anti-pass sanitaire: ces slogans qui ne passent pas

La mobilisation contre le pass sanitaire en France a désormais ses codes et slogans qui, lorsqu'ils récupèrent des luttes sociales ou des tragédies, indignent et inquiètent.

Certains slogans dérangent plus que d'autres. - AFP

De Paris à Marseille et de Lille à Bordeaux, plus de 200.000 personnes ont défilé samedi pour le cinquième week-end consécutif contre l’extension du pass sanitaire en France. Après la généralisation du dispositif dans la plupart des lieux publics, dont certains centres commerciaux à partir de ce lundi, ce mouvement de contestation, entamé au cœur de l’été, n’en finit plus de grossir. Sur l’ensemble du territoire, ils étaient un peu plus de 237.000 la semaine dernière, selon le ministère français de l’Intérieur, soit plus du double de l’ampleur des débuts de la mobilisation mi-juillet.

Dans cette foule, un mot d’ordre: la liberté. Les manifestants redoutent en effet une réduction de leurs droits. Pour s’opposer à leur gouvernement, ils brandissent des pancartes aux multiples slogans contre une « dictature sanitaire » ou « l’arnaque vaccinale ». Certains sont détournés d’anciennes luttes sociales, tandis que d’autres font des allusions vivement critiquées. Le ministre français de la Santé a d’ailleurs a fustigé jeudi des slogans « parfois extrêmement douteux, voire complètement crades ». Petit florilège de ceux qui sont sortis du lot, pour les mauvaises raisons.

Mon corps, mon choix

L’objectif des manifestants: avoir le droit de disposer de leur corps et de refuser le vaccin contre le Covid-19, à l’image du message « mon corps, mon choix » qu’ils brandissent fièrement. Ils détournent en réalité le slogan féministe pour le droit à l’avortement, en l’associant cette fois au dessin d’une seringue barrée.

vaccination

Touche pas à mes enfants

En avril dernier, le mot-clé « Touche pas à mes enfants » est apparu dans les tendances de Twitter en réaction à l’idée d’étendre la vaccination aux moins de 12 ans. La mobilisation avait été lancée par Fabrice Di Vizio, avocat de Didier Raoult et porte-voix des milieux antivax. Il a détourné ainsi le célèbre slogan anti-raciste « Touche pas à mon pote », lancé lors du concert de SOS Racisme de 1985, en reprenant le thème de l’inquiétude pour les enfants, un marqueur de l’extrême droite qui a essaimé du mouvement de la Manif pour tous en passant par le mouvement QAnon et sa délirante rhétorique d’un complot pédophile.

Etoile jaune

Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, de nombreux anti-pass sanitaire arborent l’étoile jaune, dressant un parallèle entre la traque des juifs par les nazis pendant la seconde guerre mondiale et la limitation de l’accès à certains lieux des personnes non vaccinées contre le Covid-19. Et l’étoile jaune n’est pas la seule référence à la Shoah observée. D’autres manifestants s’opposent au « pass nazitaire » ou détournent l’inscription « Arbeit macht frei » (« le travail rend libre ») présente à l’entrée de nombreux camps de concentration et d’extermination du régime nazi en « Le pass sanitaire rend libre ».

Ces récupérations ont provoqué une vague d’indignation, en particulier auprès d’enfants de rescapés de la Shoah qui ont dénoncé une comparaison inappropriée et une manière de relativiser l’holocauste. De son côté, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme a fermement condamné « cette “minimisation outrancière” d’un crime contre l’humanité ».

manifestation anti pass sanitaire

Qui ?

C’est une pancarte qui a entraîné une vague de colère le week-end dernier en France. Apparue à plusieurs reprises dans les cortèges anti-pass, notamment aux mains d’une ex-membre du Front National à Metz, elle pose la question « Mais qui ? », écrite en rouge avec les cornes du diable, entourée des noms de personnalités, dont le seul point commun est leur appartenance présumée ou avérée à la communauté juive.

Une interview est à l’origine de ce message manifestement antisémite. En juin dernier, sur la chaîne télévisée CNews, le général Delawarde, co-signataire de la « tribune des militaires » parue dans le magazine « conservateur » Valeurs Actuelles, a laissé entendre sur le plateau que les médias étaient contrôlés. Le journaliste Claude Posternak lui a demandé d’être plus précis. À force d’être poussé par la question « mais qui ? », le général à la retraite a fini par dire « la communauté que vous connaissez bien », tout en prenant soin d’éviter de prononcer le terme « juifs ». C’est une pensée classique de l’antisémitisme, l’idée que les Juifs contrôlent les médias, la finance, le monde. Ils seraient désormais responsables de la pandémie et de la politique vaccinale.

manifestation anti pass sanitaire

La femme qui avait brandi cette pancarte lors d’une manifestation à Metz sera jugée en septembre pour provocation à la haine raciale.

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