CureVac: comment ce vaccin raté pourrait devenir un atout

Efficace qu'à 48%, le sérum allemand CureVac a beau être un échec, il pourrait tout de même être la réponse à la pénurie mondiale de doses.

Tout était prêt pour produire le vaccin CureVac. - AFP

Dans la course aux vaccins contre le Covid-19, il y a des gagnants… et des perdants. À l’inverse de Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Johnson&Johnson, les quatre sérums autorisés dans l’Union européenne, celui du laboratoire allemand CureVac, basé lui aussi sur la technique prometteuse de l’ARN messager, s’est révélé décevant. En juin dernier, l’analyse intermédiaire d’un essai clinique à grande échelle démontrait une efficacité regrettable de 47%. Les résultats finaux sont à peine meilleurs: le vaccin allemand n’est efficace qu’à 48% pour prévenir le Covid-19. Mais malgré cette désillusion, la firme basée à Tübingen n’est pas totalement hors jeu.

Une chaîne d’approvisionnement inutilisée

Comme ses concurrents, CureVac n’a pas attendu les conclusions finales de ces études pour mettre en place une vaste chaîne logistique et de production. Car cela prend du temps de fabriquer les centaines de millions de doses commandées rien que par la Commission européenne. Et du temps, c’est de l’argent, oui, mais il n’y en a pas non plus beaucoup dans une situation épidémique.

Avant de savoir si son produit allait être efficace, l’entreprise avait donc tout préparé – sites de production, matières premières, partenariats – pour pomper 300 millions de doses d’ici fin de l’année, et un milliard supplémentaire en 2022. Tout est désormais bon à jeter ?

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Chez GSK, à Wavre, où le vaccin de CureVac devait être produit. – AFP

Place au partage ?

Certaines voix, comme celle de Chad Bown du Peterson Institute for International Economics, se font entendre pour éviter un tel gâchis. L’économiste propose ainsi d’utiliser ces infrastructures pour produire un vaccin, efficace cette fois, développé par une autre entreprise.

« Le vaccin de CureVac est peut-être un échec, mais la société a aligné le même genre d’ingrédients et de casseroles nécessaires pour concocter les vaccins à ARN messager cinq étoiles de Pfizer/BioNTech et Moderna qui se sont révélés efficaces pour protéger contre les pires effets de la maladie », observe-t-il. « Alors pourquoi ne pas emprunter cette recette qui a fait ses preuves et réutiliser la chaîne d’approvisionnement de CureVac pour fabriquer un milliard de doses de l’un des autres vaccins à ARNm ? La chaîne d’approvisionnement construite par l’entreprise vaut la peine d’être déployée, même si le vaccin Covid-19 initial qu’elle a développé ne l’est pas. » Ou, en tout cas, pas encore.

Obstacle

Cette proposition est plutôt judicieuse, à l’heure où le monde a cruellement besoin de ces doses, et plus encore de celles qui ont prouvé leur efficacité. Mais elle se heurte à un obstacle de taille : les groupes pharmaceutiques et certains gouvernements s’opposent catégoriquement à la levée des brevets des vaccins.

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Un volontaire reçoit le vaccin CureVac à Bruxelles, en mars dernier. – AFP

C’est le cas notamment de l’Allemagne. Pourtant, comme le souligne Slate, notre voisin a tout intérêt à rapprocher ses entreprises pharmaceutiques. Partenaire de Pfizer, BioNTech s’attend à engranger près de 16 milliards d’euros de revenus sur toute l’année 2021. Ce qui pourrait, selon Reuters, booster la croissance économique du pays de 0,5% cette année. Quant à CureVac, le gouvernement avait directement investi 300 millions, non sans contrepartie: une participation de 23% dans le capital de la start-up. Va-t-il tourner le dos à un tel investissement ou mettre ces capacités au service du bien commun ?  

Car il en va de l’intérêt de tous, bien au-delà du cas particulier de l’Allemagne. Sans une lutte efficace et mondiale contre le virus, la pandémie risque de se prolonger encore quelques années. Et pour le moment, la fracture est gigantesque entre le Nord et le Sud : six Européens sur dix sont vaccinés, contre 1% de la population africaine. La situation de CureVac devrait en théorie faire pression sur les autorités européennes pour libérer ces brevets. Sinon, leur opposition à produire davantage de vaccins sera attribuée, comme le font déjà certaines critiques, non pas à l’incapacité mais au manque d’intérêt et d’empathie

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