Covid: les experts proposent une échelle de niveaux d’alerte pour la rentrée scolaire

Ils suggèrent d’adapter les mesures sanitaires dans les écoles et le supérieur selon des critères épidémiologiques précis.

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Depuis ce mercredi, il est enfin possible d’en savoir plus sur ce qui pourrait attendre les élèves et les étudiants à la rentrée. Les experts ont remis au gouvernement une série de recommandations en vue du prochain comité de concertation qui doit trancher sur la question, comme le fait savoir la RTBF. L’objectif principal, c’est que le retour en classe soit le plus normal possible. Le GEMS (Groupe d’experts pour la stratégie de gestion du Covid-19) insiste notamment sur «l’importance des cours en présentiel pour le développement et le bien-être des enfants» et invite l’exécutif à ne pas déconfiner trop vite. Dans le cas contraire, la rentrée pourrait être mise en péril à cause d’une augmentation rapide des hospitalisations.

Mais au-delà de ces considérations générales, les experts ont également donné des conseils plus précis. Le Risk Assessment Group a ainsi établi une échelle de cinq niveaux d’alarmes qui déterminerait la sévérité des mesures dans les établissements scolaires.

Le vert, convoité mais inatteignable en l’état

Concrètement, chaque niveau est associé à une couleur: vert, jaune, orange, rouge et rouge écarlate. Pour savoir quelle serait la couleur en vigueur à tel ou tel moment, il y a plusieurs critères épidémiologiques, dont le nombre d’hospitalisations, le taux de positivité, le taux de reproduction (Rt) du coronavirus et l’incidence des infections. Si ces indices dépassent certains seuils, le niveau tend vers le rouge.

Le vert, c’est la situation la plus proche de la normale. Les mesures sanitaires sont ici très faibles mais pour cela, il faudrait que la situation épidémiologique soit particulièrement calme: moins de 20 cas de Covid-19 pour 100.000 habitants, un taux de positivité de 0-3%, un Rt inférieur à 1 et moins de deux hospitalisations pour 100.000 habitants dues au Covid-19. Des critères que ne remplit déjà pas la Belgique aujourd’hui.

Le jaune, l’hypothèse du statut quo

Le niveau qui prévaudrait dans la situation actuelle, c’est donc le jaune. Cette couleur est associée à 20-99 cas pour 100.000 habitants, à nouveau un taux de positivité de 0-3% et un Rt inférieur à 1, ainsi que de 2 à 4,5 hospitalisations pour 100.000 habitants. Aujourd’hui, la Belgique dépasse les trois premiers critères car l’incidence est de 203,6 cas sur 14 jours, le taux de positivité est de 3,9% et le Rt se situe à 1,16. Mais puisque les hospitalisations sont à un niveau assez bas (494 personnes hospitalisées en raison du Covid-19, dont 124 en soins intensifs), la Belgique éviterait le code orange.

Le souci, c’est que le code jaune suffit pour que de nombreuses mesures sanitaires entrent en vigueur. Autrement dit, si la situation épidémiologique reste telle qu’aujourd’hui, voici ce qui attendrait les élèves et étudiants selon les experts. Dans le primaire d’abord, le personnel porterait des masques, sauf une fois en classe. Dans le secondaire, tout le monde le porterait, y compris les élèves, à moins que plusieurs critères soient remplis (distanciation sociale et ventilation adéquate, ou lorsque les élèves travaillent en silence comme lors des examens). Les experts recommanderaient aussi un screening régulier des enfants et du personnel dans le secondaire: une fois par semaine avec un test PCR salivaire, ou deux fois avec un test antigénique.

Outre les masques et le screening, le code jaune aurait aussi des implications sur le fonctionnement des écoles. Des groupes comprenant un nombre fixe d’élèves devraient alors être créés. Ils ne pourraient pas se mélanger entre eux lors des pauses (y compris lors des repas) mais cela permettrait de préserver les activités, même extrascolaires. Les cours se feraient également 100% en présentiel.

Le supérieur serait lui aussi impacté par le code jaune. Les étudiants devraient porter le masque, limiter leurs activités de loisirs si celles-ci génèrent beaucoup de contacts, et la capacité des classes serait limitée (selon un pourcentage encore à déterminer).

L’orange ou le rouge si la situation empire

Pour que les mesures sanitaires ne se limitent qu’à ça, encore faudrait-il que la situation épidémiologique n’empire pas d’ici la rentrée. Si les hospitalisations continuent leur hausse (+35% aujourd’hui sur une semaine), le code orange pourrait être appliqué. Les critères retenus pour celui-ci sont les suivants: 100-299 cas pour 100.000 habitants, un taux de positivité de 3-6%, un Rt de 1 à 1,5, et de 4,5 à 6 hospitalisations pour 100.000 dues au Covid-19.

Fini alors les activités extrascolaires dans les écoles (sauf si distanciation sociale et ventilation). Il faudra de plus éviter de mélanger les groupes en intérieur et le port du masque en intérieur serait étendu aux 5e et 6e primaires. Pour le supérieur, il y aurait une réduction supplémentaire de la capacité des classes (selon un pourcentage toujours à définir) et les activités de loisirs seraient soit restreintes (si les étudiants sont assis, avec un nombre maximum de personnes par table, etc.), soit purement et simplement bannies.

Après, c’est le niveau d’alerte 4, le rouge. Ici, les critères seraient: 300-399 cas pour 100.000 habitants, un taux de positivité de 6-10%, un Rt supérieur à 1,5, et de 6 à 9 hospitalisations pour 100.000 dues au Covid-19. Pour l’instant, on en est encore loin mais si cela devait arriver, les cours dans le secondaire se feraient à nouveau à moitié à distance. Pour le reste, les mesures restent à définir, notamment dans le supérieur où c’est le flou complet.

Mais le pire, ce serait le rouge écarlate. La Belgique basculerait dans ce niveau s’il y a plus de 400 cas pour 100.000 habitants, un taux de positivité de plus de 10%, un Rt toujours supérieur à 1,5, et plus de 9 hospitalisations pour 100.000 dues au Covid-19. Conséquences sur les écoles? Mystère. Les experts n’ont encore rien établi à l’heure actuelle. Il faudrait s’attendre à des mesures encore plus sévères mais impossible de dire aujourd’hui ce qui arriverait.

Que décidera le gouvernement in fine?

Il faut toutefois donner une précision importante: les experts ne décident pas mais conseillent seulement le gouvernement. Il faut donc voir ce que l’exécutif décidera lors du prochain comité de concertation. La question du port du masque dans le milieu scolaire devrait faire l’objet de grandes discussions, avec une possible différenciation entre régions. Pour l’instant, la date de cette réunion n’est toujours pas établie, même s’il est possible que ce soit le vendredi 20 août.

Si le gouvernement adopte l’échelle de niveaux d’alarme telle qu’établie par les experts, il faudra rester attentif à la situation épidémiologique. Or les virologues et épidémiologistes sont unanimes: le véritable défi, cela sera l’automne. C’est seulement à cette période-là que l’on saura si le taux de vaccination permet de garder l’épidémie sous contrôle malgré les multiples défis qui se poseront (activités plus en intérieur, comportements plus risqués, le tout avec le variant Delta, etc.).

Autre source d’inquiétude: les jeunes sont des vecteurs actifs du coronavirus, mais ils sont aussi moins vaccinés. Pour l’instant, les 12-17 ans sont 69% à avoir reçu une dose en Flandre, 50% en Wallonie et seulement 18% à Bruxelles. Des chiffres qui montent chez les 18-24 ans à 82% en Flandre, 69% en Wallonie et 38% à Bruxelles. Toute la question est donc de voir si ces chiffres seront suffisants pour réduire suffisamment le nombre d’infections au sein de ces classes d’âge et donc d’éviter une reprise de l’épidémie.

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