Campagne « antivax » sur les réseaux sociaux: mode d’emploi

Facebook a publié un rapport détaillant la mécanique derrière une campagne de discrédit des vaccins AstraZeneca et Pfizer-BioNTech lancée sur les réseaux fin 2020 et découverte en mai 2021.

Belga

Facebook, régulièrement accusé de contribuer à la propagation de fake news sur son réseau par laxisme, a cette fois joué les détectives. Il vient de mettre en ligne un rapport qui décortique une campagne de propagande « antivax » en ligne découverte en mai 2021 grâce à des influenceurs français et allemands.

 

Selon ce rapport, une campagne visant à discréditer les vaccins AstraZeneca et Pfizer-BioNTech a été orchestrée par une agence de marketing d’influence en ligne intitulée Fazze et basée en Grande-Bretagne. Mais, ce serait de Russie que la campagne fut lancée en novembre 2020.

 

1ère phase : novembre-décembre 2020

 

Le vaccin britannique AstraZeneca qui est visé, via des publications de mèmes et de commentaires avec de faux profils Facebook. La campagne est grotesque et poussive : selon elle, « AstraZeneca transforme les vaccinés en chimpanzés ». Cette phrase est accompagnée de nombreuses photos issues du film « La Planète des Singes », comme pour mieux faire vibrer la corde raciste des destinataires ?

 

Quoi qu’il en soit, les 24 faux comptes Facebook et 243 faux comptes Instagram identifiés par Facebook touchent quelques 24.000 personnes, principalement en Inde et en Amérique latine. C’est à la fois peu et beaucoup. La campagne Instagram se base quasi uniquement sur des hashtags de type : « #AstraZenecatue », «#AstraZenecament », « #StopAstraZeneca ».

 

Belga

 

2ème phase : mai 2021

 

La deuxième phase est plus pernicieuse. Elle vise cette fois le vaccin Pfizer, via des articles et des pétitions qui se basent sur de faux documents prétendument piratés des infrastructures d’AstraZeneca. Le mot d’ordre : le vaccin Pfizer aurait un taux de mortalité élevé. Articles et pétitions sont partagés par de faux comptes sur Facebook, Instagram, Reddit, Medium, Change.org…

 

C’est à ce moment que l’agence Fazze fait une erreur. Elle contacte des influenceurs de tous pays en leur proposant 2.000 euros pour qu’ils diffusent ces faux documents à leurs followers. Des influenceurs allemands et français s’aperçoivent du subterfuge et le dénoncent. Ainsi de Léo Grasset qui écrit sur Twitter : « C’est étrange. J’ai reçu une proposition de partenariat qui consiste à déglinguer le vaccin Pfizer en vidéo ».

 

Dans ce tweet, il diffuse des captures d’écrans des échanges avec l’agence Fazze qui présente les consignes de la campagne. On peut notamment y lire que l’influenceur doit dire qu’il partage avec son audience un sujet « que les médias mainstream ignorent », un argument typique des opérations de désinformation.

 

Entre-temps, Fazze efface toutes ses traces. Ses fausses publications ont été supprimées, ses employés ont retiré le nom de leur employeur de leurs profils en ligne, puis son site web a été mis hors ligne début août.

« Une campagne bâclée au procédé sophistiqué »

Pour Nathaniel Gleicher, le directeur des règlements sur la sécurité de Facebook, « c’était une campagne bâclée, mais le procédé était sophistiqué. Il y avait du spam, des influenceurs, du piratage de documents. (…) C’est plus difficile pour une seule plate-forme d’appréhender ce genre de campagne dans son entièreté ».

Cette campagne a eu peu d’effets. Seuls deux influenceurs ont répondu à l’appel de Mazze (un en Inde et un au Brésil) et les posts ont été peu suivis. Mais certaines campagnes (et elles sont nombreuses) touchent leur but : faire peur aux gens. Francis Gonçalves, un Portugais qui réside au pays de Galles, a partagé son histoire dans la presse britannique.

Famille décimée

Sa famille a été décimée par le Covid-19 après un repas. Son père, sa mère et son frère. Tous étaient contre le vaccin. Selon lui, ce sont les campagnes de propagande « antivax » qui sont en cause. Il exhorte aujourd’hui les militants anti-vaccin d’arrêter leur propagande.

« Ma mère et mon père avaient des problèmes de santé sous-jacents, mais ils auraient dû se faire vacciner. Mais il y avait de la peur », a-t-il déclaré à Sky News. Son frère était quant à lui en bonne santé. « On pense toujours que l’on va passer au travers et voilà, moi j’ai perdu toute ma famille… Le message que je veux faire passer est pourquoi le gouvernement voudrait-il vous faire du mal en vous donnant un vaccin ? Quel est le but derrière cela ? J’ai parlé à tant de gens qui sont terrifiés par le vaccin et cela coûte des vies ».

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