Non, Akhenaton n’est pas « antivax »

Le MC du groupe IAM, rattrapé par le Covid, a été fortement critiqué pour ses déclarations contre la pass sanitaire et la vaccination obligatoire. Pourtant, il ne s'est jamais présenté comme un « antivax ». Mais a-t-il viré gauche réac ?

Belga

Ca n’a pas manqué. Encore un corona-sceptique rattrapé par le virus. Les critiques ont fusé envers Akhenaton. Le leader du groupe IAM est un des rappeurs les plus écoutés de France. Alors, quand il dit, dans une vidéo, qu’ « avec le groupe IAM nous sommes contre le passeport sanitaire, contre la vaccination obligatoire » et qu’ensuite, quelques semaines plus tard, il se retrouve aux urgences (et non en réanimation) pour avoir avoir contracté le virus (ou une pneumonie bactérienne)…

 

Sur Cnews, le journaliste Michel Taube, fondateur de la revue politique Opinion internationale, a réagi : « A la fin du passage [Akhenation] dit ‘vive la vie’, moi j’ai envie de lui dire ‘vive la médecine aussi’. La réalité c’est que beaucoup de personnes qui sont hostiles et parmi eux il y en aussi qui sont antivax, c’est une réalité, il faut qu’ils mesurent que lorsque certains d’entre eux sont frappés par le Covid, la solution c’est la médecine, c’est la science, qui peut les sauver ». D’autres, sur les réseaux, ont été bien plus virulents, allant jusqu’à se réjouir que le rappeur soit tombé…

 

 

De la gauche progressiste à la gauche réac ?

 

Pourtant, Akhenaton n’est ni « antivax », ni « complotiste ». Ceci étant dit, il a remis en doute la « dangerosité de ce virus-là » et n’est pas épargné par ses propres contradictions dont certaines ont fait, ces dernières années, polémiques. Au point où il n’est pas déplacé de se demander si le rappeur conscient d’antan, issu de la gauche progressiste, n’a pas viré, comme beaucoup de vieux rockeurs, un peu réac… ou pire, à droite ! Au point d’être récupéré par l’extrême-droite…

 

Examinons les choses de plus près. Akhenaton est né Philippe Fragione il y a 52 ans dans une famille marseillaise d’origine italienne. Ses parents se séparent quand il est petit et c’est à Plan-de-Cuques, dans un village voisin, qu’il grandit. Il est élevé par une mère d’origine napolitaine communiste qui l’emmène très tôt dans les manifestations et les réunions du Parti. Pourtant, lui n’est « pas communiste, mais on a 80% d’ADN en commun ».

 

« Positive attitude »

 

A l’adolescence, il part vivre à Marseille avec son père. Il se raconte dans un long entretien au Monde donné en juin dernier : « J’ai grandi dans les années 80 dans un Marseille très brutal. C’est pour ça que j’écris. Je suis un enfant de la violence, donc un adulte de la paix. J’en ai trop vu et je sais que ça ne mène à rien ».

 

Après un séjour à New York dans la famille de son père, il forme IAM en 1988 avec Eric Mazel, alias « Kheops ». Lui prendra la pseudo d’ « Akhenaton ». Ces noms de pharaons égyptiens ? Sa passion pour l’archéologie et l’histoire. Le succès d’IAM prendra rapidement. Dès le deuxième album en 1993 et le tube « Je danse le MIA », il international. IAM sont, avec NTM et MC Solaar, les pères du rap francophones.

 

Le groupe marseillais se démarque de ses concurrents par un rap conscient, mais qui s’éloigne de l’agressivité de NTM. Les paroles d’IAM sont engagées, mais posées, nuancées voire naïves, pour certains. Elles collent bien avec une certaine idée de la gauche bien pensante, raisonnable. IAM prône la paix dans les chaumières et le vivre ensemble. Le groupe dépeint la dure réalité, mais est résolument positif.

 

Polémiques

 

Pourtant, cette « positive attitude » semble s’être progressivement perdue avec le temps. Comme tout être humain, Akhenaton n’échappe pas aux contradictions. D’un côté très critique envers les médias, il y est aussi très présent – que ce soit en tant que « bon client » défendant la cause hip-hop ou en ayant son émission culinaire à la télé et son émission radio sur le Mouv’.

 

En 2015, il étonne ses fans en faisant une pub pour… Coca-Cola. Lui, l’homme de gauche, qui disait encore en juin au Monde que « ma colère aujourd’hui est contre l’appétit des très grands qui nous conduisent directement dans l’impasse », se fourvoie avec le grand Satan capitaliste. Devant le tollé, il s’est expliqué dans une lettre ouverte sur Facebook : « Je ne suis pas un altermondialiste ni un communiste, je suis pour un capitalisme juste et où le partage se ferait mieux qu’aujourd’hui ».

 

Plus récemment, dans une interview au Monde, celui qui s’est toujours battu contre l’extrême-droite laissant entendre qu’il abandonnait les armes : « Il y a un découragement total. Et aussi une forme de fatalisme. Les peuples ont les gouvernants qu’ils méritent (…) J’ai bien peur de ne pas voter au deuxième tour de la présidentielle en 2022. Je ne referai pas ce que j’ai fait en 2017. Selon ce qui se passera, je pourrais être dans l’éventualité de quitter la France, même si ce serait un déchirement ». Que penser de ce message ?

 

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Ni « Antivax », ni complotiste

 

Ce qui nous amène au Covid et à cette vidéo du 17 juillet contre le pass sanitaire et la vaccination obligatoire : «Je le dis depuis plusieurs mois et je le redis, avec le groupe IAM nous sommes contre le passeport sanitaire, contre la vaccination obligatoire, à l’usure ou non dans le cas des soignants et d’autres métiers, il en va de nos libertés, il en va surtout de l’avenir de nos enfants ».

 

Faut-il voir en lui un « antivax » ? Non. Lui même ne s’est jamais présenté comme tel. Et le message qu’il fait passer, ici, est plutôt un message d’alerte concernant nos libertés individuelles. Ces mesures de pass sanitaire ne risquent-elles pas de faire un précédent, divisant les citoyens en deux groupes – ceux qui sont autorisés à… et les autres, comme en Chine avec le système de crédit social : des récompenses pour les bons comportements, des punitions pour les mauvais comportements, et tout le monde est fiché et surveillé de près ? Une attitude finalement saine, même si chacun aura son opinion…

 

Pas « antivax », donc, mais… Akhenaton a tout de même remis en doute « la vraie dangerosité de ce virus-là » il y a un an sur Europe 1. Et c’est son droit ! Cela fait-il de lui un mauvais citoyen, un vieux réac qu’on a raison de pointer du doigt, voire un complotiste ? « Ah non ! Le complotisme est un fourre-tout. Le plus grand des complots qu’il y a sur terre, ça s’appelle le business. Ce n’est pas du complotisme, je me pose juste des questions basiques ». En somme, Akhenaton continue de (se) poser les questions qui fâchent. Après avoir contracté le virus (mais l’a-t-il seulement contracté? Il s’agirait en fait d’une pneumonie bactérienne), peut-être aura-t-il trouvé une réponse.

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