Le variant Delta prédominant à 95%: quel impact sur la suite de l’épidémie?

Sa prévalence couplée à sa contagiosité constitue un risque réel. Mais il y a de bonnes raisons d’espérer que la situation reste malgré tout sous contrôle, du moins ces prochaines semaines.

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Début juin il était très minoritaire, début juillet il est devenu majoritaire et aujourd’hui, voilà que le variant Delta est devenu omniprésent en Belgique. Selon les analyses de la KU Leuven, il représente désormais 94,6% des contaminations dans le pays. Un chiffre inquiétant puisqu’à en croire les études britanniques, il est 60% plus contagieux que le variant Alpha qui était auparavant ultra-majoritaire. Logiquement, cela n’augure rien de bon pour les semaines à venir et pourtant, il est loin d’être certain que cela augure un dérapage complet. C’est en tout cas ce que semblent montrer les données recueillies dans d’autres pays ayant vécu une situation similaire à celle de la Belgique mais avec un peu d’avance. Plusieurs scénarios semblent ainsi se dessiner.

Des contaminations appelées à décroître rapidement?

Trois pays peuvent préfigurer ce qui nous attend. Dans chacun d’entre eux, le variant Delta est présent à plus de 90% depuis plusieurs semaines. Et en même temps, leur taux de vaccination est aujourd’hui assez similaire à celui de la Belgique. Il s’agit du Royaume-Uni, où la suprématie du Delta s’est affirmé dès début juin, du Portugal et d’Israël. Pour ces deux derniers, il faut remonter à la première moitié de juillet pour voir le variant s’imposer à plus de 90%.

À l’heure actuelle, les données épidémiologiques de ces trois pays permettent d’imaginer deux scénarios. Le premier, c’est celui du Royaume-Uni et du Portugal. Il y a d’abord eu une très forte augmentation des cas. Outre-Manche, cela est même monté à un niveau rivalisant avec les pires moments de la crise sanitaire. Mais depuis la fin juillet, autant à Londres qu’à Lisbonne, le nombre de contaminations est reparti à la baisse. Cette décrue est pour l’instant limitée et fragile, mais elle est réelle.

Israël est pour le moment dans un autre cas de figure. Là-bas, les nouveaux cas sont toujours plus nombreux et il n’y a pas de signes d’apaisement. C’est d’ailleurs pour cela que l’État hébreu vient de décider d’élargir l’utilisation du pass sanitaire et des masques dans les lieux rassemblant plus de 100 personnes. Les étrangers sont à nouveau soumis à la quarantaine. Israël est donc inquiet, mais il faut ajouter que le pays est encore loin des chiffres atteints lors des autres vagues (entre 2.500 et 3.000 cas aujourd’hui, contre une moyenne de 8.600 en janvier).

Pas de panique en hôpital

Ça, c’est pour les contaminations. Si on regarde les hospitalisations et les décès, les différences entre ces trois pays s’estompent et les données disent plus ou moins la même chose. Il y a certes une augmentation mais pas de réelle flambée grâce à leur haut taux de vaccination. Les chiffres restent encore très en-deçà de ceux de l’automne et de l’hiver passés. Un exemple pour illustrer: celui du Royaume-Uni. Il y a aujourd’hui 81 décès quotidiens sur une moyenne de sept jours. Fin janvier, cela atteignait près de 1.240. Pour les hospitalisations, cette différence est un peu moins forte mais quand même impressionnante: environ 6.000 hospitalisations outre-Manche sur une moyenne de sept jours contre 38.400 en janvier.

Seul bémol à cette histoire: pour le moment, aucun de ces trois pays n’a pu se réjouir d’une décrue des hospitalisations et des décès, contrairement aux contaminations. Jusqu’où cela montera cette fois-ci? Impossible de le savoir exactement.

Feu vert ou orange pour l’été, mais un risque pour l’automne

Alors concrètement, à quoi peut s’attendre la Belgique? Pour les nouveaux cas, il y a donc le scénario britanno-portugais et celui israélien. À l’heure actuelle, les contaminations belges sont en hausse mais cela reste très modéré, plus même que dans ces trois pays. Est-ce que la Belgique continuera à garder autant le contrôle? Difficile de le prévoir. Reste que pour le moment, dans tous les cas, l’heure n’est pas à la panique mais seulement à la prudence. Quant aux hospitalisations et aux décès, il se pourrait bien que cela augmente aussi chez nous, comme dans les autres pays. La question est maintenant de savoir jusqu’où cela peut monter.

Mais ces tentatives de prévision ne valent que pour les prochaines semaines. Or comme l’a bien explicité le virologue Steven Van Gucht, tant que l’été est là, les risques sont limités. Le vrai test selon lui, ce sera l’automne, lorsque les comportements seront particulièrement propices à la transmission de virus. Il faudra alors voir si la campagne de vaccination est assez forte pour contrer la hausse de la contagiosité due au variant Delta et éviter une vague comme celle de novembre 2020. Si c’est le cas, d’après Steven Van Gucht, il sera possible de dire que le pire de la crise sanitaire sera derrière nous.

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