La pandémie laisse des traces indélébiles dans les maisons de repos

Le taux d'occupation en maisons de repos a fortement baissé depuis la pandémie. Et ce n'est pas seulement lié à la surmortalité. 

Les seniors arrivent de plus en plus tard en maison de repos. - BELGA

Un an et demi après l’irruption du coronavirus dans ces établissements martyrs – plus de la moitié des morts du Covid-19 en Belgique sont des résidents de maisons de repos, la crise n’est pas finie. Les maisons de repos attirent désormais moins de personnes âgées, selon une étude des Mutualités libres, relayée lundi par le journal Le Soir. Entre 2019 et 2020, leur fréquentation a chuté de 6,5%, alors que le secteur affichait toujours complet.

Nouveau profil

La surmortalité importante enregistrée durant les deux premières vagues de l’épidémie de coronavirus n’est évidemment pas étrangère à cette tendance. « Celle-ci s’élève dans les maisons de repos à plus de 39% à Bruxelles et à plus de 31% en Wallonie », déplore Xavier Brenez, directeur général des Mutualités libres, au micro de Matin Première. Mais c’est aussi et surtout dû au manque de nouvelles admissions.  

L’image du secteur fortement ternie par la crise a modifié le profil des nouveaux résidents. Les seniors arrivent désormais de plus en plus tard en maisons de repos, lorsque leur état physique et mental ne leur laisse plus d’autre choix. C’est pourquoi cette baisse de nouveaux entrants s’observe surtout chez les personnes âgées non dépendantes, pour qui il existe des alternatives. « C’est clairement dû à l’image écornée des résidences, qui ont pu être perçues comme dangereuses lors de cette pandémie, voire comme des prisons lors des confinements. Les gens préfèrent donc rester le plus longtemps possible à leur domicile », explique au Soir Emilie Vanderstichelen, experte et coordinatrice pour les matières régionales aux Mutualités libres. Xavier Brenez souligne toutefois que l’on « observe cette tendance depuis plusieurs années : une entrée plus tardive, à un âge plus élevé, à un stade de dépendance plus important. Mais la crise a accéléré cette tendance ».

Santé mentale et polymédication

L’étude menée à la demande des Mutualités libres s’est par ailleurs intéressée à la santé des résidents des maisons de repos. Atteints de comorbidités, de maladies chroniques ou de pathologies neurodégénératives, ces derniers prennent souvent de nombreux médicaments, voire trop. Entre 2013 et 2020, l’étude note néanmoins une baisse du nombre médian et moyen de médicaments utilisés parmi les pensionnaires, même si cette polymédication est toujours bien ancrée dans le secteur.

La prise d’antidépresseurs est, elle aussi, importante : près de la moitié des résidents en utilise de manière chronique. « Il y a vraiment quelque chose à faire à ce niveau-là, c’est-à-dire prévenir et faire en sorte qu’on s’occupe de la santé mentale des résidents, pas d’une manière médicamenteuse, mais d’une manière non médicamenteuse », plaide Xavier Brenez. La pandémie et le confinement ne semblent pas avoir augmenté cette prise d’antidépresseurs chez les résidents, contrairement au reste de la population.

Construire les résidences de demain

Face à ces constats édifiants, une évidence: il faut redorer l’image des maisons de repos auprès du grand public, mais aussi repenser profondément le secteur capable d’accueillir des profils de dépendance plus lourds, tout en restant un lieu de vie agréable et distrayant pour ses habitants.

Plus d'actualité