Éradiquer la variole aurait-il été possible aujourd’hui ?

Malgré les progrès scientifiques, la lutte contre des maladies comme la polio et la variole aurait rencontré un obstacle de taille: la désinformation.

L'un des derniers cas de variole en Somalie, dans les années 1970. - BELGA

« Si nous avions eu le rejet des vaccins que nous voyons dans certains médias, je ne pense pas qu’il aurait été possible d’éradiquer la variole. » C’est le docteur Anthony Fauci qui le dit. Selon le conseiller anti-Covid de la Maison Blanche, « nous aurions probablement toujours la variole, et nous aurions probablement toujours la polio aux Etats-Unis, si nous avions eu le genre de fausses informations qui sont répandues actuellement », a-t-il estimé le 17 juillet dernier sur la chaîne CNN.  

La veille, le président américain Joe Biden avait accusé les réseaux sociaux de laisser circuler de fausses informations sur les vaccins et de « tuer des gens », à un moment où le pays de l’Oncle Sam peine à relancer une campagne de vaccination qui patine. Ce à quoi Facebook avait réagi, se targuant plutôt de « sauver des vies » avec des mesures qui permettent, selon le réseau social, à ses utilisateurs d’avoir un meilleur accès au vaccin.

Le message à déchiffrer derrière cette passe d’armes est sensiblement le même : la vaccination contre le Covid-19 est efficace, malgré le lot de tensions et de théories du complot qui l’entourent. Elle a pourtant déjà fait ses preuves contre d’autres maladies. À commencer par celle qui justement a donné naissance à ce procédé.

Joe Biden et Anthony Fauci

Joe Biden et son conseiller anti-Covid, Dr. Anthony Fauci. – AFP

De la vache au premier vaccin

Considérée comme l’une des maladies les plus virulentes de l’Histoire, la variole aurait tué jusqu’au 18e siècle des dizaines de milliers de personnes par an, rien qu’en Europe. Aucun traitement efficace n’a été trouvé contre ses pustules hautement contagieuses, jusqu’à la création en 1798 d’un vaccin, le premier au monde, par Edward Jenner. Ce médecin de campagne anglais a découvert quelques années plus tôt une ressemblance entre la « vaccine », une maladie bénigne touchant les vaches, et la variole. Il décide alors d’inoculer la version bovine à un garçon, puis, quelques mois plus tard, la variole. Voyant que le garçon ne développe aucun symptôme de la redoutable maladie, il poursuit ses recherches jusqu’à mettre au point le précieux sérum.

Correctement appliquées, les méthodes de Jenner ont été couronnées de succès, se répandant progressivement à travers toute l’Europe. Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats ont redoublé d’efforts pour vacciner leur population, jusqu’à l’éradication totale de la maladie prononcée en 1980 par l’Organisation mondiale de la Santé.

Le retour de la polio

L’épidémie de poliomyélite est nettement plus récente. Au moment de son pic, dans les années 1940 et 1950, cette maladie infectieuse était la cause du décès ou du handicap de plus d’un demi-million de personnes par an dans le monde. Un vaccin efficace a été mis au point en 1955, avant de devenir obligatoire dans plusieurs pays, dont la Belgique en 1967. C’est d’ailleurs encore à ce jour le seul vaccin obligatoire dans notre pays. En France, l’obligation est tombée trois ans plus tôt. Et déjà à l’époque, elle a suscité la méfiance et le rejet de nombreux parents, qui invoquaient une atteinte aux libertés individuelles. C’est pourtant cette campagne de vaccination massive qui a permis d’éradiquer la polio de nos régions, mais attention ce n’est pas le cas partout. La maladie fait encore de la résistance en Asie, au Pakistan et en Afghanistan où cette maladie, qui se traduit par des paralysies chez les jeunes enfants, reste endémique. La faute à quoi ? Une méfiance des populations rurales et la croyance en des théories du complot contre les musulmans. Et malgré la certification par l’OMS de l’éradication du virus en Afrique en août 2020, elle est aussitôt repartie à la hausse, profitant de l’arrêt des vaccinations durant la pandémie de Covid-19. À travers le monde, la polio est par ailleurs au plus haut depuis dix ans. Une donnée inquiétante alors que de plus en plus de parents refusent de vacciner leurs enfants. Et une simple baisse de la couverture vaccinale pourrait  en effet suffire à réintroduire le virus en Belgique.

Pourra-t-on éradiquer le Covid-19 ?

Il y a de fortes chances que le coronavirus, qui a tué à l’heure actuelle plus de quatre millions de personnes dans le monde, connaisse le même destin : il ne disparaîtra pas, estimaient en janvier plus de cent immunologistes, virologues et experts de la santé du monde entier. Non pas à cause des théories du complot et du rejet hostile d’une certaine partie de la population, même si cela n’aide pas non plus, mais bien parce que les vaccins développés pour le moment ne préviennent pas l’infection, mais rendent la maladie moins grave. Ce qui est déjà une très bonne chose. De grande ampleur, la vaccination permettrait de retrouver une certaine « normalité », tout en freinant l’apparition de variants plus contagieux. Reste toutefois encore une question sans réponse : combien de temps durera leur immunité ?

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