Les non-vaccinés, moteurs de l’épidémie? En bonne partie

Les non-vaccinés sont ultra-majoritaires dans les données épidémiologiques. Et s’il arrive que ce ne soit pas le cas, cela s’explique.

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Cette semaine, le dernier rapport de Sciensano a fait l’effet d’une bombe. En reprenant les données d’hospitalisations entre le 15 février 2021 et le 28 juin 2021, l’Institut de santé belge a constaté que seulement 2,3% des personnes admises à l’hôpital pour un Covid-19 étaient entièrement vaccinées. Autrement dit, en Belgique, presque 98% des hospitalisations sont dues à des personnes non-vaccinées ou pas entièrement.

Dans d’autres pays, des résultats similaires sont constatés. Il n’en faut pas plus pour que plusieurs spécialistes déclarent que s’il y a une nouvelle vague, c’est à cause des non-vaccinés. C’est le cas en France de l’épidémiologiste Catherine Hill qui décrit au Nouvel Observateur «une épidémie de non-vaccinés». Aux USA, Rochelle Walensky, la directrice des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC), parle aussi d’une «pandémie des non-vaccinés». Il faut dire que ces statistiques vont dans leur sens. De là à dire que l’épidémie n’est due qu’aux non-vaccinés, on peut émettre quelques bémols.

En Europe, les non-vaccinés ultra-majoritaires dans les tests positifs

De base, tous les chiffres de contaminations appuient les dires de ces experts. En Belgique, Sciensano affirme que seulement 0,17% des 4,2 millions de vaccinés ont déjà été testés positifs au Covid-19. Aux Pays-Bas, le RIVM (Institut national de la santé publique et de l’environnement) a calculé que sur plus de 100.000 personnes positives au coronavirus, seulement 14% étaient partiellement vaccinées et 9% entièrement. En Espagne, c’est quasiment pareil avec respectivement 11,4% et 5,5% selon la ministre de la Santé. Idem en France d’après la Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (DREES), avec 9% et 4%.

Le gouvernement français n’a donc pas tardé à affirmer que 96% des cas de Covid-19 dans le pays étaient dus aux non-vaccinés. C’est vrai, mais le DREES émet des réserves. D’abord, il faut savoir que ces chiffres particulièrement bas en France ne prennent en compte que les cas symptomatiques. Or les vaccinés se font moins tester, puisqu’ils développent moins de symptômes. Leur part est donc possiblement sous-estimée.

Est-ce que cela fausse les chiffres ? En partie, probablement. Est-ce que si toute la population était testée, les résultats changeraient radicalement ? On peut en douter. Les études ont montré que les vaccins anti-Covid limitaient les infections, même si cela reste imparfait. De plus, le docteur Damien Mascret a précisé à FranceInfo que si on reprend les chiffres du Drees, on peut aussi avoir des chiffres pour l’ensemble des personnes testées positives. Et les pourcentages ne varient que peu: 80% sont non-vaccinés, 14% partiellement vaccinés et 6% entièrement.

Des chiffres trompeurs

La messe semble donc être dite: les vaccinés sont bien moins susceptibles de transporter le coronavirus. Et pourtant, un pays intrigue. En Israël, les données donnent a priori une autre histoire. Là-bas, plus de 40% des contaminés sont des personnes entièrement vaccinés. Ça peut surprendre mais cela ne veut pas dire que les vaccins sont étrangement inefficaces en Israël, et ce pour une bonne raison.

Israël figure parmi les pays les plus vaccinés au monde, avec début juillet plus de 85% des adultes vaccinés. Puisqu’ils sont très majoritaires, il est facile pour eux d’être mieux représentés parmi les tests positifs. Pour bien comprendre, imaginons le scénario suivant: si 100% de la population est vaccinée, 100% des tests positifs seront dus aux vaccinés. Ici, c’est un peu le même raisonnement, mais à une autre échelle. C’est ce qu’a d’ailleurs expliqué en France l’universitaire Sylvain Catherine qui rebondissait sur cette nouvelle.

Le même problème s’est posé au Royaume-Uni avec les statistiques de décès dus au Covid. Selon le rapport du 9 juillet dernier, sur 257 personnes décédées du variant Delta, 118 étaient entièrement vaccinées. Là aussi, on pourrait croire que les vaccins ne sont pas efficaces mais c’est faux. Il s’agit encore une fois d’un pays parmi les plus vaccinés du monde. Chez les plus de 50 ans, qui sont les plus à risque face à la maladie, seulement 3,7% des Britanniques n’étaient pas vaccinés. Donc mathématiquement, les vaccinés sont surreprésentés en nombre absolu de décès. Et puisque l’efficacité des vaccins est très forte (environ 90-95% pour éviter un décès) sans être totale, ils apparaissent. Mais si on regarde aux chiffres proportionnels, il y a au Royaume-Uni près de 5 décès pour 100.000 personnes chez les non-vaccinés, contre seulement 0,26 pour 100.000 personnes chez les vaccinés, selon les calculs du journal Le Monde. Bref, cela veut dire qu’outre-Manche, les non-vaccinés ont 18 fois plus de risques de mourir du Covid-19.

Des données implacables

Notons enfin que d’autres chiffres sont particulièrement rassurants quant à l’efficacité des vaccins. Aux États-Unis, le conseiller médical de la Maison Blanche, Anthony Fauci, a fait savoir que 99,2% des Américains morts du Covid-19 en juin n’étaient pas vaccinés. Dans certains États comme le Maryland, on ne compte d’ailleurs aucun décès parmi les vaccinés.

Citons pêle-mêle d’autres chiffres. Toujours dans le Maryland, sur 2.385 nouveaux cas de Covid-19 en juin, 95% étaient non-vaccinés. À l’hôpital, 93% des hospitalisations étaient liées à la même catégorie de personnes. En France, idem avec seulement 7% des admissions en centres de soins dues à des personnes entièrement vaccinées. En réanimation, toutes les patients n’étaient pas vaccinés. Pour finir, en Espagne, selon le gouvernement, 97% des hospitalisations sont en réalité des personnes de moins de 52 ans non-vaccinés.

Bilan: oui, les vaccinés ne sont pas totalement absents des chiffres épidémiologiques et ils contribuent eux aussi à l’épidémie. Mais toutes les données montrent la même chose. Aujourd’hui, sans vaccin, on a plus de chance d’être contaminé, hospitalisé ou de mourir du Covid-19.

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